Elle est compliquée par la mobilisation attendue des opposants à sa réforme, rondement menée, du marché du travail et par le moins prévisible déferlement de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy.
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Elle est compliquée par la mobilisation attendue des opposants à sa réforme, rondement menée, du marché du travail et par le moins prévisible déferlement de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. La mise en cause de l'exécutif n'a rien de comparable avec le scandale de santé publique lié à la canicule de 2003 (20 000 morts). Les ministres se sont mobilisés, des moyens ont été déployés, des budgets dégagés. Et il serait naïf de croire que certaines critiques formulées à l'encontre du gouvernement d'Edouard Philippe n'étaient pas principalement motivées par des objectifs bas et politiciens. Mais des dysfonctionnements, il y en a indéniablement eu (retard dans l'assistance aux victimes, défaut de protection des propriétés privées face aux pillages...). Une situation d'autant plus mal vécue par les sinistrés que les voisins de la partie néerlandaise de l'île de Saint-Martin ont, eux, été efficacement secourus par le gouvernement de La Haye. Le mardi 12 septembre, Emmanuel Macron a donc fait le voyage des Antilles pour conforter les opérations d'aide et réparer les dégâts politiques des errements initiaux. Dans le même temps, Paris et les grandes villes françaises accueillaient les premières manifestations contre la réforme du Code du travail. Initialement, rien ne devait véritablement contrarier l'application de ce projet phare du quinquennat. Les syndicats étalaient leurs divisions, certains appelant à défiler, d'autres pas. Les représentants des travailleurs divergeaient d'approche avec le principal relais politique de la contestation, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Et l'opposition parlementaire de droite et de gauche était frappée d'atonie... C'était sans compter sur le président jupitérien qui, en voyage en Grèce, s'en est pris " aux fainéants, aux cyniques, aux extrêmes " qui s'opposent à la nouvelle loi travail. Une attaque qui a remis de l'huile sur le feu de la contestation et l'a dopée alors qu'il lui aurait suffi d'user du plus opportun terme " conservateurs " pour stigmatiser, comme il a fini par le préciser, " ceux qui pensent que l'on ne doit pas bouger en Europe et en France ". On sait que le jeune président français ne rechigne pas à affronter ses détracteurs et à aller au combat. Il l'avait démontré face aux grévistes de l'usine Whirlpool d'Amiens lors de la campagne électorale. Et cela lui avait plutôt bien réussi dans l'inévitable comparaison avec la sortie trop fabriquée de sa rivale Marine Le Pen. De sa dénonciation des " fainéants ", on pourrait retenir la sincérité d'un président dans l'adversité. Ce serait une vision honorable de la stratégie d'Emmanuel Macron. Mais une autre appréciation de cet excès de langage après d'autres peut aussi être formulée. Quand il renvoie les Français à leur supposée détestation des réformes, quand il distingue " les gens qui réussissent " et " les gens qui ne sont rien ", ce nouveau roi, qui certes n'est pas fainéant, se montre méprisant parce qu'il feint d'ignorer tous les écueils que certains de ses concitoyens, toutes classes sociales confondues, peuvent rencontrer, les empêchant de se remettre en question, d'avancer ou de réussir. Au début de l'été, un conseiller de l'Elysée avait excipé de " la pensée complexe (du président) qui ne se prête pas au jeu des questions-réponses " pour décliner la (de moins en moins) traditionnelle interview du 14 juillet. En cette rentrée qui devait inaugurer une communication présidentielle plus offensive, on en arrive à se demander si ce n'est pas la réalité de la France qui est trop complexe pour l'impétueux chef d'Etat français.