Au centre du bras de fer: la politique de la chancelière à l'égard des demandeurs d'asile que le parti bavarois très conservateur CSU, membre de la fragile coalition gouvernementale mise en place en mars, veut à tout prix durcir.

Le président de cette formation et ministre allemand de l'Intérieur, Horst Seehofer, qui mène la fronde, a offert dimanche de démissionner de ses deux fonctions face à l'impasse, lors d'une réunion de la CSU qui a duré une dizaine d'heures à Munich. Avant, en fin de compte, de suspendre sa décision.

Dernière chance

"J'ai dit que je remettais les deux postes à disposition et que j'exécuterai cette décision dans les trois jours à venir", a-t-il déclaré dans la nuit de dimanche à lundi.

Dans l'intervalle, des discussions de la dernière chance au plus haut niveau sont prévues lundi après-midi entre son parti et la formation de centre-droit de la chancelière (CDU) "dans l'espoir de trouver un accord", a dit M. Seehofer.

Le conflit porte sur le traitement des migrants arrivant en Allemagne mais déjà enregistrés dans d'autres pays de l'UE.

Le ministre veut les refouler à la frontière, ce que refuse Angela Merkel pour ne pas créer "d'effet domino" en Europe.

Devant les cadres de son mouvement M. Seehofer a évoqué trois scénarios.

Il indiqué qu'il pouvait soit rentrer dans le rang, soit passer outre les objections d'Angela Merkel et imposer de son propre chef les refoulements aux frontières - ce qui entraînerait toutefois son limogeage et l'éclatement du gouvernement de coalition - ou enfin démissionner. Option qu'il privilégie donc à ce stade.

Un départ aurait des conséquences potentiellement graves pour l'avenir du gouvernement allemand.

La question serait alors de savoir si le parti du ministre quitte lui aussi, ou non, la coalition. Dans pareil cas, la chancelière se verrait privée de majorité à la chambre des députés, avec sans doute à la clé des élections anticipées.

Mais le parti bavarois pourrait aussi se contenter de remplacer M. Seehofer, dont les relations avec Angela Merkel sont devenues exécrables, par une personnalité plus souple.

Merkel reste ferme

Il ne sera pas aisé toutefois lundi de trouver un terrain d'entente entre les deux formations longtemps alliées mais aujourd'hui largement ennemies.

Angela Merkel reste en effet inflexible. Et elle a obtenu dimanche soir à Berlin le soutien quasi-unanime des instances dirigeantes de son parti CDU pour refuser toute décision "unilatérale" nationale sur les migrants.

Ce dernier conflit au sein du camp conservateur allemand a éclaté vers la mi-juin lorsque la chancelière a bloqué le projet de son ministre sur les refoulements à la frontière.

Mais il est en réalité quasi-permanent depuis la décision controversée prise en 2015 par Angela Merkel d'ouvrir les frontières de son pays à des centaines de milliers de candidats à l'asile.

Le parti bavarois CSU n'a cessé depuis trois ans de dénoncer ce choix et de peser pour obtenir davantage de fermeté en matière d'asile. Son offensive paraît surtout viser Angela Merkel elle-même, perçue désormais comme un obstacle par les courants conservateurs les plus durs en raison d'une politique jugée trop centriste.

Le parti CSU est en outre aiguillonné par la perspective d'élections régionales en octobre en Bavière, où il risque de perdre sa majorité absolue face à la poussée de l'extrême droite anti-migrants.

Le ministre de l'Intérieur avait fixé un ultimatum à début juillet à Angela Merkel, menaçant d'imposer ses refoulements aux frontières faute de mesures "équivalentes" au niveau européen.

Angela Merkel pensait pouvoir amadouer ce parti rebelle grâce aux mesures prises lors du dernier sommet européen pour réduire les flux migratoires. Mais Horst Seehofer les a qualifiées dimanche d'"insuffisantes".

