Plusieurs millions de personnes vivant avec un pied de chaque côté de la Méditerranée rallient chaque été le Maghreb. Mais à cause des restrictions de circulation et des incertitudes liées à la pandémie, de nombreuses familles ne pourront se retrouver cette année. Et l'Aïd el-Kébir, occasion de retrouvailles particulièrement festives, tombe en plus fin juillet.

La pandémie ayant désorganisé les transports aériens, de très nombreux vol ont été annulé. Et au Maroc, comme en Algérie, les frontières sont toujours fermées en raison du coronavirus.

Les vacances d'été au bled, un projet contrarié par le coronavirus

Rabat a néanmoins annoncé début juillet une "opération exceptionnelle" permettant aux Marocains, y compris ceux résidant à l'étranger, de rentrer à partir du 15 juillet par avion ou par bateau depuis la France ou l'Italie. Sites internet, agences de voyages et compagnies aériennes ont été pris d'assaut dès cette annonce, selon des médias locaux. D'après un sondage effectué par la presse locale début juillet, un Marocain de l'étranger sur deux espérait rentrer au pays cet été. Reste à savoir combien y parviendront car, pour beaucoup, le voyage ressemble à une mission impossible.

Le prix des billets a causé des remous sur les réseaux sociaux jusqu'à ce que la compagnie nationale marocaine annonce des prix conformes aux tarifs saisonniers. Et Rabat exige un double test négatif de moins de 48 heures avant l'embarquement, une gageure pour certains. "Aucun laboratoire n'accepte de me faire passer le test si je n'ai pas de fièvre!", il faut "aller dans un labo privé mais aucun n'accepte de me livrer les résultats dans les 48 heures", peste sur Facebook une Marocaine résidant aux Etats-Unis.

Diaspora et devises

En Tunisie, la quarantaine obligatoire de 14 jours a été levée à la mi-juin, et les frontières ont rouvert le 27 juin. Les voyageurs venant de pays classés vert, comme la France et l'Italie, ne sont soumis à aucune restriction. Mais les dessertes maritimes ont été perturbées par des cas de Covid-19 parmi les équipages. Et la crainte d'être pris au piège d'une seconde vague, qui ferait fermer les frontières, dissuade certains.

Sur les réseaux sociaux, les débats sont houleux: partir, au risque de contaminer des proches, ou pas. "Pour ceux qui n'ont pas d'urgence, c'est malhonnête de prendre le risque de contaminer un pays où le système de santé est dans un état lamentable", estime Nabil, un Lillois de 32 ans d'origine tunisienne. Mais l'absence de ces visiteurs va peser sur l'économie locale: la diaspora représente une manne cruciale dans le Maghreb. Le Maroc a accueilli en 2019 plus de 2,9 millions de ceux qui sont appelés "MRE" pour Marocain résidant à l'étranger et qui participent largement au dynamisme du secteur immobilier en investissant pour leurs vacances ou leur retraite. En Algérie, les séjours des "ARE" comprennent de plus en plus d'activités touristiques avec des dépenses moyennes de 500 à 2.000 euros par vacancier, estime Mourad Kezzar, consultant et formateur en tourisme. En Tunisie, les "TRE" -- environ 500.000 personnes chaque été, selon les autorités -- ont apporté en 2019 quelque 5,3 milliards de dinars en devises (1,8 milliard d'euros), soit plus que le secteur du tourisme, selon la Banque centrale.

Nouvel allègement des mesures au Maroc

Rabat a cependant annoncé dimanche un nouvel allègement des mesures pour endiguer la pandémie de coronavirus au Maroc, permettant aux établissements touristiques d'utiliser leur capacité totale d'accueil à partir de lundi. Mais le royaume garde les frontières closes "jusqu'à nouvel ordre", sauf pour les Marocains bloqués à l'étranger et pour les résidents étrangers au Maroc qui peuvent revenir depuis mercredi. Les professionnels du tourisme tablent donc sur les clients nationaux.

"Le gouvernement a décidé de passer à la troisième phase du plan de déconfinement à partir du 19 juillet à minuit (...) dans le cadre de la poursuite de la mise en oeuvre des mesures nécessaires pour le retour progressif à la vie normale et la relance de l'économie", ont indiqué les autorités marocaines dans un communiqué.

