Outre le côté nostalgique et/ou narcissique de ce challenge, il ne serait pas sans conséquence pour les personnes qui se prêtent au jeu de publier côte à côte un cliché d'eux 2009 vs. 2019. Les millions de clichés ainsi publiés peuvent en effet être récupérés par des développeurs afin de créer de nouveaux algorithmes appliquables dans divers domaines. C'est en tous cas l'hypothèse de l'auteure américaine Kate O'Neill dans une tribune publiée sur le site Wired, référence internationale de la culture technophile.
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Outre le côté nostalgique et/ou narcissique de ce challenge, il ne serait pas sans conséquence pour les personnes qui se prêtent au jeu de publier côte à côte un cliché d'eux 2009 vs. 2019. Les millions de clichés ainsi publiés peuvent en effet être récupérés par des développeurs afin de créer de nouveaux algorithmes appliquables dans divers domaines. C'est en tous cas l'hypothèse de l'auteure américaine Kate O'Neill dans une tribune publiée sur le site Wired, référence internationale de la culture technophile. Selon elle, certaines dérives sécuritaires pourraient résulter de ce nouveau challenge. Des publicitaires pourraient par exemple exploiter ces données privées mises en pâture sur les réseaux sociaux pour cibler les utilisateurs qui auraient pris quelques kilos en 10 ans, leur envoyant des annonces pour des produits amincissants dans leur fil d'actualité. Si votre peau est ridée, vous risqueriez aussi d'être bombardé de pubs pour des crèmes antirides. Passe encore! Mais, en allant un peu plus loin dans le raisonnement, les compagnies d'assurance pourraient se servir de ces données pour établir un nouvel indice de santé. Avec la conséquence plus fâcheuse cette fois que si le système estime que vous vieillissez visiblement plus vite que vos semblables, vous pourriez payer plus cher vos assurances. Kate O'Neill soupçonne aussi la firme de Mark Zuckerberg d'utiliser ce phénomène pour développer d'autres ambitions, comme la possibilité de créer un algorithme de reconnaissance faciale: " Imaginez que vous vouliez former un algorithme de reconnaissance faciale sur les caractéristiques liées à l'âge et, plus précisément, sur la progression de l'âge (par exemple comment les gens sont susceptibles d'être plus âgés). Idéalement, cela nécessiterait un ensemble de données large et rigoureux avec beaucoup de photos des personnes en question. Il serait également nécessaire de savoir qu'elles aient été prises à un nombre fixe d'années d'intervalle, disons, 10 ans."Ce challenge faciliterait donc la tâche de Facebook dans l'analyse de l'évolution des visages sur une période de temps donnée. La date d'affichage de la photo ne correspondant pas toujours à la date à laquelle la photo a été prise. Grâce à ce "10yearschalenge", la plupart des internautes ont ajouté ce contexte (par exemple "moi en 2009 et moi en 2019"), ainsi que d'autres informations, dans de nombreux cas, sur le lieu de la photo et la façon dont elle a été prise. Du pain bénit pour l'intelligence artificielle.Pour un journaliste du site Numerama, cette affaire a été montée en épingle, passant d'une seule hypothèse dans la presse à la réalité. Pour lui, aucun des géants de la tech' n'a besoin de ce #10YearsChallenge pour entraîner ses algorithmes car ils sont déjà bien plus avancés dans la technologie à l'heure actuelle. Facebook est d'ailleurs le géant du web ayant le moins besoin de cette technologie, selon le journaliste spécialisé. Google Photos est déjà aussi capable de reconnaître de nombreux visages dans de nombreuses situations, explique-t-il, preuves à l'appui. Facebook s'est, pour sa part, fendu d'un démenti, avançant que ses utilisateurs ne faisaient que s'amuser en publiant leurs photos avant/après.Cependant, loin de voir le mal partout, Kate O'Neill envisage une utilisation plus honorable de ce challenge. L'exploitation de la reconnaissance faciale pourrait ainsi aider à retrouver des enfants disparus. En Inde, par exemple, 3000 enfants disparus ont été retracés grâce à cette technologie.D'autres utilisateurs détournent le concept pour pointer du doigt le réchauffement climatique, publiant des photos d'un ours polaire bien en chair sur la banquise il y a 10 ans comparé à un ours famélique actuellement, ou montrant un ours en équilibre instable sur son bout de glace à la dérive... D'autres affichent l'état actuel de la Grande Barrière de Corail. Certains internautes publient des clichés de l'état de villes bombardées au Yémen ou en Irak à dix ans d'intervalle:Comme à l'accoutumée dans ce genre de défis en ligne, de nombreuses parodies font aussi leurs apparitions.Et Kate O'Neill de mettre en garde sur la prolifération ces dernières années de ce genre de jeux et tests en ligne. Si la plupart sont anodins, certains sont conçus spécifiquement en vue d'extraire et collecter des données d'internautes. L'exemple le plus tristement célèbre est celui du scandale de la société britannique Cambridge Analytica, avec l'extraction massive de données de plus de 70 millions d'utilisateurs américains de Facebook qui auraient influencé les électeurs dans leur choix de présidence aux USA.