Quelle que soit l'issue de la crise gouvernementale, Angela Merkel en ressortira forcément un peu plus affaiblie politiquement.

Après presque 13 ans de pouvoir, elle est désormais ouvertement contestée en Allemagne sur sa politique migratoire et souvent critiquée à l'étranger, notamment en Europe de l'Est et par Donald Trump.

Allemagne: les raisons de la crise politique

Les tensions en Allemagne sur les migrants sont en train de tourner à la crise gouvernementale, trois ans après la décision d'Angela Merkel d'accueillir des centaines de milliers de demandeurs d'asile. Le point sur les enjeux :

Quelles sont les raisons du conflit ?

Il a débuté autour de la mi-juin lorsque le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, également président d'un parti bavarois très conservateur, l'Union chrétienne-sociale (CSU), a vu un plan qu'il voulait présenter pour durcir la politique d'asile dans le pays bloqué par la chancelière Angela Merkel. Elle refuse une mesure phare de son ministre: le refoulement prévu à la frontière allemande des migrants déjà enregistrés dans un autre pays de l'Union européenne. Difficilement mise en place en mars, sa coalition gouvernementale va de la droite dure à la gauche modérée: elle réunit, outre le parti CSU, celui de centre-droit de la chancelière, l'Union démocrate-chrétienne (CDU), et les sociaux-démocrates.

Pourquoi ce différend a dégénéré en crise ?

Le ministre n'a pas voulu céder. Il a même fixé un ultimatum à la chancelière: l'imposition de ses mesures aux frontières par décret ministériel début juillet, faute de mesures très restrictives équivalentes au niveau européen. Pour sa part, la chancelière refuse de céder sur les refoulements de migrants par crainte d'un "effet domino" dans toute l'Europe. Le ministre bavarois a jugé insuffisants les résultats du récent sommet de l'UE et réclame des mesures nationales.

Le conflit porte-t-il seulement sur les migrants ?

Il est plus profond. Le parti bavarois, soutenu par l'aile droite du propre parti d'Angela Merkel, paraît décidé à régler une fois pour toutes ses comptes politiques avec la chancelière, dont il n'a cessé de dénoncer la décision d'ouvrir les portes du pays en 2015 à des centaines de milliers de demandeurs d'asile. Au-delà des migrants, c'est Angela Merkel qui est ciblée dans ce bras de fer. La CSU juge depuis longtemps qu'elle a trop déplacé, en près de 13 ans de pouvoir, le camp conservateur vers le centre. La gauche allemande a dénoncé "un putsch de droite" en Allemagne. Plusieurs médias allemands voient aussi dans cette offensive l'arrivée du "Trumpisme" dans le pays. La CSU, qui prône "l'Allemagne d'abord" sur les migrants, est aussi aiguillonnée par la proximité d'élections régionales en Bavière en octobre, où selon les sondages elle pourrait perdre sa majorité absolue en raison de la poussée de l'extrême droite anti-migrants.

Quels scénarios pour la suite ?

Si un compromis n'est pas trouvé in extremis, le parti bavarois n'a plus le choix qu'entre quitter le gouvernement ou passer en force. Le ministre de l'Intérieur devrait alors imposer les refoulements de migrants aux frontières de son propre chef. Mais la chancelière n'aurait dans ce cas guère d'autre choix que de limoger son ministre, ce qui provoquerait le départ du parti CSU de la coalition et la fin du gouvernement, puisqu'il serait alors privé de majorité à la chambre des députés. Et donc de probables élections anticipées à la clé. A moins que la chancelière se maintienne au pouvoir pour quelques temps, soit à la tête d'un gouvernement minoritaire avec les seuls sociaux-démocrates, soit à la tête d'une coalition élargie aux écologistes.

