Pendant que les témoignages déchirants de parents sans nouvelles de leurs enfants continuent de pleuvoir dans les médias américains, les élus du Congrès à Washington semblent loin de passer une loi qui empêcherait définitivement ces séparations à l'avenir, quel que soit l'occupant de la Maison Blanche.

Un vote clé sur une réforme de l'immigration proposée par la majorité républicaine a été reporté à la semaine prochaine à la Chambre des représentants, faute de consensus dans leurs rangs.

"La situation est absolument chaotique. Il reste tellement de questions sans réponse et il semble qu'il n'y avait aucun plan pour réunir parents et enfants", a déclaré à l'AFP Matt Clausen, le président de WOLA, une organisation spécialisée dans la défense des droits de l'Homme sur le continent américain.

"Cela me rend folle parce qu'à chaque instant je me demande +Comment va-t-elle ? A-t-elle mangé? Prennent-ils soin d'elle ?+", a témoigné sur CNN Cindy Madrid, la mère salvadorienne d'une fillette placée dans un refuge.

La voix de sa fille de six ans récitant par coeur le numéro d'une tante vivant aux Etats-Unis, entendue avec d'autres enfants en pleurs sur un enregistrement diffusé lundi par le site ProPublica, a contribué à mobiliser l'opinion publique.

Deux jours plus tard, Donald Trump annonçait qu'il revenait sur sa politique de séparations systématiques des familles interpellées pour avoir franchi illégalement la frontière avec le Mexique, mise en oeuvre début mai. Elle avait pourtant été revendiquée fermement par de hauts responsables de la Maison Blanche, qui comptaient sur son effet de dissuasion.

- "Je t'aime" -

Certains parents ont pu retrouver leurs enfants dans des scènes poignantes, mais l'administration n'a pas expliqué clairement si ces mineurs étaient parmi les 700 séparés entre octobre 2017 et avril ou les plus de 2.300 envoyés depuis mai dans des refuges et camps montés à la hâte.

"Je t'aime", murmure une mère guatémaltèque en pleurs en prenant dans ses bras son petit garçon de sept ans qu'elle a retrouvé vendredi matin, à l'aéroport de Baltimore. Ils auraient été interpellés le 19 mai.

"Il y a encore des milliers d'enfants pour lesquels il faut qu'on fasse quelque chose", a martelé, sur CNN, son avocat, Mario Williams.

Le sort des enfants semble avoir ému jusqu'à la Première dame, qui a en partie poussé le président à signer son décret, du propre aveu du septuagénaire.

Comment puis-je "aider à réunir ces enfants avec leurs familles aussi vite que possible ?", a demandé Melania Trump lors d'une visite surprise dans un refuge au Texas, jeudi.

Débordées, plusieurs associations qui tentent de les réunir ont dénoncé jeudi le "chaos". Alan Shapiro, un pédiatre qui s'est rendu dans plusieurs centres pour l'Académie américaine de pédiatrie, a confié avoir vu des enfants "qui n'arrivent plus à parler", d'autres devenus incontinents ou prostrés.

Le Pentagone a lui reçu l'ordre de se préparer à héberger sur des bases militaires 20.000 mineurs migrants entrés sur le territoire américain non-accompagnés par des adultes.

- "Cruauté" -

Si le décret Trump met fin aux séparations, son alternative --maintenir les enfants avec leurs parents aussi longtemps que leurs poursuites pénales puissent durer-- scandalise également.

"Nous nous opposons à la séparation des enfants de leur familles à des fins de contrôle migratoire, mais nous nous opposons également aux détentions", a affirmé vendredi un porte-parole du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), Christophe Boulierac.

"Le décret remplace la cruauté des séparations des familles par la cruauté des détentions de familles", dénonce Matt Clausen, de WOLA. "Il existe des alternative plus humaines que la terrible tragédie d'incarcérer tout le monde".

"Kidnappeur d'enfants" pouvait-on lire sur les panneaux brandis vendredi par des manifestants devant la maison de la ministre de la Sécurité intérieure, Kristjen Nielsen, près de Washington.

- "Histoires bidons" -

Mais Donald Trump ne semble pas prêt à fléchir, accusant les démocrates et ses prédécesseurs d'avoir laissé se détériorer le système d'immigration, trop laxiste.

"Nous ne pouvons pas permettre que notre pays soit envahi par des immigrés illégaux pendant que les démocrates racontent leurs histoires bidons de tristesse et de deuil, en espérant que ça va les aider aux élections", a-t-il asséné sur Twitter.

Face au nouveau report de la réforme sur l'immigration qu'il réclame depuis des mois, il a appelé les républicains à "arrêter de perdre leur temps sur l'immigration jusqu'à ce qu'on élise plus de sénateurs et de membres de la Chambre (républicains) en novembre", lors d'élections qui renouvelleront tous les sièges de la Chambre et un tiers du Sénat.

La fillette en Une du Time n'avait pas été séparée de sa famille

Le gouvernement du Honduras a assuré vendredi que Yanela Varela, la fillette en Une du Time en larmes face à Donald Trump, n'avait pas été séparée de sa famille, comme la photo le laissait entendre.

"La fillette, qui va avoir deux ans, n'a pas été séparée" de ses parents, a déclaré la responsable de la Direction de protection des migrants au ministère des Affaires étrangères du Honduras, Lisa Medrano.

La Une du Time, révélée jeudi, montre Donald Trump dominant une fillette en larmes, dont la photo a largement contribué à alerter l'opinion, avec le simple titre: "Bienvenue en Amérique".

