Il est des scènes qui demeurent gravées dans la mémoire. Parmi elles, cette manifestation d'indécence de Donald Trump, avant son élection à la Maison-Blanche, lorsque, gestuelle à l'appui, il osa expliquer que les terroristes de Daech auraient fait moins de victimes, au Bataclan, à Paris, en novembre 2015, si les spectateurs du concert avaient tous été autorisés à porter une arme... Cette prise de position, rappelée dans le dernier essai La Nation armée, les armes au coeur de la culture américaine (L'Observatoire, 224 p.) de l'américaniste André Kaspi, mesure le chemin qu'il reste à parcourir aux Etats-Unis pour contenir l'usage des armes à feu. La succession de deux fusillades meurtrières le week-end des 3 et 4 août - vingt-deux morts dans un centre commercial d'El Paso par un jeune Blanc apparemment motivé par des considérations racistes et neuf tués, quelques heures plus tard, dans un quartier animé de Dayton - sont-elles de nature à faire changer les Etats-Unis de paradigme ? Les consciences s'éveillent certes, depuis la multiplication des fusillades, notamment en milieu adolescent, mais hélas très lentement. La raison en est historiquement déterminante : la liberté d'être armé est garantie aux citoyens de l'Union par le célèbre deuxième amendement, dont André Kaspi remémore l'entière genèse.
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