Saint-Louis, dans le Missouri, est une ville de plus de 300 000 habitants située sur la rive ouest du fleuve Mississippi. Elle a une bien sinistre réputation : celle de la capitale du meurtre aux États-Unis depuis 2014, avec un taux de 66.1 meurtre par 100,000 personnes. Depuis peu elle a une autre réputation encore plus triste : celle de capitale du meurtre d'enfant par balles. Pas moins de 13 enfants noirs y ont été tués depuis avril. Il ne s'agit pas d'une tuerie de masse, mais d'une accumulation de meurtre isolé. Si cela avait été le cas, la mort de ces 13 enfants aurait figuré parmi les 20 fusillades les plus meurtrières du pays.
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Saint-Louis, dans le Missouri, est une ville de plus de 300 000 habitants située sur la rive ouest du fleuve Mississippi. Elle a une bien sinistre réputation : celle de la capitale du meurtre aux États-Unis depuis 2014, avec un taux de 66.1 meurtre par 100,000 personnes. Depuis peu elle a une autre réputation encore plus triste : celle de capitale du meurtre d'enfant par balles. Pas moins de 13 enfants noirs y ont été tués depuis avril. Il ne s'agit pas d'une tuerie de masse, mais d'une accumulation de meurtre isolé. Si cela avait été le cas, la mort de ces 13 enfants aurait figuré parmi les 20 fusillades les plus meurtrières du pays. Ils sont morts parce qu'ils ont eu la malchance de grandir dans des quartiers délabrés qu'on conseille d'éviter si l'on n'a rien à y faire. Une violence touche de façon disproportionnée les quartiers noirs pauvres de la ville, en particulier la banlieue qui borde la ville dit The Guardian.La question de race est un autre constat du Guardian : s'ils avaient été blancs, l'affaire aurait probablement fait davantage de bruit dans les médias. Le constant climat de violence de cette ville a fait que lorsque le premier des 13 enfants a été abattu cette année, il n'y a eu que quelques entrefilets dans les nouvelles locales. Ce n'est que lorsque les cas se sont accumulés que l'angoisse a commencé à poindre. Dans certains quartiers de Saint-Louis, la violence armée peut se produire à tout moment envers n'importe qui, y compris les jeunes enfants qui atterrissent malgré eux dans le feu croisé. Parfois, le simple fait de jouer dehors ou de prendre l'air peut être mortel. Or le traumatisme de vivre dans un environnement stressant peut avoir de graves conséquences sur la santé mentale des enfants. Le stress toxique peut endommager le cerveau en développement d'un enfant, ce qui finit par affecter sa capacité à raisonner, à réguler ses émotions et à ressentir de l'empathie. "C'est probablement plus toxique que le plomb dans l'eau ", dit Joan Luby, professeur de pédopsychiatrie à l'Université de Washington à Saint-Louis. Un poison pas nécessairement inéluctable puisque si des recherches récentes mettent en évidence toutes les façons dont le stress façonne négativement le cerveau d'un enfant, elles montrent aussi qu'il existe des moyens de prévenir tous les dommages, même dans un environnement stressant. Si un enfant reçoit un soutien attentif et affectueux de la part d'une personne qui s'occupe de lui, les effets du stress peuvent être inversés. Mais dans ces quartiers dominés par la misère, rien n'indique que ce soit le cas. "C'est un effort sur plusieurs fronts, mais nous savons tous que cette violence est fonction de la pauvreté générationnelle et du manque d'opportunités ", a déclaré Koran Addo, directeur des communications pour le bureau du maire. Les structures familiales et communautaires des quartiers pauvres de la ville se sont tellement désintégrées que les choses sont devenues plus violentes, alimentées par un manque d'espoir et de soutien. Un constat partagé par les habitants des quartiers touchés pour qui il est impossible de trouver une solution au problème sans s'attaquer au manque d'emplois, aux bâtiments négligés et à la dépendance à la drogue. Pour James Clark, vice-président de Better Family Life qui gère un programme de désescalade de la violence armée, la "cause profonde de la violence est la pauvreté. Il nous a fallu dix ans pour nous mettre d'accord sur ce point. Il faudra au moins trois générations pour éradiquer la pauvreté si nous commençons dès maintenant ". On en est loin. Dans l'état du Missouri, cela fait 10 ans que l'on donne la priorité au maintien de l'ordre dans la lutte contre la violence armée sans faire grand-chose pour la lutte contre la pauvreté (ainsi le salaire minimum est passé de 10 $ à 7,90 $ l'heure en 2017). Un autre problème est l'accès beaucoup trop aisé aux armes. "Plus de jeunes hommes ont accès à des armes à feu qu'à un porte-monnaie dans leurs poches ", précise encore James Clark. Dans l'État, toute personne de 19 ans ou plus peut ainsi légalement porter une arme dissimulée sans permis ni formation et sans contrôle de ces antécédents. Ces changements ont coïncidé avec une augmentation de 16 % des homicides sur une période de six ans alors que le taux national d'homicides par balle a lui diminué.