Le magazine a édité la photo de la petite fille pour la montrer seule, sur un fond rouge, et l'image a été largement reprise sur les réseaux sociaux par les opposants à Trump pour dénoncer sa politique, depuis abandonnée, de séparer les familles d'immigrants clandestins.

Le père de la fillette, Denis Varela, a également confirmé au Washington Post que sa femme Sandra Sanchez, 32 ans, n'avait pas été séparée de Yanela et que les deux sont actuellement retenues dans un centre pour migrants dans la ville de McAllen, au Texas.

Entre le 5 mai et le 9 juin, plus de 2.300 mineurs ont été séparés de leurs parents, en vertu de la politique de "tolérance zéro" du président américain, provoquant un vif émoi et poussant Donald Trump à signer mercredi, dans un revirement fracassant, un décret mettant fin à ces séparations.

Pendant que les témoignages déchirants de parents sans nouvelles de leurs enfants continuent de pleuvoir dans les médias américains, les élus du Congrès à Washington semblent loin de passer une loi qui empêcherait définitivement ces séparations à l'avenir, quel que soit l'occupant de la Maison Blanche. Un vote clé sur une réforme de l'immigration proposée par la majorité républicaine a été reporté à la semaine prochaine à la Chambre des représentants, faute de consensus dans leurs rangs. "La situation est absolument chaotique. Il reste tellement de questions sans réponse et il semble qu'il n'y avait aucun plan pour réunir parents et enfants", a déclaré à l'AFP Matt Clausen, le président de WOLA, une organisation spécialisée dans la défense des droits de l'Homme sur le continent américain. "Cela me rend folle parce qu'à chaque instant je me demande +Comment va-t-elle ? A-t-elle mangé? Prennent-ils soin d'elle ?+", a témoigné sur CNN Cindy Madrid, la mère salvadorienne d'une fillette placée dans un refuge. La voix de sa fille de six ans récitant par coeur le numéro d'une tante vivant aux Etats-Unis, entendue avec d'autres enfants en pleurs sur un enregistrement diffusé lundi par le site ProPublica, a contribué à mobiliser l'opinion publique. Deux jours plus tard, Donald Trump annonçait qu'il revenait sur sa politique de séparations systématiques des familles interpellées pour avoir franchi illégalement la frontière avec le Mexique, mise en oeuvre début mai. Elle avait pourtant été revendiquée fermement par de hauts responsables de la Maison Blanche, qui comptaient sur son effet de dissuasion. - "Je t'aime" -Certains parents ont pu retrouver leurs enfants dans des scènes poignantes, mais l'administration n'a pas expliqué clairement si ces mineurs étaient parmi les 700 séparés entre octobre 2017 et avril ou les plus de 2.300 envoyés depuis mai dans des refuges et camps montés à la hâte. "Je t'aime", murmure une mère guatémaltèque en pleurs en prenant dans ses bras son petit garçon de sept ans qu'elle a retrouvé vendredi matin, à l'aéroport de Baltimore. Ils auraient été interpellés le 19 mai."Il y a encore des milliers d'enfants pour lesquels il faut qu'on fasse quelque chose", a martelé, sur CNN, son avocat, Mario Williams. Le sort des enfants semble avoir ému jusqu'à la Première dame, qui a en partie poussé le président à signer son décret, du propre aveu du septuagénaire. Comment puis-je "aider à réunir ces enfants avec leurs familles aussi vite que possible ?", a demandé Melania Trump lors d'une visite surprise dans un refuge au Texas, jeudi. Débordées, plusieurs associations qui tentent de les réunir ont dénoncé jeudi le "chaos". Alan Shapiro, un pédiatre qui s'est rendu dans plusieurs centres pour l'Académie américaine de pédiatrie, a confié avoir vu des enfants "qui n'arrivent plus à parler", d'autres devenus incontinents ou prostrés. Le Pentagone a lui reçu l'ordre de se préparer à héberger sur des bases militaires 20.000 mineurs migrants entrés sur le territoire américain non-accompagnés par des adultes.- "Cruauté" - Si le décret Trump met fin aux séparations, son alternative --maintenir les enfants avec leurs parents aussi longtemps que leurs poursuites pénales puissent durer-- scandalise également. "Nous nous opposons à la séparation des enfants de leur familles à des fins de contrôle migratoire, mais nous nous opposons également aux détentions", a affirmé vendredi un porte-parole du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), Christophe Boulierac. "Le décret remplace la cruauté des séparations des familles par la cruauté des détentions de familles", dénonce Matt Clausen, de WOLA. "Il existe des alternative plus humaines que la terrible tragédie d'incarcérer tout le monde". "Kidnappeur d'enfants" pouvait-on lire sur les panneaux brandis vendredi par des manifestants devant la maison de la ministre de la Sécurité intérieure, Kristjen Nielsen, près de Washington. - "Histoires bidons" -Mais Donald Trump ne semble pas prêt à fléchir, accusant les démocrates et ses prédécesseurs d'avoir laissé se détériorer le système d'immigration, trop laxiste. "Nous ne pouvons pas permettre que notre pays soit envahi par des immigrés illégaux pendant que les démocrates racontent leurs histoires bidons de tristesse et de deuil, en espérant que ça va les aider aux élections", a-t-il asséné sur Twitter. Face au nouveau report de la réforme sur l'immigration qu'il réclame depuis des mois, il a appelé les républicains à "arrêter de perdre leur temps sur l'immigration jusqu'à ce qu'on élise plus de sénateurs et de membres de la Chambre (républicains) en novembre", lors d'élections qui renouvelleront tous les sièges de la Chambre et un tiers du Sénat.