Ancien favori de la présidentielle, M. Fillon a reculé en troisième position dans les sondages après le scandale suscité par les salaires d'assistants parlementaires touchés par son épouse Penelope et deux de ses enfants, pour des montants représentant des centaines de milliers d'euros d'argent public, et soupçonnés d'avoir en fait correspondu à des emplois fictifs.

Mercredi, le candidat de la droite, qui doit fêter samedi ses 63 ans, a annoncé sa convocation chez les juges le 15 mars "pour être mis en examen" (inculpé), dénonçant un "assassinat politique" et réaffirmant dans le même souffle sa volonté d'aller "jusqu'au bout".

Mais son maintien suscite de multiples défections au sein de son parti. Une quinzaine d'élus locaux de son camp lui ont demandé "solennellement" de se retirer, jugeant dans une tribune qu'"un pacte moral a été rompu".

D'autres figures de droite qui avaient soutenu l'ex-Premier ministre Alain Juppé lors de la primaire de la droite, finalement remportée par M. Fillon, ont décidé de le lâcher dans l'espoir de le remplacer par leur champion.

En s'accrochant, François Fillon "emporte son camp dans une course vers l'abîme", a critiqué jeudi l'ex-Premier ministre de droite Dominique de Villepin. "La base, elle, tient", a réagi jeudi l'intéressé, reparti sur le terrain dans le sud de la France dans l'espoir de relancer sa campagne. Alors que sa garde rapprochée a prévu un grand rassemblement de soutien dimanche à Paris, un Français sur quatre seulement approuve sa décision de rester candidat, selon un sondage publié jeudi.

Macron capitalise

Les déboires de François Fillon semblent profiter au candidat centriste Emmanuel Macron, qui engrange pour sa part les ralliements au fil des semaines: selon les dernières enquêtes d'opinion, l'ancien ministre de l'Economie du président socialiste François Hollande se trouve désormais en pole position pour affronter et vaincre au second tour de la présidentielle, le 7 mai, la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen.

Le candidat centriste de 39 ans, qui présentait jeudi les détails de son programme, pro-européen et d'inspiration social-libérale, a promis une "grande loi" de moralisation de la vie publique. Et a assuré jeudi soir que s'il était inculpé dans une affaire il renoncerait à être candidat à l'élection présidentielle, contrairement à son rival de droite, parce que "devenir président de la République, c'est être garant des institutions".

L'autre grande rival d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen, voit également la pression judiciaire grandir sur elle. Elle a vu jeudi son immunité levée par le Parlement européen à la demande de la justice française, qui lui reproche d'avoir diffusé sur son compte Twitter des images d'exactions sanglantes du groupe Etat islamique.

En décembre 2015, la présidente du Front national (FN) avait publié trois photos légendées "Daech c'est ça!": un soldat syrien écrasé vivant sous les chenilles d'un char, un pilote jordanien brûlé vif dans une cage et le corps décapité de l'otage américain James Foley. Daech est l'acronyme arabe du groupe Etat islamique (EI).

Forte de son immunité, Marine Le Pen a refusé jusqu'ici de répondre aux convocations de la justice française dans ce dossier. Elle a récemment repoussé une autre convocation dans une enquête sur les soupçons d'emplois fictifs concernant plusieurs assistants parlementaires d'eurodéputés du Front national.

Mais la popularité de Marine Le Pen n'a pas souffert pour l'instant des affaires financières, qui ont déjà valu des mises en examens à ses proches. "La particularité des affaires judiciaires qui touchent Marine Le Pen et le Front national, c'est qu'elles ne constituent pas des cas d'enrichissement personnel, alors que la famille de François Fillon est directement concernée", note Cécile Alduy, chercheuse à Sciences-Po.

Le maintien de Fillon, pari gagnant ou suicidaire ?

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A 52 jours du premier tour de la présidentielle en France, la décision du candidat de la droite François Fillon de maintenir sa candidature envers et contre tout malgré ses ennuis judiciaires, fait débat jusque dans son propre camp.

