Jour et nuit, une patrouille sillonne le palais de Westminster. Leur mission n'est pas d'éviter un attentat terroriste, mais d'éteindre les incendies. Ces onze derniers mois, l'édifice a été le théâtre de sept feux d'intérieur.
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Jour et nuit, une patrouille sillonne le palais de Westminster. Leur mission n'est pas d'éviter un attentat terroriste, mais d'éteindre les incendies. Ces onze derniers mois, l'édifice a été le théâtre de sept feux d'intérieur. Les quatre cents kilomètres de câbles électriques n'ont pas été remplacés depuis des décennies. Il y a un risque réel qu'un court-circuit fasse flamber le monument du 19e siècle. Ou qu'il soit inondé. Les toits de la Chambre des Lords et de la Chambre des Communes percent de partout. Parfois l'eau s'écoule le long du papier peint des salles de réunion. Du moins s'il y a de l'eau. Les canalisations vétustes en plomb n'arrivent pas toujours à évacuer l'écoulement des urinoirs. Ce mois-ci, 200 toilettes ont rendu l'âme. Dernièrement, un plafond s'est effondré sur un groupe de chercheurs, les obligeant à se faire vacciner contre l'hépatite, écrit Matt Chorley, reporter parlementaire pour le Times. C'est l'une des contradictions propres à la nation britannique: un pays très attaché à ces traditions qui néglige l'entretien de l'un de ses édifices historiques les plus célèbres. Les parlementaires se plaignent depuis des années que sur les trois mille fenêtres il n'y en a pratiquement aucune qui ferme, et que le bâtiment est bourré d'amiante et de vermine. S'il en tenait à moi, soupirait l'un des architectes, je l'abattrais et je le reconstruirais.Les parlementaires n'arrivent pas à décider de la restauration de leur abri. Ils se tourmentent à propos du coût gigantesque. Les politiciens ne sont pas une catégorie professionnelle populaire. Comment défendre le prix des réparations auprès d'un million d'électeurs dépendants de banques alimentaires et de centaines de milliers qui vivent dans des bâtiments vétustes ? Mais il n'y a pas que ça. Certains parlementaires refusent d'évacuer la mère des parlements durant la rénovation. "Une question de principe". Ils tiennent à continuer à travailler alors qu'autour d'eux des hommes coiffés de casques jaunes mettront une douzaine d'années à faire entrer le bâtiment au 21e siècle. L'alternative est d'abriter temporairement ailleurs les 1450 parlementaires auxquels s'ajoutent les chercheurs, les assistants, et personnel de restauration et de surveillance. C'est là l'option la plus rapide (travaux de six ans) et la meilleure marché (4 milliards). Entre-temps, les estimations pour les choix divers ont été faites. Elles sont prêtes depuis octobre 2016. Il suffit de les voter.Pour une gestion efficace, il ne faut pas regarder la Première ministre britannique. May contourne tous les noeuds qui nécessitent d'être tranchés. Le parlement qui s'effondre lentement symbolise les atermoiements interminables sur le Brexit, les soins de santé, la crise immobilière et tout ce qui doit être piloté depuis l'un des gouvernements des régimes les plus centralisés d'Europe. À présent, tous les chefs du gouvernement sont poussés et parfois définis par les évènements qui leur tombaient dessus, mais May n'arrive pas à sortir du cycle d'événements catastrophiques ou provocateurs qu'elle rencontre presque quotidiennement. Et aujourd'hui, sa fraction en a assez. Même ses supporters ne la défendent plus. Ses jours sont comptés. Reste juste à voir quand elle partira. Ce mercredi, on votera le sauvetage du bâtiment parlementaire. Il y a deux ans, une commission d'enquête mettait en garde contre le risque d'un "évènement catastrophique" s'il ne se produit rien. May choisit de renvoyer les travaux aux calendes grecques et ne rien faire jusqu'en 2022. C'est peut-être la décision la moins surprenante qu'elle ait prise.