Les migrants devaient être transférés en fin de matinée sur un navire de la marine maltaise et conduits dans les prochaines heures à La Valette, où ils doivent retrouver deux femmes de leur groupe évacuées ces derniers jours pour raisons médicales.

Ensuite, "aucun ne restera à Malte, qui ne peut pas porter ce fardeau tout seul", a insisté le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, en annonçant sur les réseaux sociaux cet accord similaire à de nombreux autres ayant permis de faire débarquer des migrants secourus en mer depuis que l'Italie leur refuse ses ports.

Les 64 migrants, parmi lesquels 12 femmes et deux enfants de 1 et 6 ans, avaient appelé à l'aide le numéro d'urgence de l'association Watch the Med le 3 avril, alors qu'ils se trouvaient en difficulté au large de la Libye.

Watch the Med avait alors prévenu le navire de Sea-Eye, baptisé Alan Kurdi en mémoire du petit Syrien retrouvé noyé sur une plage turque, qui patrouillait dans la zone et venait de passer plusieurs jours à rechercher en vain d'autres canots ayant appelé au secours.

Après le sauvetage, le Alan Kurdi a fait route vers l'île italienne de Lampedusa, mais le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite), a répété que c'était à Berlin de prendre en charge ces migrants secourus par une ONG allemande sur un navire battant pavillon allemand.

Un accord a été trouvé pour évacuer les deux enfants et leurs mères, mais ces dernières ont refusé d'être séparées des pères.

Le navire a ensuite mis le cap sur Malte. Dans les jours qui ont suivi, deux des femmes, dont une enceinte, ont été évacuées vers La Valette pour raisons médicales. Vendredi soir, les garde-côtes maltais ont dû revenir évacuer l'un des mécaniciens du bateau.

"Dangerosité des ONG"

L'errance de ce navire humanitaire a été un énième épisode de la crise diplomatique ouverte quand M. Salvini a refusé que les migrants secourus en Méditerranée centrale débarquent en Italie, forçant les autres pays européens à s'entendre sur une répartition au coup par coup.

"Encore une fois, le plus petit Etat membre de l'Union européenne a subi une pression inutile en étant chargé de résoudre une affaire qui n'était pas de sa responsabilité", a dénoncé le gouvernement maltais dans un communiqué.

Fin mars, Malte avait ainsi vu arriver sur ses côtes un petit pétrolier dérouté par les migrants qu'il avait secourus au large de la Libye: trois adolescents ont été inculpés pour détournement du navire, mais les 105 autres ont été accueillis comme demandeurs d'asile par le petit pays de 450.000 habitants.

"Comme promis, aucun immigré de cette ONG allemande n'arrivera en Italie. Ils iront en Allemagne ou ailleurs. Les Maltais ont raison de dénoncer la dangerosité des ONG, nous sommes à leurs côtés dans la lutte contre les trafiquants d'êtres humains", a réagi samedi M. Salvini.

Cette dénonciation sans relâche des ONG porte ses fruits: la quasi-totalité des autres navires humanitaires sont bloqués pour des raisons juridiques ou administratives.

Cette semaine, le ministre italien a aussi remporté plus discrètement un bras de fer avec son chef de gouvernement Giuseppe Conte, à propos de migrants secourus par les ONG allemandes Sea-Watch et Sea-Eye et débarqués en janvier à Malte après un précédent accord de répartition.

M. Conte s'était engagé à ce que l'Italie en accueille une dizaine, en promettant d'aller lui-même les chercher "en avion" si M. Salvini maintenait les ports fermés.

Mais l'Eglise vaudoise, qui devait les prendre en charge en Italie, a annoncé dans un communiqué "amer" que l'engagement n'avait pas été respecté et que les migrants étaient en fait restés à Malte.