Selon les derniers chiffres de l'Office statistique européen Eurostat, près de 60% des 5 millions de ménages suédois sont composés d'une personne. C'est beaucoup plus que la moyenne européenne de 33%.
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Selon les derniers chiffres de l'Office statistique européen Eurostat, près de 60% des 5 millions de ménages suédois sont composés d'une personne. C'est beaucoup plus que la moyenne européenne de 33%. Sorti le mois dernier en Belgique, le documentaire "The Swedish Theory of Love" adopte une position sceptique à l'égard de cette indépendance suédoise : n'allons-nous pas trop loin dans l'individualisme ? C'est bien d'avoir un État-providence efficace où personne n'est dépendant du salaire d'un partenaire, d'une mère qui reste à la maison, d'enfants qui doivent s'occuper de leurs parents en mauvaise santé. Mais est-ce bien une bénédiction s'il en résulte que nous nous retrouvons tout seuls parce que nous n'avons besoin de personne et que personne n'a besoin de nous ? Les spécialistes en bonheur Filip Fors et Bengt Brülde l'appellent le mythe suédois de la solitude. Oui, les Suédois vivent seuls. Les Suédois sont indépendants. Mais la solitude, c'est autre chose. Philosophe à l'Université de Göteborg, Brülde estime que le nombre de ménages d'une personne ne dit rien sur le bonheur ou le malheur de la population. "Il n'y a presque pas de liens", dit-il, "entre objectif et subjectif, entre la solitude observable et émotionnelle."La dernière étude de Brülde et Fors est consacrée au lien entre l'individualisme et le bonheur ou le malheur. Brülde : "La Suède est l'un des pays les plus individualistes du monde. Nous avons la possibilité de vivre seuls si nous le voulons parce que nous ne dépendons pas de la famille. Là où d'autres populations dépendent de leurs parents ou de leurs enfants, nous pouvons compter sur l'état."Cependant, le fait que les Suédois vivent seuls ne signifie pas qu'ils n'ont pas de réseau social. "Nous choisissons qui nous fréquentons. Les Suédois passent peut-être moins de temps avec leurs parents, leurs tantes ou leurs frères, mais plus avec leurs amis."Brülde: "Le mythe de la solitude date probablement du temps où les Suédois vivaient disséminés dans le pays, quand chacun avait son lopin de terre et aucun voisin proche. Mais cela remonte à plusieurs siècles, et il est temps de corriger cette image."Brülde et Fors ont interrogé des milliers de Suédois sur la solitude objective et subjective. Voici les exemples de la première catégorie : vivez-vous seul ? Avez-vous un partenaire et combien de soirs passez-vous seul(e) ? La deuxième catégorie comprend des questions comme : avez-vous un ami sur qui vous pouvez compter quand vous avez besoin de soutien ? Avez-vous quelqu'un de votre entourage de qui vous vous sentez proche ? Et êtes-vous très proche de votre famille ? "En matière de solitude subjective, les Suédois font mieux que la moyenne européenne", déclare Fors, sociologue à l'Université de Umeå. Environ 2% des Suédois affirment qu'une amitié solide leur manque. Il n'y a qu'en Allemagne et en Suisse que ce chiffre est plus bas. Dans la plupart des pays de l'Est et du Sud de l'Europe, une partie nettement plus importante de la population se dit en mal d'un ami proche. Les Suédois affichent un "taux de fréquentation" élevé: la majorité de la population, y compris les gens qui vivent seuls, passe tout de même leurs soirées en compagnie d'autres. En Suède, le sentiment de solitude global est de 5%. En Italie, en Hongrie, en Tchéquie et en Bulgarie, ce chiffre dépasse les 10%, et en Ukraine et en Russie il oscille même autour des 20%. Fors et Brülde concluent que les critiques fréquentes contre la société suédoise individualiste, dont The Swedish Theory of Love constitue l'énième manifestation, sont injustifiées. Brülde: "Vraiment, les gens sont toujours beaucoup plus heureux dans une société individualiste, où ils ne dépendent de personne et où ils peuvent aménager leur vie à leur guise. Regardez le World Happiness Index: les pays du nord de l'Europe sont toujours en tête. Si nous nous sentions tellement esseulés, nous ne serions pas en tête de ce classement". Le World Happiness Report des Nations-Unies se base sur plusieurs thèmes, de la prospérité économique à l'espérance de vie en passant par la santé mentale et le sentiment de bien-être subjectif. Ce sont toujours les pays scandinaves qui se disputent l'honneur de la première place.