La contestation --inédite parce que spontanée-- a connu deux épisodes. Le premier, entre le 1er et le 6 octobre, s'est soldé officiellement par 157 morts, quasiment tous des manifestants. Le second, entamé jeudi soir après une interruption de 18 jours, le temps du plus important pèlerinage chiite, a fait jusqu'ici 63 morts, selon un bilan établi samedi soir par la Commission gouvernementale des droits de l'Homme.

Au total, au moins 220 personnes ont été tuées depuis le début de ce mouvement de contestation. Vendredi, les violences ont pris un tour nouveau avec l'incendie dans le sud du pays de dizaines de sièges de partis, de bureaux de députés et surtout des QG des factions armées du puissant Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les milices chiites pro-Iran et alliée du gouvernement irakien.

"La colère populaire se dirige contre eux (...) car ils sont la vitrine évidente du +régime+", explique le chercheur Harith Hasan. Ces violences sont aussi le fait des partisans du turbulent leader chiite Moqtada Sadr, assure l'expert du Carnegie Middle East Center, qui "ont vu une opportunité pour passer à l'acte face à des milices concurrentes comme Assaïb Ahl al-Haq, Badr et les brigades du Hezbollah", les plus puissantes du Hachd.

Après l'incendie par des manifestants du siège d'Assaïb Ahl al-Haq à Amara (sud), et la mort d'un de ses commandants, cette faction pro-Iran a promis de se "venger". Samedi, trois personnes ont été tuées par les tirs des gardes de la maison du chef de la sécurité au sein du Conseil provincial de Zi Qar (sud) que des manifestants incendiaient, selon la Commission gouvernementale des droits de l'Homme. A Bagdad, trois protestataires ont aussi été tués alors que des dizaines d'entre eux tentaient de traverser le pont al-Joumhouriya reliant l'emblématique place Tahrir à la Zone verte, où siègent le Parlement et l'ambassade des Etats-Unis, a-t-on appris de même source.

Des sources médicales ont expliqué qu'ils avaient été mortellement touchés par des grenades lacrymogènes et assourdissantes, qui ont déjà tué d'autres manifestants la veille. Après avoir dormi la nuit à Tahrir, des centaines d'Irakiens continuent d'occuper cette place et assurent que leur mobilisation contre le pouvoir est pacifique. Parmi les morts des dernières 48 heures, plus d'une vingtaine ont péri dans les incendies et attaques dans le sud. De telles violences n'ont pas eu lieu à Bagdad.