Au sein du parti les Républicains (LR), ses plus fervents soutiens martèlent qu'il n'y a pas d'alternative, "pas de plan B": "il n'est pas du tout dans une sorte de fanatisme de candidature, il est dans la responsabilité, il est dans le devoir", assurait jeudi le patron des sénateurs de droite Bruno Retailleau.

Mais d'autres doutent et, à l'image du sénateur Bruno Gilles, pensent que l'élection "était imperdable" mais "devient de plus en plus ingagnable". L'ex-Premier ministre de droite Dominique de Villepin (2005-2007) a même estimé qu'en se maintenant François Fillon emportait "son camp dans une course vers l'abîme".

M. Fillon a parlé d'"assassinat politique" quand il a annoncé mercredi sa probable mise en examen dans une affaire d'emplois présumés fictifs et sa décision d'aller "jusqu'au bout".

Les investigations portent notamment sur la réalité des emplois d'assistants parlementaires occupés par Penelope Fillon et deux enfants du couple auprès de M. Fillon. "Il a choisi une stratégie de défense jusqu'au-boutiste, il est trop tard pour faire marche arrière", analyse Martial Foucault, directeur du Cevipof, un centre de recherche sur la politique. Assez unanime, la presse française voit là une "stratégie suicidaire".

Même si François Fillon assure que sa base "tient", les défections s'accumulent. Le quotidien de gauche Libération a créé un "compteur des lâcheurs de Fillon", avec une liste "pour l'instant" de 56 noms, dont l'ancien ministre Bruno Le Maire et son directeur adjoint de campagne. Un appel des maires des grandes villes de France pour son retrait est aussi en préparation. "Il y a un mois, on cherchait à s'accorder sur un plan B. Là, c'est plutôt: on le vire et on verra bien qui on met à la place, l'important, pour tous les courants de LR, c'est d'éviter la honte à la présidentielle", assure un membre du parti à l'AFP.

Mais pour cette hypothèse, le temps presse: les 500 parrainages d'élus locaux nécessaires pour formaliser une candidature doivent être rassemblés avant le 17 mars en complément des 737 signatures déjà recueillies par François Fillon.

Le député de droite Georges Fenech a appelé jeudi les élus à donner leur parrainage à Alain Juppé, rival malheureux de François Fillon à la primaire de la droite.

Guerre des chefs

L'option Juppé ne fait cependant pas l'unanimité et l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012), qui reste légitimé par sa large victoire en novembre à la primaire de la droite, bénéficie des divisions de son camp, selon les experts.

Il restera candidat "par défaut", pense Jean Petaux, politologue à l'Institut d'études politiques de Bordeaux (sud-ouest): "Les grands féodaux des Républicains s'auto-bloquent entre eux et ça permet à Fillon d'être celui qui incarne la candidature aujourd'hui et encore à mon sens jusqu'au 17 mars".

"Il faut parler en termes de guerre des chefs dans un parti vertical et hiérarchique", abonde Martial Foucault.

En attendant, la campagne de ce libéral assumé risque de rester perturbée. Mercredi sa visite au salon de l'Agriculture a été ponctuée par les cris de ses partisans ("Fillon Président") et de ses adversaires ("Voleur, rends l'argent"). Ses arguments pour maintenir sa candidature sont "peu audibles pour les Français mais aussi une partie de son électorat", souligne Martial Foucault.

Seul un Français sur quatre souhaite qu'il maintienne sa candidature, selon un sondage réalisé après sa déclaration et publié jeudi.

Toutes les enquêtes d'opinion montrent que M. Fillon serait devancé au premier tour par la candidate d'extrême droite Marine Le Pen et le centriste Emmanuel Macron. Il ne se qualifierait donc pas pour le second tour du scrutin, le 7 mai.