Il est ainsi permis aux "établissements touristiques d'utiliser 100% de leur capacité d'accueil, sans dépasser 50% de leurs espaces communs" comme les restaurants, piscines et salles de sport.

AFP
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Autres assouplissements à partir de lundi: les rassemblements et activités regroupant moins de vingt personnes sont à nouveau permis ainsi que l'ouverture des centres culturels, bibliothèques, musées et sites archéologiques mais "sans dépasser 50% de leur capacité d'accueil". L'organisation de rencontres sportives officielles est aussi possible mais sans présence du public.Et la capacité des moyens de transport public passe de 50 à 75%.

En revanche, fêtes de mariage et rassemblements pour des funérailles restent interdits. Cinémas et piscines publiques doivent rester fermés, a précisé le communiqué. Le Maroc autorise depuis juin l'ouverture des cafés, restaurants, commerces et le tourisme intérieur mais l'état d'urgence sanitaire a été prolongé jusqu'au 10 août.

Risques sanitaires liés aux célébrations" de l'Aïd el-Kébir fin juillet

Le port du masque est obligatoire partout, sous peine de sanctions. Le royaume est relativement épargné par la pandémie avec plus de 17.000 contaminations et 269 décès depuis mars.

Les autorités ont multiplié ces derniers jours les avertissements contre "la négligence par certains des mesures sanitaires nécessaires". Elles ont mis en garde contre "les risques sanitaires liés à la période estivale et aux célébrations" de l'Aïd el-Kébir fin juillet.

"Il sera procédé comme précédemment à la fermeture de tous les quartiers résidentiels ou zones constituant de nouveaux foyers épidémiques" ainsi que "toutes les unités de production et de services et des établissements touristiques qui ne respectent pas les règles et le protocole sanitaire", a martelé le gouvernement dimanche.

Plusieurs quartiers de Tanger (nord) sont de nouveau confinés depuis le 13 juillet. La ville de Safi (sud) a été placée quelques jours plus tôt en quarantaine après l'apparition d'un foyer de contamination dans une usine de conserve de poissons.

