Moins d'une semaine après un rassemblement sans précédent depuis le mouvement qui avait accompagné le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012, les forces de l'ordre n'ont laissé cette fois aucune chance aux protestataires de participer à cette nouvelle manifestation, non autorisée, devant la mairie de la capitale russe.

Mobilisées en grand nombre, elles ont arrêté massivement les protestataires qui affluaient sur la principale avenue de Moscou, criant "Honte" ou "Nous voulons des élections libres" et les ont repoussés manu militari hors vers les ruelles alentour.

L'opposition dénonce le rejet des candidatures indépendantes lors des élections locales du 8 septembre, qui s'annoncent difficiles pour les candidats soutenant le pouvoir dans un contexte de grogne sociale.

Avec des interpellations, interrogatoires et perquisitions visant toute la semaine les figures de l'opposition russe, les autorités avaient clairement montré qu'elles répondraient fermement à la montée de la contestation ces dernières semaines.

Un journaliste de l'AFP a pu voir des dizaines de manifestants arrêtés avant même le début du rassemblement à 11H00 GMT. L'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, a décompté 561 arrestations peu après 14H00 GMT.

Plusieurs arrestations étaient violentes, une manifestante ayant notamment été blessée à la tête, selon le journaliste de l'AFP.

- 'nous n'avions pas d'armes' -

"Nous manifestions pacifiquement, nous n'avions pas d'armes (...). Nous ne leur avons donné aucun motif pour des arrestations aussi violentes", a déploré auprès de l'AFP Anastassia Zabalioueva, 27 ans, qui enseigne le français et l'anglais.

"La dernière fois que j'ai vu autant de pressions, des arrestations et des perquisitions, c'était pendant les manifestations de 2012", a estimé pour sa part Alexeï Sprijitski, 42 ans.

Avant même le rassemblement, plusieurs figures de l'opposition ont été arrêtées au fil de la matinée tels Ilia Iachine, Lioubov Sobol ou Dmitri Goudkov qui avait affirmé vendredi que l'enjeu dépassait les élections locales. "Il s'agit de savoir si, dans la Russie d'aujourd'hui, il est possible de faire légalement de la politique", avait-il déclaré.

Les domiciles et permanences de plusieurs candidats exclus avaient été perquisitionnés par avance et, mercredi, l'opposant numéro un au Kremlin Alexeï Navalny avait été renvoyé en prison 30 jours pour des infractions "aux règles des manifestations".

Ces procédures font suite à l'ouverture d'une enquête pour "entrave au travail de la Commission électorale" de Moscou lors de manifestations mi-juillet. Elles peuvent aboutir à des peines atteignant cinq ans de prison, rappelant les importantes condamnations prononcées lors du mouvement de 2011-2012 contre le retour à la présidence de Vladimir Poutine.

- 'intimider l'opposition' -

Redoutant une "répression massive à venir", l'ONG Amnesty International a, elle, critiqué une "tentative ouverte et sans gêne des autorités russes pour intimider l'opposition".

En amont du rassemblement de samedi, la police de Moscou a publié une mise en garde aux citoyens et, fait inédit, proposé aux journalistes couvrant l'événement de transmettre leurs identités, augurant de nombreuses arrestations.

Le maire de Moscou Sergueï Sobianine, un proche de Vladimir Poutine, a averti que se préparaient "de sérieuses provocations menaçant la vie et la santé des gens".

Exceptionnellement élevée après l'annexion de la Crimée, la popularité de Vladimir Poutine a baissé depuis sa réélection pour un quatrième mandat l'année dernière et les scrutins de début septembre s'annoncent difficiles pour le pouvoir, surtout dans les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg.

L'enregistrement d'une soixantaine de candidats aux élections du Parlement de Moscou a été rejeté, officiellement en raison de vices dans la collecte des signatures nécessaires pour se présenter.

Des participants indépendants exclus du scrutin ont dénoncé des irrégularités fabriquées selon eux de toutes pièces et accusé le maire loyal au pouvoir, Sergueï Sobianine, de vouloir étouffer l'opposition, qui espérait avoir son mot à dire dans la gestion du budget faramineux de la capitale.