Nous qui avions été interpellés par la situation en Birmanie lors de la remise d'un titre doctor honoris causa à son époux en son nom , alors qu'elle vivait en régime de résidence surveillée à Rangoon et qui avions suivi ses recommandations de combattre la présence de Total (à l'époque Totalfina) en Birmanie pour y exploiter des ressources gazières aux côtés des militaires au pouvoir.

Nous en avions fait le symbole du combat pour la démocratie au Myanmar, contre cette junte corrompue qui avait confisqué le résultat des élections démocratiques de 89 . Nous étions parfois des milliers à crier son nom sur des places de Bruxelles, à elle, l'icône de la paix et le parangon des valeurs morales, qui passait ses longues journées de prisonnière à méditer...

Aussi, quand la junte a permis des élections libres, nous occidentaux avons rêvé que, puisque le bien avait enfin vaincu le mal, il n'y avait plus qu'à lui donner les clés du pays et qu'en un tour du main, prospérité et démocratie seraient la norme...

Mais, on l'a vu tellement de fois, encore lors du printemps arabe, la morale est reléguée au second plan quand la réalité politique impose à nouveau sa complexité. Or, celle-là est particulièrement perverse au Myanmar où les militaires se sont empressés de bétonner la Constitution de manière à conserver un quart des sièges au parlement et surtout les ministères de la défense, de l'intérieur et des frontières... Une démocratie tellement imparfaite qu'il reste des prisonniers politiques derrière les barreaux, deux ans après les élections... Le Myanmar, c'est aussi ce pays qui tente de résister aux forces centrifuges de ses multiples ethnies, causes de conflits ouverts et de violation des droits humains, aujourd'hui encore, par les militaires.

De surcroît, voilà qu'émerge, même parmi les moines bouddhistes que nous imaginions si pacifiques, un mouvement nationaliste très dur. Au point qu'à présent, dans la majorité de la population, règne le sentiment que la Birmanie se porterait mieux en marginalisant les Rohingyas, cette ethnie principalement musulmane.

Pour compléter ce sombre tableau, citons enfin la situation économique tout simplement catastrophique laissée par la junte après des décennies de pouvoir absolu.

Est-ce ce contexte tellement difficile et contraignant qui explique le silence, voire les contre-vérités d'Aug San Suu Kyi de cette semaine ? L'impérieuse obligation de se contenter de l'espace réduit que lui laissent les militaires pour espérer améliorer le sort de ses concitoyens, la résiliente patience engendrée par l'espoir que le temps ferait son oeuvre pour libérer complètement son pays, tout ça l'oblige sans doute à un hyper pragmatisme dont personne ne peut lui reprocher la légitimité...En tout cas, tant que ses valeurs humanistes affichées ne sont pas altérées.....

Ou est-ce plutôt le mythe de la super icône morale qui était trop beau pour être vrai ? Elle aux convictions bouddhistes très fortes, elle, la fille de Général, qui ne cache pas une certaine admiration pour l'armée, elle que même ses troupes décrivent comme autoritaire et têtue ?

Peu importe évidemment. Ce qui s'impose maintenant, c'est qu'au vu de la catastrophe humanitaire qui se joue depuis quelques jours, la morale exige d' ASSK, au-delà des contraintes et des stratégies politiques, qu'elle prenne une autre posture que celle prise jusqu'à présent et cela, sans attendre. Mais la pragmatique qu'elle est doit aussi se demander quelle crédibilité elle aura encore auprès des puissances internationales qui sont ses meilleures alliées pour l'aider à redresser le pays et enterrer définitivement les militaires si elle ne contribue pas à la solution de la crise actuelle !

Quant à nous, la déception profonde que nous ressentons tous et toutes suite aux prises de positon d'ASSK ne peut être un obstacle à la mobilisation pour soutenir la démocratie en Birmanie, comme nous l'avons toujours fait, contre les militaires birmans. Et avec elle, malgré tout, comme partie de la solution...

Mais le caractère intouchable de l'icône qu'elle constitue encore ne doit pas non plus empêcher les puissances occidentales, bien discrètes à ce jour, de condamner avec force le pouvoir birman pour ces crimes contre les Rohingyas au moyen de tout l'arsenal existant, y compris les sanctions économiques sur les armes. Et forcer dès ce soir ou demain la mise en place de solutions humanitaires urgentes pour les populations. Ce sont là les vraies urgences sur lesquelles on attend les Macron, Merkel, Reynders,....

Nous l'avions cru, mais, non, la démocratie en Birmanie n'est pas encore une réalité...

Les mobilisations que nous avons menées par la passé, comme en 2007 en solidarité avec les moines qui manifestaient contre le pouvoir militaire doivent être aussi fortes aujourd'hui' pour mettre fin aux crimes contre les Rohingyas et réveiller ASSK de ce mauvais rêve dans lequel elle est en train de se perdre et tous nous entraîner.

