J'ai lu récemment que cet accord était défini comme "le nouveau monstre créé par les logiques de libre-échange" par Hélène Ryckmans, députée wallonne et Saskia Bricmont, députée européenne et ce pour diverses raisons. Je souhaiterais ici leur répondre.

Bien évidemment, cet accord va offrir aux entreprises européennes la possibilité de se développer à l'international avec un accès facilité pour offrir leurs biens et leurs services sur des marchés en croissance. Sur un continent où les Etats-Unis sont traditionnellement très présents et où la Chine pousse ses pions, c'est le moyen de consolider et de développer la présence européenne et de renforcer notre poids sur la scène internationale. Ce n'est pas rien quand on sait que 36 millions d'Européens, dont près de 1 million de Belges - soit 1 travailleurs sur 5 - doivent leur travail aux échanges avec le reste du monde.

Contrairement à ce qui est énoncé dans ce même article, les agriculteurs ont de bonnes raisons de se réjouir de cet accord. Du fait des liens culturels et historiques profonds qui existent entre les deux continents, les consommateurs sud-américains recherchent de plus en plus de produits européens de qualité. Cet accord va permettre de réduire les droits de douane perçus lors de l'importation de produits comme la bière, le fromage ou le chocolat. Plus de 350 appellations emblématiques de l'agriculture européenne, comme le Jambon d'Ardenne ou le Crémant de Wallonie, seront également protégées contre les imitations. Cela signifie donc : préservation de notre savoir-faire traditionnel et contribution à la garantie d'un avenir économique aux producteurs artisanaux de produits alimentaires européens.

Je comprends tout à fait les inquiétudes des agriculteurs quant à la concurrence accrue dans des secteurs sensibles comme celui de la viande de boeuf. Cependant, l'accès supplémentaire que nous avons accordé à nos partenaires en la matière est très limité, surtout si on le considère par rapport au marché de l'UE dans son ensemble : 99 000 tonnes de viande de boeuf de plus, cela peut paraître beaucoup, mais c'est très peu, à l'échelle européenne, comparé aux 8 millions de tonnes que nous consommons chaque année. De plus, nous importons déjà 200 000 tonnes de boeuf du Mercosur et ces 99 000 tonnes ne s'ajouteront pas aux importations actuelles. Elles permettront aux importations actuelles de se faire avec un droit de douane moins élevé, générant une plus grande marge bénéficiaire pour les éleveurs du Mercosur sans impact significatif sur les prix ou sur les quantités pour les éleveurs européens.

Certes, et comme les auteurs de l'article le précisent, l'accord prévoit également des mécanismes de sauvegarde activables en cas d'augmentation soudaine des importations qui porterait préjudice à nos producteurs. Il s'agit ici d'une police d'assurance pour nos producteurs mais je suis confiante : il ne sera pas nécessaire de l'activer. Regardez par exemple l'accord passé avec le Canada : depuis son entrée en vigueur, nous n'avons pas été confrontés au raz-de-marée de viande bovine canadienne que beaucoup craignaient. Les Canadiens ont très peu utilisé les quotas de viande autorisés par l'UE (entre 1et 3%). Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2016 et 2017 : 0 importations. En 2018 : importation de 22 tonnes, ce qui correspond à 0,01% de la consommation belge de boeuf (qui s'élevait à 162 000 tonnes en 2018). A l'inverse, les exportations européennes de produits alimentaires et de boissons vers le Canada ont bondi de 7 % en un an.

Les accusations d'opacité ne sont pas fondées. Dans l'UE nous croyons que la transparence permet d'améliorer l'élaboration des politiques. Donc, les gouvernements nationaux comme les députés européens ont été informés à chaque étape de la procédure, et la plupart des documents sont publiés et accessibles sur notre site web. L'Europe est de fait le négociateur le plus transparent du monde.

Le texte intégral de l'accord est en ligne depuis le 12 juillet. Chaque citoyen peut donc l'examiner dans le détail. Députés et eurodéputés disposent de toutes les informations nécessaires pour prendre leurs décisions.

Pour ce qui concerne les produits de consommation, quelle que soit leur provenance, les aliments présents dans nos assiettes doivent respecter les normes alimentaires strictes de l'UE. Cet accord, comme tous les accords que nous signons, ne change rien, et ne déroge en aucun cas à cette règle. Le principe de précaution est également consacré dans l'accord, garantissant ainsi notre droit d'exclure un produit du marché de l'UE si les données scientifiques ne sont pas concluantes.

Sur la question de la politique du Président du Brésil. Signer un accord commercial avec un pays ne veut pas dire que l'on est en accord avec toutes les politiques de ce pays dans tous les domaines. Mais il nous donne un outil de plus pour encourager nos partenaires à respecter leurs engagements multilatéraux.

Justement, cet accord est important à bien d'autres titres. En premier lieu pour le climat, à travers des engagements clairs pour la protection de l'environnement et les droits des travailleurs. Ils ne sont pas "vaguement mentionnés" dans le texte, ils sont juridiquement contraignants, dans les termes légalement les plus forts. Nous verrouillons ainsi les engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat, aussi bien par le Mercosur que pour l'Union. Cela vaut par exemple pour la promesse du Brésil de reboiser 12 millions d'hectares de forêt amazonienne. C'est fondamental. Nous ne gagnerons la bataille du climat que si nous parvenons à ancrer le Brésil au sein de l'accord de Paris.

A l'heure où certains remettent en cause les engagements pris dans l'accord de Paris, le renouvellement de l'engagement des Européens et des pays du Mercosur au sein du G20 au lendemain de la conclusion de cet accord, a envoyé un signal essentiel de ce point de vue.

L'UE et les pays du Mercosur présentent un front uni pour défendre le multilatéralisme, le système commercial multilatéral et l'accord de Paris. Et nous pouvons en être fiers.