La succession des attentats sur le mode de celui perpétré le 17 août à Barcelone semble instiller au sein des populations européennes une forme de fatalisme. L'économie de moyens mis en oeuvre pour les commettre - le plus souvent désormais, un véhicule bélier - renforce le sentiment d'impuissance à les prévenir. S'enracine ainsi la conviction que les politiques antiterroristes les plus affûtées ne pourront de toute façon pas empêcher de nouvelles attaques.
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La succession des attentats sur le mode de celui perpétré le 17 août à Barcelone semble instiller au sein des populations européennes une forme de fatalisme. L'économie de moyens mis en oeuvre pour les commettre - le plus souvent désormais, un véhicule bélier - renforce le sentiment d'impuissance à les prévenir. S'enracine ainsi la conviction que les politiques antiterroristes les plus affûtées ne pourront de toute façon pas empêcher de nouvelles attaques.Cette prise de conscience peut avoir un effet in fine salutaire. Elle favorise la résilience, dont les riverains des lieux ciblés font de plus en plus montre, et réduit proportionnellement le temps de la sidération que les djihadistes cherchent justement à instaurer dans la durée. Les Barcelonais et les touristes, certes plus respectueux qu'à l'ordinaire, se sont réappropriés leurs Ramblas dès le lendemain de la tragédie. La démarche n'a été jugée ni choquante ni impudique, tant le retour à une vie normale s'est imposé comme la meilleure réponse à la transgressive barbarie des islamistes. Le pendant négatif d'une telle attitude est de céder à la résignation. Car s'il est acquis qu'il n'existe aucune parade infaillible aux attaques terroristes, il est pourtant tout aussi évident que des mesures peuvent et doivent être prises pour en limiter la fréquence et les conséquences. Trois champs d'action au moins méritent d'être explorés, le renseignement, la prévention matérielle et la diplomatie. L'enquête l'a montré ; le commando qui a sévi à Barcelone et à Cambrils projetait une opération qui aurait pu faire un nombre encore plus élevé de victimes. En l'occurrence, c'est un élément accidentel - l'explosion dans l'habitation d'Alcanar - qui a permis d'éviter à ce drame de connaître une autre ampleur. Presque a contrario, ce développement prouve l'importance cruciale du travail des services de renseignement dans la prévention antiterroriste. Il a visiblement fait défaut en Catalogne auprès de personnes qui, pour certaines, avaient pourtant laissé transparaître des signes de radicalisation. Une remise en question de l'Etat de droit et de nos valeurs est une ligne rouge que les démocraties occidentales doivent bien évidemment s'interdire de franchir dans le combat contre les terroristes qui ne demandent que cela. Ce principe ne devrait cependant pas empêcher dirigeants et citoyens de s'interroger sur les moyens de prévention intelligents à mettre en place pour minimiser l'impact des attentats. Que l'installation de bornes de béton à certains accès des Ramblas soulève encore autant de résistances pose assurément question. Quand bien même les centres d'intérêt urbains, des Champs-Elysées à la Grand-Place de Bruxelles, des aéroports aux gares, bénéficieraient-ils d'une protection particulière, cela ne transformerait pas nos métropoles en forteresses ni n'entraverait fondamentalement nos libertés. Enfin, de plus en plus, la lutte contre le djihadisme et le radicalisme doit être une préoccupation constante de notre diplomatie. Aucun intérêt économique ou financier ne devrait prévaloir dans nos actions à l'étranger sur la protection des populations et la défense de la cohésion sociale. On l'a vu en Catalogne, l'islamisme armé peut prospérer dans le tissu local et sans aide extérieure. Il n'empêche que le retour annoncé de 1 200 à 3 000 djihadistes chassés de leurs repaires irako-syriens et plus aguerris que leurs prédécesseurs accroîtra indéniablement la menace. Il est urgent de s'y préparer.