La semaine dernière, lors d'une remise de prix journalistiques, le Président américain Barack Obama a pris la parole et a vivement taclé les chaînes d'informations qui rapportent les moindres faits et gestes de Donald Trump. Il a invité les médias à "enquêter, remettre en cause, creuser et exiger plus", en précisant que "bien faire son travail, c'est faire un peu plus que tendre le micro à quelqu'un". Il n'a pas hésité à employer des mots forts, déclarant que "ce que nous voyons aujourd'hui pervertit notre démocratie et notre société".
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La semaine dernière, lors d'une remise de prix journalistiques, le Président américain Barack Obama a pris la parole et a vivement taclé les chaînes d'informations qui rapportent les moindres faits et gestes de Donald Trump. Il a invité les médias à "enquêter, remettre en cause, creuser et exiger plus", en précisant que "bien faire son travail, c'est faire un peu plus que tendre le micro à quelqu'un". Il n'a pas hésité à employer des mots forts, déclarant que "ce que nous voyons aujourd'hui pervertit notre démocratie et notre société".Dans la foulée de cette déclaration, plusieurs médias ont décidé de faire leur examen de conscience et de se questionner sur la manière dont ils ont traité le "phénomène Trump" qui l'ont vu émerger et devenir actuellement le favori pour la nomination du parti républicain.Deux jours avant le discours du Président américain, Nicholas Kristof, un des éditorialistes du sérieux New York Times, avait publié un texte intitulé "Ma part de honte : les médias ont aidé à créer Trump", dans lequel il avoue une forme de responsabilité et explique que le milliardaire républicain était tout simplement un "bon filon", et que par conséquent il a été bien plus mis en avant que ses concurrents. Le journaliste évoque une étude de Mediaquant (un institut de mesure d'audience) dont le résultat est sans équivoque : le temps d'antenne consacré au magnat de l'immobilier new-yorkais est évalué à 1,89 milliard de dollars, contre "seulement" 746 millions pour Hillary Clinton.La presse américaine n'a pas pris conscience de l'impact des messages du candidat républicain sur l'électorat républicain, notamment en matière de sécurité et d'immigration. David Brooks du New York Times regrettait encore de ne pas du tout avoir pris au sérieux Donald Trump lors du lancement de sa campagne : "On s'est dit qu'il allait faire pschitt, parce que nous ne connaissons pas ses partisans, nous ne les écoutons pas assez".A l'époque, le Huffington Post avait même pensé à couvrir la campagne du milliardaire américain dans ses pages "divertissement", prouvant une nouvelle fois que les médias ne prenaient pas du tout au sérieux sa candidature.La chaîne d'info CNN s'est elle aussi penchée sur le peu de crédit qu'a accordé la presse à l'écho que pouvaient avoir les slogans et messages politiques de Donald Trump. Le site américain Vox disait justement : "plus on insulte les électeurs de Trump, plus ils sont enclins à le défendre".Nous constatons donc que les médias (contrairement à ce qu'ils aimeraient croire) n'ont plus autant de pouvoir qu'avant et la méfiance du peuple américain envers eux est de plus en plus prégnante. Seulement 40% de la population fait encore confiance aux médias, et le chiffre descend même à 32 pour les électeurs républicains.Jim Rutenberg, le médiateur du New York Times, évoque la dépendance mutuelle qui existe entre Trump et les médias américains et explique que le candidat républicain peut publier n'importe quoi sur Twitter, il fera la "Une".Le patron de la chaîne américaine CBS, Leslie Moonves déclarait encore récemment que "la campagne de Trump était bonne pour les audiences, elle draine beaucoup d'argent, mais devient de plus en plus inquiétante".Les recettes publicitaires estimées sont de l'ordre de 17 milliards de dollars uniquement pour la période électorale de 2015-2016. CNN, qui a accusé un retard face à ses concurrents, a réussi à trouver la parade en organisant des "lives" de la moindre intervention de Donald Trump. En trois mois, la chaîne d'information américaine a consacré... 2159 sujets au candidat républicain.Mais Trump était déjà populaire au sein de l'électorat américain avant son entrée officielle en campagne. Le milliardaire était le candidat le plus connu du camp républicain selon les sondages. En août 2015, soit juste deux petits mois après l'annonce officielle de sa course à la Présidence, Trump était le nom le plus "googlisé" parmi tous les candidats.Eugène Robinson, un éditorialiste du Washington Post ne pense pas que les médias de masse aient influencé quoi que ce soit et aient favorisé l'émergence du candidat Trump. Il précise en plus, aussi paradoxal que cela puisse paraître, que c'est Fox News (sauf quelques émissions spécifiques qui font littéralement propagande pour Trump), qui traite le candidat républicain le moins "favorablement". Errol Louis, animateur d'une émission consacrée à la vie politique new-yorkaise va dans le même sens. Il signe une tribune dans le New York Daily News dans laquelle il évoque que "les médias rendent honorablement compte de la campagne de M. Trump. Il y a des limites à ce que les journalistes peuvent faire quand le public ne réagit pas aux faits qui lui sont exposés".Maxime Defays