Au centre du bras de fer: la politique de la chancelière à l'égard des demandeurs d'asile que le parti bavarois très conservateur CSU, membre de la fragile coalition gouvernementale mise en place en mars, veut à tout prix durcir.Le président de cette formation et ministre allemand de l'Intérieur, Horst Seehofer, qui mène la fronde, a offert dimanche de démissionner de ses deux fonctions face à l'impasse, lors d'une réunion de la CSU qui a duré une dizaine d'heures à Munich. Avant, en fin de compte, de suspendre sa décision.Dernière chance"J'ai dit que je remettais les deux postes à disposition et que j'exécuterai cette décision dans les trois jours à venir", a-t-il déclaré dans la nuit de dimanche à lundi. Dans l'intervalle, des discussions de la dernière chance au plus haut niveau sont prévues lundi après-midi entre son parti et la formation de centre-droit de la chancelière (CDU) "dans l'espoir de trouver un accord", a dit M. Seehofer.Le conflit porte sur le traitement des migrants arrivant en Allemagne mais déjà enregistrés dans d'autres pays de l'UE. Le ministre veut les refouler à la frontière, ce que refuse Angela Merkel pour ne pas créer "d'effet domino" en Europe.Devant les cadres de son mouvement M. Seehofer a évoqué trois scénarios. Il indiqué qu'il pouvait soit rentrer dans le rang, soit passer outre les objections d'Angela Merkel et imposer de son propre chef les refoulements aux frontières - ce qui entraînerait toutefois son limogeage et l'éclatement du gouvernement de coalition - ou enfin démissionner. Option qu'il privilégie donc à ce stade.Un départ aurait des conséquences potentiellement graves pour l'avenir du gouvernement allemand. La question serait alors de savoir si le parti du ministre quitte lui aussi, ou non, la coalition. Dans pareil cas, la chancelière se verrait privée de majorité à la chambre des députés, avec sans doute à la clé des élections anticipées. Mais le parti bavarois pourrait aussi se contenter de remplacer M. Seehofer, dont les relations avec Angela Merkel sont devenues exécrables, par une personnalité plus souple. Merkel reste fermeIl ne sera pas aisé toutefois lundi de trouver un terrain d'entente entre les deux formations longtemps alliées mais aujourd'hui largement ennemies.Angela Merkel reste en effet inflexible. Et elle a obtenu dimanche soir à Berlin le soutien quasi-unanime des instances dirigeantes de son parti CDU pour refuser toute décision "unilatérale" nationale sur les migrants.Ce dernier conflit au sein du camp conservateur allemand a éclaté vers la mi-juin lorsque la chancelière a bloqué le projet de son ministre sur les refoulements à la frontière.Mais il est en réalité quasi-permanent depuis la décision controversée prise en 2015 par Angela Merkel d'ouvrir les frontières de son pays à des centaines de milliers de candidats à l'asile. Le parti bavarois CSU n'a cessé depuis trois ans de dénoncer ce choix et de peser pour obtenir davantage de fermeté en matière d'asile. Son offensive paraît surtout viser Angela Merkel elle-même, perçue désormais comme un obstacle par les courants conservateurs les plus durs en raison d'une politique jugée trop centriste. Le parti CSU est en outre aiguillonné par la perspective d'élections régionales en octobre en Bavière, où il risque de perdre sa majorité absolue face à la poussée de l'extrême droite anti-migrants.Le ministre de l'Intérieur avait fixé un ultimatum à début juillet à Angela Merkel, menaçant d'imposer ses refoulements aux frontières faute de mesures "équivalentes" au niveau européen.Angela Merkel pensait pouvoir amadouer ce parti rebelle grâce aux mesures prises lors du dernier sommet européen pour réduire les flux migratoires. Mais Horst Seehofer les a qualifiées dimanche d'"insuffisantes". Quelle que soit l'issue de la crise gouvernementale, Angela Merkel en ressortira forcément un peu plus affaiblie politiquement. Après presque 13 ans de pouvoir, elle est désormais ouvertement contestée en Allemagne sur sa politique migratoire et souvent critiquée à l'étranger, notamment en Europe de l'Est et par Donald Trump.