Michel GENET et Véronique GEUBELLE

Anciens membres d'Action Birmanie

Nous qui avions été interpellés par la situation en Birmanie lors de la remise d'un titre doctor honoris causa à son époux en son nom , alors qu'elle vivait en régime de résidence surveillée à Rangoon et qui avions suivi ses recommandations de combattre la présence de Total (à l'époque Totalfina) en Birmanie pour y exploiter des ressources gazières aux côtés des militaires au pouvoir.Nous en avions fait le symbole du combat pour la démocratie au Myanmar, contre cette junte corrompue qui avait confisqué le résultat des élections démocratiques de 89 . Nous étions parfois des milliers à crier son nom sur des places de Bruxelles, à elle, l'icône de la paix et le parangon des valeurs morales, qui passait ses longues journées de prisonnière à méditer...Aussi, quand la junte a permis des élections libres, nous occidentaux avons rêvé que, puisque le bien avait enfin vaincu le mal, il n'y avait plus qu'à lui donner les clés du pays et qu'en un tour du main, prospérité et démocratie seraient la norme...Mais, on l'a vu tellement de fois, encore lors du printemps arabe, la morale est reléguée au second plan quand la réalité politique impose à nouveau sa complexité. Or, celle-là est particulièrement perverse au Myanmar où les militaires se sont empressés de bétonner la Constitution de manière à conserver un quart des sièges au parlement et surtout les ministères de la défense, de l'intérieur et des frontières... Une démocratie tellement imparfaite qu'il reste des prisonniers politiques derrière les barreaux, deux ans après les élections... Le Myanmar, c'est aussi ce pays qui tente de résister aux forces centrifuges de ses multiples ethnies, causes de conflits ouverts et de violation des droits humains, aujourd'hui encore, par les militaires.De surcroît, voilà qu'émerge, même parmi les moines bouddhistes que nous imaginions si pacifiques, un mouvement nationaliste très dur. Au point qu'à présent, dans la majorité de la population, règne le sentiment que la Birmanie se porterait mieux en marginalisant les Rohingyas, cette ethnie principalement musulmane.Pour compléter ce sombre tableau, citons enfin la situation économique tout simplement catastrophique laissée par la junte après des décennies de pouvoir absolu.Est-ce ce contexte tellement difficile et contraignant qui explique le silence, voire les contre-vérités d'Aug San Suu Kyi de cette semaine ? L'impérieuse obligation de se contenter de l'espace réduit que lui laissent les militaires pour espérer améliorer le sort de ses concitoyens, la résiliente patience engendrée par l'espoir que le temps ferait son oeuvre pour libérer complètement son pays, tout ça l'oblige sans doute à un hyper pragmatisme dont personne ne peut lui reprocher la légitimité...En tout cas, tant que ses valeurs humanistes affichées ne sont pas altérées.....Ou est-ce plutôt le mythe de la super icône morale qui était trop beau pour être vrai ? Elle aux convictions bouddhistes très fortes, elle, la fille de Général, qui ne cache pas une certaine admiration pour l'armée, elle que même ses troupes décrivent comme autoritaire et têtue ?Peu importe évidemment. Ce qui s'impose maintenant, c'est qu'au vu de la catastrophe humanitaire qui se joue depuis quelques jours, la morale exige d' ASSK, au-delà des contraintes et des stratégies politiques, qu'elle prenne une autre posture que celle prise jusqu'à présent et cela, sans attendre. Mais la pragmatique qu'elle est doit aussi se demander quelle crédibilité elle aura encore auprès des puissances internationales qui sont ses meilleures alliées pour l'aider à redresser le pays et enterrer définitivement les militaires si elle ne contribue pas à la solution de la crise actuelle !Quant à nous, la déception profonde que nous ressentons tous et toutes suite aux prises de positon d'ASSK ne peut être un obstacle à la mobilisation pour soutenir la démocratie en Birmanie, comme nous l'avons toujours fait, contre les militaires birmans. Et avec elle, malgré tout, comme partie de la solution... Mais le caractère intouchable de l'icône qu'elle constitue encore ne doit pas non plus empêcher les puissances occidentales, bien discrètes à ce jour, de condamner avec force le pouvoir birman pour ces crimes contre les Rohingyas au moyen de tout l'arsenal existant, y compris les sanctions économiques sur les armes. Et forcer dès ce soir ou demain la mise en place de solutions humanitaires urgentes pour les populations. Ce sont là les vraies urgences sur lesquelles on attend les Macron, Merkel, Reynders,....Nous l'avions cru, mais, non, la démocratie en Birmanie n'est pas encore une réalité...Les mobilisations que nous avons menées par la passé, comme en 2007 en solidarité avec les moines qui manifestaient contre le pouvoir militaire doivent être aussi fortes aujourd'hui' pour mettre fin aux crimes contre les Rohingyas et réveiller ASSK de ce mauvais rêve dans lequel elle est en train de se perdre et tous nous entraîner.Michel GENET et Véronique GEUBELLEAnciens membres d'Action Birmanie