Si une mise en examen ne l'empêche pas de se maintenir, sa stratégie de mise en cause de l'impartialité des juges a suscité une pluie de critiques de ses rivaux sans trouver d'écho dans l'opinion: plus de 7 Français sur 10 (73%) estiment qu'"il faut laisser la justice faire son travail".

Ancien favori de la présidentielle, M. Fillon a reculé en troisième position dans les sondages après le scandale suscité par les salaires d'assistants parlementaires touchés par son épouse Penelope et deux de ses enfants, pour des montants représentant des centaines de milliers d'euros d'argent public, et soupçonnés d'avoir en fait correspondu à des emplois fictifs.Mercredi, le candidat de la droite, qui doit fêter samedi ses 63 ans, a annoncé sa convocation chez les juges le 15 mars "pour être mis en examen" (inculpé), dénonçant un "assassinat politique" et réaffirmant dans le même souffle sa volonté d'aller "jusqu'au bout". Mais son maintien suscite de multiples défections au sein de son parti. Une quinzaine d'élus locaux de son camp lui ont demandé "solennellement" de se retirer, jugeant dans une tribune qu'"un pacte moral a été rompu".D'autres figures de droite qui avaient soutenu l'ex-Premier ministre Alain Juppé lors de la primaire de la droite, finalement remportée par M. Fillon, ont décidé de le lâcher dans l'espoir de le remplacer par leur champion. En s'accrochant, François Fillon "emporte son camp dans une course vers l'abîme", a critiqué jeudi l'ex-Premier ministre de droite Dominique de Villepin. "La base, elle, tient", a réagi jeudi l'intéressé, reparti sur le terrain dans le sud de la France dans l'espoir de relancer sa campagne. Alors que sa garde rapprochée a prévu un grand rassemblement de soutien dimanche à Paris, un Français sur quatre seulement approuve sa décision de rester candidat, selon un sondage publié jeudi. Macron capitaliseLes déboires de François Fillon semblent profiter au candidat centriste Emmanuel Macron, qui engrange pour sa part les ralliements au fil des semaines: selon les dernières enquêtes d'opinion, l'ancien ministre de l'Economie du président socialiste François Hollande se trouve désormais en pole position pour affronter et vaincre au second tour de la présidentielle, le 7 mai, la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen.Le candidat centriste de 39 ans, qui présentait jeudi les détails de son programme, pro-européen et d'inspiration social-libérale, a promis une "grande loi" de moralisation de la vie publique. Et a assuré jeudi soir que s'il était inculpé dans une affaire il renoncerait à être candidat à l'élection présidentielle, contrairement à son rival de droite, parce que "devenir président de la République, c'est être garant des institutions".L'autre grande rival d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen, voit également la pression judiciaire grandir sur elle. Elle a vu jeudi son immunité levée par le Parlement européen à la demande de la justice française, qui lui reproche d'avoir diffusé sur son compte Twitter des images d'exactions sanglantes du groupe Etat islamique.En décembre 2015, la présidente du Front national (FN) avait publié trois photos légendées "Daech c'est ça!": un soldat syrien écrasé vivant sous les chenilles d'un char, un pilote jordanien brûlé vif dans une cage et le corps décapité de l'otage américain James Foley. Daech est l'acronyme arabe du groupe Etat islamique (EI).Forte de son immunité, Marine Le Pen a refusé jusqu'ici de répondre aux convocations de la justice française dans ce dossier. Elle a récemment repoussé une autre convocation dans une enquête sur les soupçons d'emplois fictifs concernant plusieurs assistants parlementaires d'eurodéputés du Front national.Mais la popularité de Marine Le Pen n'a pas souffert pour l'instant des affaires financières, qui ont déjà valu des mises en examens à ses proches. "La particularité des affaires judiciaires qui touchent Marine Le Pen et le Front national, c'est qu'elles ne constituent pas des cas d'enrichissement personnel, alors que la famille de François Fillon est directement concernée", note Cécile Alduy, chercheuse à Sciences-Po.