"Révolutionnaire professionnel" autoproclamé au service de la cause palestinienne, du bloc de l'Est et de lui-même, Ilich Raminez Sanchez, dit Carlos ou "le chacal", jugé lundi pour un attentat à Paris en 1974, incarne le terrorisme anti-impérialiste des années 70 et 80.

L'image du fringant révolutionnaire de 25 ans, béret à la Che Guevara, cigare et lunettes noires, qui plastronnait en 1975 sur le tarmac de l'Aéroport d'Alger devant les représentants de l'OPEP qu'il venait de kidnapper à Vienne, a depuis longtemps laissé place à celle d'un élégant retraité un peu empâté.

9 décembre 2013, Ilich Ramirez Sanchez aka Carlos, arrive au Palais de Justice de Paris., AFP
9 décembre 2013, Ilich Ramirez Sanchez aka Carlos, arrive au Palais de Justice de Paris. © AFP

Mais l'homme, incarcéré en France depuis 1994, aussi charmeur que glaçant, n'a rien perdu de sa radicalité ni de son sens de la provocation dont il use à chacun de ses procès, utilisant les audiences comme des tribunes.

"Je ne suis pas un terroriste mais un combattant", proclame le Vénézuélien, désormais converti et acquis à "l'islam révolutionnaire". Il revendique 1.500 morts pour son organisation et 80 de ses propres mains mais conteste toute responsabilité dans les attentats perpétrés en France pour lesquelles il a déjà été condamné à deux reprises à la réclusion criminelle à perpétuité.

Né à Caracas le 12 octobre 1949, Carlos est un pur produit de l'ambition révolutionnaire de son père, un avocat qui a imposé à ses trois fils, Ilich, Lénine et Vladimir (en l'honneur du chef de la révolution russe) une éducation stricte baignant dans le marxisme, a raconté à l'AFP son jeune frère Vladimir: "Indubitablement, papa a inculqué à Ilich la nécessité de rejoindre la lutte internationale contre l'impérialisme".

Son premier engagement se fera à 15 ans dans les jeunesses communistes vénézuéliennes. Étudiant à Londres, il gagne l'université Patrice Lumumba de Moscou, vivier d'activistes politiques, où il rencontre le représentant local du Front de libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache qui l'invite à participer à un stage militaire en Jordanie.

Il séduit et manipule à merveille'

Dès septembre 1970, il lutte plusieurs mois au côté des fedayin acculés par les troupes du roi Hussein. Il y gagne ses galons de combattant et un rôle auprès de Waddih Haddad, l'un des dirigeants les plus radicaux du FPLP.

Lorsque Haddad crée sa propre organisation, le FPLP-Opérations extérieures, Carlos réalise pour lui ses premières opérations: plusieurs attentats, assassinats à Londres et Paris, lui sont attribués dont celui du Drugstore Publicis en 1974. Pour la façade, il donne des cours d'espagnol dans une école de jeunes filles londoniennes.

C'est le 21 décembre 1975 que le nom de Carlos devient un symbole mondial du terrorisme. A la tête d'un commando, il prend en otages les ministres du pétrole de l'OPEP à Vienne, trois personnes sont abattues. Mais cette action marque aussi sa rupture avec Haddad, qui lui reproche d'avoir refusé d'exécuter deux otages, préférant prendre l'argent de la rançon après les avoir libérés.

Carlos fonde alors son propre groupe composé d'ex-membres de l'extrême gauche allemande, dont Magdalena Kopp, qui deviendra sa femme et la mère de sa fille Elba-Rosa. "Il séduit et manipule à merveille", a confié l'ex-activiste dans un livre. "Je ne comprends pas aujourd'hui comment j'ai pu succomber à un tel macho. A l'époque, il persuadait les filles qu'elles étaient la seconde moitié de la révolution".

A partir de 1979, celui que les journaux appellent désormais "le chacal" installe ses quartiers à l'abri du rideau de fer avant d'être accueilli plusieurs années par Damas au début des années 80.

En 1982, il organise une campagne d'attentats en France pour faire libérer son épouse et l'un de ses amis, Bruno Breguet, interpellés à Paris. "J'étais sa femme, sa propriété et il en allait de son honneur de me libérer", a expliqué Kopp.