Plusieurs millions de personnes vivant avec un pied de chaque côté de la Méditerranée rallient chaque été le Maghreb. Mais à cause des restrictions de circulation et des incertitudes liées à la pandémie, de nombreuses familles ne pourront se retrouver cette année. Et l'Aïd el-Kébir, occasion de retrouvailles particulièrement festives, tombe en plus fin juillet.La pandémie ayant désorganisé les transports aériens, de très nombreux vol ont été annulé. Et au Maroc, comme en Algérie, les frontières sont toujours fermées en raison du coronavirus. Rabat a néanmoins annoncé début juillet une "opération exceptionnelle" permettant aux Marocains, y compris ceux résidant à l'étranger, de rentrer à partir du 15 juillet par avion ou par bateau depuis la France ou l'Italie. Sites internet, agences de voyages et compagnies aériennes ont été pris d'assaut dès cette annonce, selon des médias locaux. D'après un sondage effectué par la presse locale début juillet, un Marocain de l'étranger sur deux espérait rentrer au pays cet été. Reste à savoir combien y parviendront car, pour beaucoup, le voyage ressemble à une mission impossible.Le prix des billets a causé des remous sur les réseaux sociaux jusqu'à ce que la compagnie nationale marocaine annonce des prix conformes aux tarifs saisonniers. Et Rabat exige un double test négatif de moins de 48 heures avant l'embarquement, une gageure pour certains. "Aucun laboratoire n'accepte de me faire passer le test si je n'ai pas de fièvre!", il faut "aller dans un labo privé mais aucun n'accepte de me livrer les résultats dans les 48 heures", peste sur Facebook une Marocaine résidant aux Etats-Unis.En Tunisie, la quarantaine obligatoire de 14 jours a été levée à la mi-juin, et les frontières ont rouvert le 27 juin. Les voyageurs venant de pays classés vert, comme la France et l'Italie, ne sont soumis à aucune restriction. Mais les dessertes maritimes ont été perturbées par des cas de Covid-19 parmi les équipages. Et la crainte d'être pris au piège d'une seconde vague, qui ferait fermer les frontières, dissuade certains. Sur les réseaux sociaux, les débats sont houleux: partir, au risque de contaminer des proches, ou pas. "Pour ceux qui n'ont pas d'urgence, c'est malhonnête de prendre le risque de contaminer un pays où le système de santé est dans un état lamentable", estime Nabil, un Lillois de 32 ans d'origine tunisienne. Mais l'absence de ces visiteurs va peser sur l'économie locale: la diaspora représente une manne cruciale dans le Maghreb. Le Maroc a accueilli en 2019 plus de 2,9 millions de ceux qui sont appelés "MRE" pour Marocain résidant à l'étranger et qui participent largement au dynamisme du secteur immobilier en investissant pour leurs vacances ou leur retraite. En Algérie, les séjours des "ARE" comprennent de plus en plus d'activités touristiques avec des dépenses moyennes de 500 à 2.000 euros par vacancier, estime Mourad Kezzar, consultant et formateur en tourisme. En Tunisie, les "TRE" -- environ 500.000 personnes chaque été, selon les autorités -- ont apporté en 2019 quelque 5,3 milliards de dinars en devises (1,8 milliard d'euros), soit plus que le secteur du tourisme, selon la Banque centrale.Rabat a cependant annoncé dimanche un nouvel allègement des mesures pour endiguer la pandémie de coronavirus au Maroc, permettant aux établissements touristiques d'utiliser leur capacité totale d'accueil à partir de lundi. Mais le royaume garde les frontières closes "jusqu'à nouvel ordre", sauf pour les Marocains bloqués à l'étranger et pour les résidents étrangers au Maroc qui peuvent revenir depuis mercredi. Les professionnels du tourisme tablent donc sur les clients nationaux."Le gouvernement a décidé de passer à la troisième phase du plan de déconfinement à partir du 19 juillet à minuit (...) dans le cadre de la poursuite de la mise en oeuvre des mesures nécessaires pour le retour progressif à la vie normale et la relance de l'économie", ont indiqué les autorités marocaines dans un communiqué.Il est ainsi permis aux "établissements touristiques d'utiliser 100% de leur capacité d'accueil, sans dépasser 50% de leurs espaces communs" comme les restaurants, piscines et salles de sport.Autres assouplissements à partir de lundi: les rassemblements et activités regroupant moins de vingt personnes sont à nouveau permis ainsi que l'ouverture des centres culturels, bibliothèques, musées et sites archéologiques mais "sans dépasser 50% de leur capacité d'accueil". L'organisation de rencontres sportives officielles est aussi possible mais sans présence du public.Et la capacité des moyens de transport public passe de 50 à 75%.En revanche, fêtes de mariage et rassemblements pour des funérailles restent interdits. Cinémas et piscines publiques doivent rester fermés, a précisé le communiqué. Le Maroc autorise depuis juin l'ouverture des cafés, restaurants, commerces et le tourisme intérieur mais l'état d'urgence sanitaire a été prolongé jusqu'au 10 août.Le port du masque est obligatoire partout, sous peine de sanctions. Le royaume est relativement épargné par la pandémie avec plus de 17.000 contaminations et 269 décès depuis mars.Les autorités ont multiplié ces derniers jours les avertissements contre "la négligence par certains des mesures sanitaires nécessaires". Elles ont mis en garde contre "les risques sanitaires liés à la période estivale et aux célébrations" de l'Aïd el-Kébir fin juillet."Il sera procédé comme précédemment à la fermeture de tous les quartiers résidentiels ou zones constituant de nouveaux foyers épidémiques" ainsi que "toutes les unités de production et de services et des établissements touristiques qui ne respectent pas les règles et le protocole sanitaire", a martelé le gouvernement dimanche.Plusieurs quartiers de Tanger (nord) sont de nouveau confinés depuis le 13 juillet. La ville de Safi (sud) a été placée quelques jours plus tôt en quarantaine après l'apparition d'un foyer de contamination dans une usine de conserve de poissons.