A l'heure où l'Inde entame la construction d'une ville nouvelle pour attirer les investisseurs, la question des villes nouvelles revient à nouveau sur le tapis. En Afrique et en Chine principalement, de nouvelles zones urbaines ont conquis et conquièrent des zones autrefois désertes. Construites de toutes pièces à des fins économiques, en réponse à une croissance de la population ou simplement pour des raisons mégalomanes, beaucoup de ces villes nouvelles se retrouvent parfois complètement vides ou ne sont pas le paradis qu'elles auraient espéré devenir. "On ne peut pas programmer la naissance d'une ville : cela entraîne un déficit d'urbanité très fort, parce qu'il y a un déficit de strates temporelles" explique Jacques Lévy, professeur à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne à Libération . "C'est une erreur de croire qu'on peut créer une ville d'un seul coup, à partir de rien. Plus une ville est nouvelle, moins elle est une ville."

L'Espagne est un bel exemple d'échec cuisant. De 1999 à 2008, l'Espagne a connu un boom immobilier sans précédent. De nombreuses villes nouvelles ont fait surface,le gouvernement s'attendant forcément à ce que les Espagnols les remplissent. Malheureusement pour eux, une crise économique a éclaté, laissant les citoyens sans argent, incapables d'acheter un bien immobilier. De nombreuses villes se sont retrouvées quasiment vides ou très peu habitées par rapport aux attentes préalables. Depuis quelques années, l'Espagne tente de faire revivre ces villes fantômes, mais il s'agit d'un véritable défi et les perspectives ne sont pas optimistes pour toutes les villes.

Pourtant, cela n'a pas empêché d'autres pays de continuer cette quête. Des milliards de dollars ont été investis dans des centaines de villes nouvelles à travers le monde, surtout dans de nombreux pays d'Afrique et d'Asie. Les marchés émergents veulent en quelque sorte modifier leur statut dans l'économie mondiale et s'imposer progressivement sur le marché en proposant des villes high-tech pour maximiser les profits ou simplement des villes satellites pour maximiser l'efficacité.

Une ville futuriste

Présentée comme la future rivale de Singapour, Forest City, en Malaisie, est l'archétype même de la ville du futur. Quatre fois plus grande que Central Park, la ville en construction depuis 2014 et prévue pour 2035 se considère comme une ville éco-tech. La ville prévoit d'accueillir 700 000 habitants et sera caractérisée par logements avec façades végétalisées, des immeubles de bureaux, parcs et piétonniers suspendus, hôtels, écoles et centres commerciaux. Une vraie mégalopole bâtie sur les eaux. Un véritable paradis architectural qui n'efface pas les enjeux écologiques de la ville.

Des milliards de tonnes de sable ont été importés pour gagner du terrain sur la mangrove. Le biome a complètement été modifié et les pêcheurs sont tout autant concernés. Reste à voir si la ville ne sera pas elle aussi délaissée. au vu de la politique assez fermée du Premier ministre malaisien Mohamad Mahathir qui est réticent à l'idée de voir des Chinois investir dans sa ville. Reste donc à voir si les choix politiques ne saperont pas l'ambition de ce projet.

Forest City, un projet titanesque de 84 milliards de dollars., Getty Image
Forest City, un projet titanesque de 84 milliards de dollars. © Getty Image

La situation en Chine

Tianducheng, le Paris fantôme de Chine., Getty Image
Tianducheng, le Paris fantôme de Chine. © Getty Image

Les Chinois restent sans aucun doute les maitres dans la construction de villes nouvelles. Depuis près de dix ans déjà, la Chine est entrée dans une frénésie immobilière. Quelque 3.500 villes nouvelles ont ainsi été créées, capables d'héberger 3,4 milliards de personnes, soit trois fois la population actuelle de la Chine. Le problème ? La plupart de ces villes nouvelles sont vides. C'est le cas du district financier de Yujiapu , achevé en 2006 dans les environs de Tianjin. Yujiapu se voulait une réplique de Manhattan, mais elle est loin de l'activité quasi-continue de l'arrondissement new-yorkais. Ou encore de Tianducheng, un Paris miniature, et de Nanhui qui n'ont toutes deux pas répondu aux attentes espérées.

La Chine essaye tant bien que mal de "remplir" ces villes. Et les universités jouent un grand rôle dans ce schéma. La situation est simple : personne ne veut emménager dans une ville vide et de ce fait, ces villes restent vides. Et le gouvernement chinois désire briser ce cycle en utilisant des "catalyseurs humains" pour attirer plus d'habitants, d'investisseurs, d'opportunités. La Chine utilise son meilleur atout, la population, pour remplir ces villes. Des étudiants et des fonctionnaires sont réquisitionnés pour aller habiter dans ces villes, en dépit du manque d'activités proposées. A l'avenir, la Chine espère repeupler ces villes délaissées.

De nombreux facteurs influencent le succès de ces villes construites à partir de rien : la situation géographique, la situation économique du pays et des habitants, et tout simplement l'envie des gens. Il est difficile de prévoir à l'avance ce qu'il se passera.