1983, vue générale du Consulat de France à Berlin après explosion d'une bombe, Belga / Reuters
1983, vue générale du Consulat de France à Berlin après explosion d'une bombe © Belga / Reuters

A la chute du mur de Berlin en 1989, le "mercenaire du terrorisme", devenu trop voyant, perd peu à peu ses protecteurs. Lâché par la Syrie en 1991, il obtient l'asile au Soudan où, isolé, il sera finalement arrêté et exfiltré vers la France par des policiers du contre-espionnage français.

Les date-clés de la vie de Carlos, symbole du terrorisme des années 70 et 80

Retour sur les dates marquantes de la vie du Vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, symbole du terrorisme meurtrier des années 1970 et 1980.

La justice lui impute une série d'attentats qui ont fait 13 morts et 225 blessés en France entre 1974 et 1983.

Ilich Ramirez Sanchez, aka Carlos the Jackal., EPA
Ilich Ramirez Sanchez, aka Carlos the Jackal. © EPA
- 12 oct 1949: Ilich Ramirez Sanchez naît à Caracas, fils d'un avocat d'affaires marxiste. Il adhère à 15 ans au Parti communiste vénézuélien, alors clandestin. Ses frères s'appellent Lénine et Vladimir.

- 1964-1970: Sa scolarité terminée à Caracas, il fait des études à Mexico, Miami, Londres et Moscou.

- Sept 1970: Ramirez Sanchez est en Jordanie au côté des fedayin palestiniens lors des attaques de Septembre noir par les troupes royales. Sympathisant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache dès l'université Patrice Lumumba à Moscou, il devient "Carlos", protégé de Waddih Haddad, dirigeant très radical du Front et chef des opérations extérieures.

- 27 juin 1975: les services français découvrent l'existence de Carlos lorsqu'il tue deux policiers et en blesse un troisième rue Toullier, à Paris, avant de s'enfuir. Enquêtant sur des attentats commis en janvier 1971 à l'aéroport de Paris-Orly contre des avions israéliens, ils se présentaient au domicile d'une Vénézuélienne, soupçonnée d'être liée au FPLP.

- 1973-1975: plusieurs assassinats et attentats lui sont attribués, à Londres et à Paris. Notamment l'attentat commis à Paris au drugstore Publicis, à l'angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de Rennes le 15 septembre 1974 (2 morts et 34 blessés). En même temps (13-17 septembre), il est impliqué dans la prise d'otages de l'ambassade de France à La Haye par "l'Armée rouge japonaise" pour la libération d'un des siens détenus en France, et en décembre 1975 il est responsable de la prise en otage à Vienne des ministres du pétrole de l'OPEP (3 morts).

- 1982-1983: Quatre attentats à la bombe commis en France contre le train Le Capitole Paris-Toulouse (mars 1982), rue Marbeuf à Paris (avril 1982), à la gare de Marseille et dans un TGV Marseille-Paris (déc 1983) font 11 morts et 191 blessés et lui vaudront la réclusion criminelle à perpétuité.

L'attentat du Capitole, le 29 mars 1982 Pariq - Toulouse , attribué à Carlos. Il a causé 5 morts et 29 blessés., Belga / Reuters
L'attentat du Capitole, le 29 mars 1982 Pariq - Toulouse , attribué à Carlos. Il a causé 5 morts et 29 blessés. © Belga / Reuters

- 1983: après avoir vécu dans d'autres pays arabes et, en Europe, en Hongrie et en Roumanie communistes, Carlos, surnommé "Le Chacal" par la presse, s'installe à Damas.

- 12 août 1994: Il est capturé au Soudan et exfiltré de Khartoum par des policiers du contre-espionnage français (DST).

28 novembre 2000, Belga / Reuters
28 novembre 2000 © Belga / Reuters
- décembre 1997: Carlos est condamné à Paris à la perpétuité pour les meurtres de juin 1975.

- 2003: converti à l'islam, l'autoproclamé "révolutionnaire international professionnel", admirateur d'Oussama Ben Laden, il publie "l'islam révolutionnaire".

- décembre 2011: nouvelle condamnation à perpétuité pour les attentats de 1982-83.

- 3 oct 2014: Carlos est renvoyé devant la cour d'assises spéciale de Paris pour l'attentat au Drugstore Publicis Saint-Germain de 1974.

