Selon de nouvelles données, la croissance de l'accès à Internet a fortement ralenti ces dernières années, surtout chez les personnes les plus pauvres et les plus isolées de la planète. Cette tendance, décrite dans un rapport non publié présenté en exclusivité au Guardian, montre que le taux de connexion dans le monde a drastiquement chuté depuis 2015.
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Selon de nouvelles données, la croissance de l'accès à Internet a fortement ralenti ces dernières années, surtout chez les personnes les plus pauvres et les plus isolées de la planète. Cette tendance, décrite dans un rapport non publié présenté en exclusivité au Guardian, montre que le taux de connexion dans le monde a drastiquement chuté depuis 2015.Parmi les personnes qui n'ont pas encore cet accès, le rapport cite notamment les femmes des pays ruraux pauvres qui sont en grande partie exclues de l'éducation et des opportunités qu'offre le réseau informatique mondial.Le rapport réalisé par l'ONU sera publié dès le mois prochain par le Web Foundation, une organisation créée par Tim Berners-Lee. L'analyse des données récoltées montre que la croissance de l'accès à Internet est passée de 19% en 2007 à moins de 6% en 2017. Soit, une baisse d'environ 13% en 10 ans.Si en 2014, l'ONU avait annoncé que la moitié du monde serait connecté d'ici 2017, ce ralentissement bouleverse les prédictions de l'organisation. En effet, cette étape ne serait finalement franchie qu'en mai 2019."Nous avons sous-estimé le ralentissement et le taux de croissance est maintenant très préoccupant ", a déclaré Dhanaraj Thakur, directeur de la recherche à la Web Foundation. "Le problème avec le fait d'avoir certaines personnes en ligne et d'autres pas, c'est que vous augmentez les inégalités existantes".Actuellement, il resterait environ 3,8 milliards de personnes privées d'accès à Internet dans le monde. Parmi elles, une proportion alarmante est constituée de femmes. En particulier dans les zones urbaines pauvres, où on estime que le nombre d'hommes sur Internet est deux fois supérieur à celui des femmes. "Dans certaines communautés, l'idée que les femmes possèdent quelque chose, qu'elles deviennent propriétaires, même d'un téléphone portable, est mal vue", a déclaré Nanjira Sambuli, membre de la Web Foundation qui défend l'égalité d'accès au Web. Cette inégalité de l'accès au réseau mondial pose divers problèmes, notamment d'ordre économique, mais aussi éducationnel, social et politique. Les personnes sont en effet exclues des débats publics en ligne, mais en plus, elles n'ont ni accès aux services gouvernementaux numériques, ni même aux groupes sociaux. "À mesure que notre vie quotidienne devient de plus en plus numérique, ces populations hors ligne continueront d'être poussées plus loin en marge de la société", indique le rapport.Selon Malcom Johnson, secrétaire général adjoint de l'Union internationale des télécommunications de l'ONU, les données 2018 publiées en décembre devraient montrer que le ralentissement se poursuit. "Pour changer la tendance, il faut quelque chose de différent", a-t-il déclaré. "Nous avons besoin d'une connectivité beaucoup moins chère et il faut faire davantage de travail sur le contenu pour attirer les gens ".Un grand nombre de pays pauvres ont des difficultés pour se connecter à Internet à cause des coûts élevés que cela représente. Cette dépense retarde donc les fournisseurs de services de télécommunication, qui ne parviennent pas à rassembler une communauté de clients suffisamment grande pour que le business devienne rentable.Un autre frein est l'intérêt pour ces peuples d'avoir accès à Internet. Même si les habitants des régions reculées avaient les moyens de payer le coût des données, ils n'ont ni les compétences nécessaires pour se connecter à Internet, ni même du contenu dans leur propre langue qui leur serait adressé. "Il ne s'agit pas uniquement de connectivité", a déclaré Johnson. "Vous devez faire en sorte que les gens aient un intérêt à payer pour se connecter. Il doit y avoir du contenu qu'ils peuvent comprendre et qui leur soit bénéfique".