Le district de Yujiapu, complètement désert., Getty Image
Le district de Yujiapu, complètement désert. © Getty Image

Thomas Bagnoli

Naypyidaw - la capitale fantôme

La capitale de la Birmanie est un bel exemple de la mégalomanie de certains leaders mondiaux. Achevée en 2005, cette ville est la définition même de la démesure. Six fois plus grande que New York, elle possède tout : centres commerciaux, safari, terrains de golf, hôtels de luxe et même une autoroute à 20 voies pour accueillir les visiteurs et les habitants. 15 ans plus tard, le gouvernement birman affirme que la ville compte plus d'un million d'habitants... Mais où sont-ils ? Les photos et vidéos de la ville ne montrent aucune âme qui vive. C'est le destin auquel font face beaucoup de ces villes nouvelles.

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A l'heure où l'Inde entame la construction d'une ville nouvelle pour attirer les investisseurs, la question des villes nouvelles revient à nouveau sur le tapis. En Afrique et en Chine principalement, de nouvelles zones urbaines ont conquis et conquièrent des zones autrefois désertes. Construites de toutes pièces à des fins économiques, en réponse à une croissance de la population ou simplement pour des raisons mégalomanes, beaucoup de ces villes nouvelles se retrouvent parfois complètement vides ou ne sont pas le paradis qu'elles auraient espéré devenir. "On ne peut pas programmer la naissance d'une ville : cela entraîne un déficit d'urbanité très fort, parce qu'il y a un déficit de strates temporelles" explique Jacques Lévy, professeur à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne à Libération . "C'est une erreur de croire qu'on peut créer une ville d'un seul coup, à partir de rien. Plus une ville est nouvelle, moins elle est une ville." L'Espagne est un bel exemple d'échec cuisant. De 1999 à 2008, l'Espagne a connu un boom immobilier sans précédent. De nombreuses villes nouvelles ont fait surface,le gouvernement s'attendant forcément à ce que les Espagnols les remplissent. Malheureusement pour eux, une crise économique a éclaté, laissant les citoyens sans argent, incapables d'acheter un bien immobilier. De nombreuses villes se sont retrouvées quasiment vides ou très peu habitées par rapport aux attentes préalables. Depuis quelques années, l'Espagne tente de faire revivre ces villes fantômes, mais il s'agit d'un véritable défi et les perspectives ne sont pas optimistes pour toutes les villes.Pourtant, cela n'a pas empêché d'autres pays de continuer cette quête. Des milliards de dollars ont été investis dans des centaines de villes nouvelles à travers le monde, surtout dans de nombreux pays d'Afrique et d'Asie. Les marchés émergents veulent en quelque sorte modifier leur statut dans l'économie mondiale et s'imposer progressivement sur le marché en proposant des villes high-tech pour maximiser les profits ou simplement des villes satellites pour maximiser l'efficacité. Une ville futuristePrésentée comme la future rivale de Singapour, Forest City, en Malaisie, est l'archétype même de la ville du futur. Quatre fois plus grande que Central Park, la ville en construction depuis 2014 et prévue pour 2035 se considère comme une ville éco-tech. La ville prévoit d'accueillir 700 000 habitants et sera caractérisée par logements avec façades végétalisées, des immeubles de bureaux, parcs et piétonniers suspendus, hôtels, écoles et centres commerciaux. Une vraie mégalopole bâtie sur les eaux. Un véritable paradis architectural qui n'efface pas les enjeux écologiques de la ville.Des milliards de tonnes de sable ont été importés pour gagner du terrain sur la mangrove. Le biome a complètement été modifié et les pêcheurs sont tout autant concernés. Reste à voir si la ville ne sera pas elle aussi délaissée. au vu de la politique assez fermée du Premier ministre malaisien Mohamad Mahathir qui est réticent à l'idée de voir des Chinois investir dans sa ville. Reste donc à voir si les choix politiques ne saperont pas l'ambition de ce projet.La situation en ChineLes Chinois restent sans aucun doute les maitres dans la construction de villes nouvelles. Depuis près de dix ans déjà, la Chine est entrée dans une frénésie immobilière. Quelque 3.500 villes nouvelles ont ainsi été créées, capables d'héberger 3,4 milliards de personnes, soit trois fois la population actuelle de la Chine. Le problème ? La plupart de ces villes nouvelles sont vides. C'est le cas du district financier de Yujiapu , achevé en 2006 dans les environs de Tianjin. Yujiapu se voulait une réplique de Manhattan, mais elle est loin de l'activité quasi-continue de l'arrondissement new-yorkais. Ou encore de Tianducheng, un Paris miniature, et de Nanhui qui n'ont toutes deux pas répondu aux attentes espérées.La Chine essaye tant bien que mal de "remplir" ces villes. Et les universités jouent un grand rôle dans ce schéma. La situation est simple : personne ne veut emménager dans une ville vide et de ce fait, ces villes restent vides. Et le gouvernement chinois désire briser ce cycle en utilisant des "catalyseurs humains" pour attirer plus d'habitants, d'investisseurs, d'opportunités. La Chine utilise son meilleur atout, la population, pour remplir ces villes. Des étudiants et des fonctionnaires sont réquisitionnés pour aller habiter dans ces villes, en dépit du manque d'activités proposées. A l'avenir, la Chine espère repeupler ces villes délaissées.De nombreux facteurs influencent le succès de ces villes construites à partir de rien : la situation géographique, la situation économique du pays et des habitants, et tout simplement l'envie des gens. Il est difficile de prévoir à l'avance ce qu'il se passera.Thomas Bagnoli