La Grèce devrait connaître en 2016 un record d'affluence de vacanciers, 25 millions, soit 1,5 million de plus qu'en 2015. La tendance au Portugal et en Espagne est dans les mêmes eaux, turquoise et paradisiaques.
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La Grèce devrait connaître en 2016 un record d'affluence de vacanciers, 25 millions, soit 1,5 million de plus qu'en 2015. La tendance au Portugal et en Espagne est dans les mêmes eaux, turquoise et paradisiaques.L'attrait des touristes va constituer pour ces pays encore minés par la crise de la dette un bol d'air ô combien salutaire. Ce n'est pourtant pas un élan soudain de solidarité qui a guidé un grand nombre d'Européens vers Rhodes, l'Algarve ou Ibiza. Le touriste s'adapte au contexte géopolitique en pensant avant tout à ses tripes et à son portefeuille. Le sud et l'est de la Méditerranée étant handicapés qui par l'islamisme violent, qui par l'instabilité politique, il fallait bien se rabattre sur des plages (supposées) sûres et de proximité. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le Portugal, l'Espagne et la Grèce se redressent à mesure que la Tunisie, l'Egypte et la Turquie s'enfoncent. Le tourisme est un enjeu économique et forcément politique. Enjeu devenu extrêmement sensible ces dernières années. Une illustration : les Tunisiens ont de bonnes raisons de contester l'avis de voyage du ministère belge des Affaires étrangères (séjours non essentiels déconseillés) en regard de celui décerné à la Turquie (vigilance accrue hors les zones de rébellion kurde déconseillées), pourtant davantage frappée par le terrorisme. Mais, quoi qu'il en soit, qui reprocherait à une mère ou un père de famille d'éviter d'exposer ses enfants à des violences, même très hypothétiques, sur la partie du pourtour méditerranéen allant de Tunis à Istanbul ? Une légitimité s'oppose à une autre. Avec ce paradoxe cruel pour les démocrates turcs, égyptiens et tunisiens : les chômeurs de l'industrie du tourisme risquent de constituer un terreau (celui-là même que fuient les Européens au nom de l'anti-islamisme) devenu plus fertile encore pour les recruteurs les plus radicaux. Cette dépendance au tourisme n'a d'ailleurs pas échappé aux terroristes désireux de déstabiliser un pouvoir. Ils l'ont ciblé à cet effet, hier et aujourd'hui, en... Egypte, Turquie, Tunisie, et même, depuis Nice, en France. La dimension politique du tourisme est aussi proportionnelle à son poids dans le produit intérieur brut d'un pays. La réconciliation express entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, après une crise pourtant aiguë, vise à ramener sur les côtes turques des touristes russes qui pallieront la désaffection des Européens et relanceront le secteur. Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy s'oppose à la volonté de la mairie de Barcelone, aux mains de la gauche radicale Podemos, de réguler les nouveaux opérateurs parce que ce mouvement pourrait nuire à la croissance et donc, à ses chances de se maintenir au pouvoir. Les dirigeants français s'inquiètent du rachat par des fonds chinois de fleurons de l'industrie hôtelière parce que le phénomène pourrait, par un circuit en vase clos, réduire les dividendes pour l'Hexagone de l'affluence prometteuse des vacanciers de la deuxième économie mondiale, etc, etc. Secteur crucial pour certains Etats, le tourisme n'est pas pour autant la panacée de la croissance et du développement. Sa surexploitation peut avoir des effets pervers, emplois précaires, dégâts environnementaux... Un pays a trouvé un équilibre entre les préoccupations du Nord et du Sud, entre le tourisme de qualité et le bien-être des populations : l'île Maurice, qui est aussi le premier Etat en Afrique en termes de démocratie, de climat d'investissement et de bonne gouvernance. L'exemple peut aussi donc venir du Sud. Un constat à méditer alors qu'on ne voit guère émerger en Belgique, au sein de ses entités fédérées, et même en Europe, une politique à la hauteur de l'intérêt accru que le secteur mériterait.