"Révolutionnaire professionnel" autoproclamé au service de la cause palestinienne, du bloc de l'Est et de lui-même, Ilich Raminez Sanchez, dit Carlos ou "le chacal", jugé lundi pour un attentat à Paris en 1974, incarne le terrorisme anti-impérialiste des années 70 et 80.L'image du fringant révolutionnaire de 25 ans, béret à la Che Guevara, cigare et lunettes noires, qui plastronnait en 1975 sur le tarmac de l'Aéroport d'Alger devant les représentants de l'OPEP qu'il venait de kidnapper à Vienne, a depuis longtemps laissé place à celle d'un élégant retraité un peu empâté.Mais l'homme, incarcéré en France depuis 1994, aussi charmeur que glaçant, n'a rien perdu de sa radicalité ni de son sens de la provocation dont il use à chacun de ses procès, utilisant les audiences comme des tribunes. "Je ne suis pas un terroriste mais un combattant", proclame le Vénézuélien, désormais converti et acquis à "l'islam révolutionnaire". Il revendique 1.500 morts pour son organisation et 80 de ses propres mains mais conteste toute responsabilité dans les attentats perpétrés en France pour lesquelles il a déjà été condamné à deux reprises à la réclusion criminelle à perpétuité.Né à Caracas le 12 octobre 1949, Carlos est un pur produit de l'ambition révolutionnaire de son père, un avocat qui a imposé à ses trois fils, Ilich, Lénine et Vladimir (en l'honneur du chef de la révolution russe) une éducation stricte baignant dans le marxisme, a raconté à l'AFP son jeune frère Vladimir: "Indubitablement, papa a inculqué à Ilich la nécessité de rejoindre la lutte internationale contre l'impérialisme".Son premier engagement se fera à 15 ans dans les jeunesses communistes vénézuéliennes. Étudiant à Londres, il gagne l'université Patrice Lumumba de Moscou, vivier d'activistes politiques, où il rencontre le représentant local du Front de libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache qui l'invite à participer à un stage militaire en Jordanie.Il séduit et manipule à merveille'Dès septembre 1970, il lutte plusieurs mois au côté des fedayin acculés par les troupes du roi Hussein. Il y gagne ses galons de combattant et un rôle auprès de Waddih Haddad, l'un des dirigeants les plus radicaux du FPLP.Lorsque Haddad crée sa propre organisation, le FPLP-Opérations extérieures, Carlos réalise pour lui ses premières opérations: plusieurs attentats, assassinats à Londres et Paris, lui sont attribués dont celui du Drugstore Publicis en 1974. Pour la façade, il donne des cours d'espagnol dans une école de jeunes filles londoniennes.C'est le 21 décembre 1975 que le nom de Carlos devient un symbole mondial du terrorisme. A la tête d'un commando, il prend en otages les ministres du pétrole de l'OPEP à Vienne, trois personnes sont abattues. Mais cette action marque aussi sa rupture avec Haddad, qui lui reproche d'avoir refusé d'exécuter deux otages, préférant prendre l'argent de la rançon après les avoir libérés.Carlos fonde alors son propre groupe composé d'ex-membres de l'extrême gauche allemande, dont Magdalena Kopp, qui deviendra sa femme et la mère de sa fille Elba-Rosa. "Il séduit et manipule à merveille", a confié l'ex-activiste dans un livre. "Je ne comprends pas aujourd'hui comment j'ai pu succomber à un tel macho. A l'époque, il persuadait les filles qu'elles étaient la seconde moitié de la révolution".A partir de 1979, celui que les journaux appellent désormais "le chacal" installe ses quartiers à l'abri du rideau de fer avant d'être accueilli plusieurs années par Damas au début des années 80.En 1982, il organise une campagne d'attentats en France pour faire libérer son épouse et l'un de ses amis, Bruno Breguet, interpellés à Paris. "J'étais sa femme, sa propriété et il en allait de son honneur de me libérer", a expliqué Kopp.A la chute du mur de Berlin en 1989, le "mercenaire du terrorisme", devenu trop voyant, perd peu à peu ses protecteurs. Lâché par la Syrie en 1991, il obtient l'asile au Soudan où, isolé, il sera finalement arrêté et exfiltré vers la France par des policiers du contre-espionnage français.