Le prince Mohamed ben Salmane, prince héritier et de facto détenteur du pouvoir, a entrepris de bousculer la gérontocratie saoudienne mais il n'a pas encore donné suffisamment de garanties que le royaume wahhabite cheminait vers une véritable démocratisation. Une autre puissance régionale connaît un électrochoc similaire, promesse, elle aussi, de progrès.
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Le prince Mohamed ben Salmane, prince héritier et de facto détenteur du pouvoir, a entrepris de bousculer la gérontocratie saoudienne mais il n'a pas encore donné suffisamment de garanties que le royaume wahhabite cheminait vers une véritable démocratisation. Une autre puissance régionale connaît un électrochoc similaire, promesse, elle aussi, de progrès. Deuxième Etat d'Afrique en nombre d'habitants (104 millions), l'Ethiopie est dirigée depuis le 27 mars par Abiy Ahmed, 42 ans, désigné par la coalition multiethnique qui est aux commandes du pays depuis 27 ans, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE). La révolution n'est donc pas dans le parti mais dans l'homme. Le nouveau chef du gouvernement est le premier dirigeant oromo à exercer le pouvoir en Ethiopie (le président y joue un rôle honorifique). Or, les rivalités ethniques ont plongé à intervalles réguliers le pays au bord du chaos. Les Oromos (plus de 30 % de la population) et les Amharas (plus de 25 %) contestent depuis plusieurs années la prédominance des Tigréens (6 % de la population) au sommet de l'Etat. En 2015 et 2016, cette frustration s'est traduite par des émeutes en régions omoro et amhara dont la répression a fait plus de 1 000 morts. Abiy Ahmed a eu l'intelligence de surfer sur le capital de confiance que sa désignation a inspiré pour poser des gestes de rupture avec l'ancienne gouvernance. Il a mis fin à l'état d'urgence, libéré quelques journalistes et blogueurs, et vanté les vertus de la liberté de la presse. Il a surtout oeuvré à apaiser les relations avec deux partenaires récalcitrants. A l'égard de l'Erythrée, il a offert de mettre enfin en application l'accord de paix d'Alger de 2000 qui avait scellé une guerre de deux ans. Envers l'Egypte, il a promis un partage équitable des eaux du Nil que menace l'ouverture du barrage dit de la Renaissance. Ces gestes préfigurent-ils un adoucissement de l'" Etat développementaliste ", interventionniste, nationaliste, autoritaire, dans lequel se reconnaît le plus grand pays de la Corne de l'Afrique ? Pour mener à bien sa politique, Abiy Ahmed peut a priori se prévaloir du soutien de deux pays que l'on n'attendrait pas nécessairement dans ce rôle. Déjà très présente économiquement, la Chine est soucieuse d'intégrer l'Ethiopie dans l'axe méridional de son chantier des nouvelles routes de la soie qui doit favoriser les échanges avec l'Europe. D'un autre côté, l'Arabie saoudite fait les yeux doux à Addis Abeba dans le cadre de sa stratégie de confinement des influences iraniennes, en regard du conflit au Yémen, et qatariennes dans la région. Le paradoxe veut que, sous la présidence de Bill Clinton, les Etats-Unis vantaient les mérites d'une alliance avec le trio d'hommes forts constitué du Rwandais Paul Kagame, de l'Ougandais Yoweri Museveni et de l'Ethiopien Meles Zenawi et qu'aujourd'hui, auprès d'un dirigeant peut-être annonciateur d'une ouverture libérale de l'Ethiopie, ils semblent avoir abdiqué toute influence. Une indifférence qui frappe aussi l'Union européenne alors que la pacification régionale qu'amorce le Premier ministre Abiy Ahmed est la meilleure réponse au défi de la fuite vers l'Europe de candidats réfugiés éthiopiens, érythréens, soudanais et somaliens qu'elle se montre incapable de gérer et prévenir.