Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump multiplie les gestes de bonne volonté en direction du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou : ayant déjà annoncé le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, il pourrait torpiller, dès les prochaines semaines, l'accord sur le nucléaire iranien signé par son prédécesseur Barack Obama. Il est un domaine, pourtant, où les choix du 45e président des Etats-Unis inquiètent l'Etat hébreu : sa politique erratique en Syrie. Les frappes contre trois sites liés au programme chimique de Damas, dans la nuit du 13 au 14 avril, n'ont rien changé à l'affaire.
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Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump multiplie les gestes de bonne volonté en direction du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou : ayant déjà annoncé le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, il pourrait torpiller, dès les prochaines semaines, l'accord sur le nucléaire iranien signé par son prédécesseur Barack Obama. Il est un domaine, pourtant, où les choix du 45e président des Etats-Unis inquiètent l'Etat hébreu : sa politique erratique en Syrie. Les frappes contre trois sites liés au programme chimique de Damas, dans la nuit du 13 au 14 avril, n'ont rien changé à l'affaire. Aucun responsable israélien n'a oublié la petite phrase de Donald Trump, le 29 mars dernier : " On va bientôt sortir de Syrie, très vite. On va laisser les autres s'en occuper. " Quelques heures plus tard, le Pentagone affirme le contraire : les quelque 2 000 soldats américains dépêchés dans le Nord-Est de la Syrie, auprès de la coalition arabo-kurde qui a délogé le groupe Etat islamique, sont là-bas " pour y rester ". Pas du tout, semble rétorquer Donald Trump, le 3 avril : " Il est temps de retourner à la maison "... Le président français Emmanuel Macron entre dans la danse, le 15 avril, assurant qu'il a " convaincu " son homologue américain de maintenir ses troupes en Syrie. C'est faux, selon une porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders : " La mission américaine n'a pas changé. Le président a dit clairement qu'il veut que les forces américaines rentrent dès que possible ", souligne-t-elle. Alors, retrait ? Pas de retrait ? Allez savoir... Les signaux contradictoires venus de Washington plongent le gouvernement israélien dans l'embarras : " Le président Trump ne m'a pas interrogé à ce sujet ", ironise Avigdor Liberman, ministre de la Défense. Depuis le début de la guerre en Syrie, en mars 2011, Israël s'est accommodé du chaos dans le pays voisin. Mais la reconquête de la majeure partie du territoire syrien par les alliés du régime de Bachar al-Assad, à partir de 2015, quand Téhéran et Moscou ont redoublé leur engagement, a changé la donne. Car l'Iran, perçu par Israël comme son principal ennemi dans la région, est désormais présent en force. Soit directement, grâce aux conseillers militaires envoyés sur place, soit par le biais de nombreux supplétifs - le Hezbollah, mouvement chiite libanais créé et soutenu par l'Iran, ou encore les milices irakiennes et afghanes, pilotées par les Gardiens de la révolution iraniens, les pasdaran. En janvier dernier, le représentant d'Israël à l'ONU dénonçait la présence en Syrie de 3 000 pasdaran, de 9 000 combattants du Hezbollah et de 10 000 miliciens irakiens, afghans et pakistanais - tous pilotés par Téhéran. Israël comptait sur l'ami américain pour faire contrepoids à la croissante mainmise russo-iranienne sur la Syrie. Espoir déçu : " Dans son approche du Moyen-Orient, Trump ne fait pas le contraire d'Obama, précise Natan Sachs, spécialiste de la région à la Brookings Institution, un centre d'analyse américain. Il incarne, d'une certaine façon, une version extrême d'Obama. Et ses alliés commencent à s'en rendre compte. " Se retirer du bourbier proche-oriental était déjà l'objectif du président démocrate. Champion autoproclamé de " l'Amérique d'abord ", Donald Trump semble partager son avis. Pour celui-ci, les milliards de dollars dépensés en Syrie et en Irak seraient plus utiles à la maison : mieux vaut laisser à d'autres la gestion du désordre moyen-oriental. " Dans ce contexte, Israël a le sentiment qu'il ne peut faire confiance qu'à lui-même ", explique Ofer Zalzberg, analyste à l'International Crisis Group. " Au Liban, le Hezbollah dispose déjà de quelque 20 000 roquettes et missiles pointés sur le territoire israélien, selon Ephraïm Sneh, ancien vice-ministre de la Défense. On ne peut pas les laisser faire la même chose en Syrie. " La consolidation de la présence iranienne a donné lieu à un accès de fièvre entre les deux pays, sur le théâtre syrien. En février, après qu'Israël a détruit, au-dessus de sa frontière, un drone lancé depuis une base " iranienne " à Palmyre, des tirs de la DCA syrienne ont abattu un F16 israélien. C'est la première fois depuis trente ans que l'Etat hébreu perd un chasseur. D'où le bombardement d'une base aérienne, dans la province de Homs, le 9 avril, attribué à Israël... L'opération a coûté la vie à 14 personnes, dont 7 Iraniens. " L'attaque du régime sioniste en Syrie ne restera pas sans réponse ", affirme Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. Depuis 2012, l'armée israélienne aurait effectué une centaine de frappes contre le Hezbollah. L'aggravation des tensions pèse aussi sur les relations ambiguës qu'entretiennent certains acteurs de la crise, à commencer par Israël et la Russie. Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahou multiplient les rencontres bilatérales et semblent plutôt proches : Israël s'est abstenu de manifester son soutien au Royaume-Uni après l'affaire de l'ex-espion russe empoisonné en Angleterre, tandis que Moscou s'est toujours gardé de réagir aux attaques israéliennes contre le Hezbollah en Syrie. Mais la lune de miel touche à sa fin. " La multiplication des sujets de disputes rend l'exercice d'équilibre plus difficile ", s'inquiète Ofer Zalzberg. Signe des temps, le Kremlin a dénoncé l'attaque israélienne sur la base de Palmyre et, afin de faire monter la pression, Moscou a couplé sa critique avec celle de la répression à Gaza. " Si les Russes, au pied du mur, sont amenés à choisir entre Israël et l'Iran, ils se rangeront du côté de l'allié iranien, insiste Julien Théron, spécialiste de sécurité internationale à Sciences po Paris. La Russie ne serait pas parvenue à remettre en selle le régime syrien et à s'imposer comme maître du jeu dans la région, sans l'appui des Gardiens de la révolution et des milices qu'ils contrôlent. " Demain, alors, jusqu'où peut aller la confrontation entre Israël et l'Iran ? " En dépit des récents accrochages et des passes d'armes rhétoriques, l'un et l'autre semblent décidés à éviter une confrontation majeure, estime Julien Théron. La République islamique, désireuse de renouer avec l'Occident, n'a pas intérêt à un clash avec l'Etat hébreu. Sa priorité reste les combats en Syrie : les forces militaires syriennes, très affaiblies, ont cédé une large place aux forces supplétives de Téhéran. " " Les Israéliens avaient pour objectif de réduire à zéro l'influence iranienne en Syrie, rappelle Ofer Zalzberg. Mais c'est trop tard ; ils n'y parviendront plus. C'est pourquoi l'International Crisis Group encourage la Russie à jouer un rôle de médiateur entre l'Iran et Israël. Moscou devrait encourager Téhéran à privilégier la dimension économique et politique en Syrie, et à renoncer à une forte présence militaire. "Une telle issue serait-elle à la hauteur des attentes de la République islamique ? Pas sûr.Par Catherine Gouëset.