Dans les années 1940, des médecins américains ont inoculé des maladies comme la syphilis et la blennorragie (chaude-pisse) à des militaires, mais aussi à des prisonniers et des malades mentaux guatémaltèques. Juste histoire de voir de quelle façon la maladie allait dégrader leur corps.

Les autorités étaient alors à la recherche de traitement pour ces maladies sexuellement transmissibles qui touchaient particulièrement les troupes militaires. Selon Slate, qui cite un courrier du gouvernement américain, ces maladies auraient coûté 7 millions de jours de travail par an (soit l'équivalent de dix porte-avions est-il encore précisé). Les traitements, pas toujours efficaces par ailleurs, coûtaient 34 millions de dollars par an. De quoi donner carte blanche aux recherches.

Des prisonniers comme cobaye

Le seul moyen d'enrayer ces maladies vénériennes était de trouver un remède préventif. Et pour le développer, il fallait exposer des personnes saines à ces maladies. On savait déjà que la pénicilline était efficace contre les maladies vénériennes. Mais l'on se demandait si on pouvait l'injecter de façon préventive pour éviter la contamination.

L'étude de Tuskegee

L'expérience guatémaltèque était contemporaine à la tristement célèbre étude de Tuskegee. Du nom d'un village de l'Alabama où on faisait croire à des noirs atteints de syphilis qu'on les soignait alors qu'en réalité on ne leur donnait que des placebos. Ces derniers ne seront stoppés que dans les années 70, soit lorsqu'elles seront mises à jour.

La prostitution étant légale au Guatemala et les prostituées devant se faire contrôler deux fois par semaine cela permettaient un environnement d'étude adéquat et facilement contrôlable selon les chercheurs. Ils ont contaminé délibérément des prostitués avec "des tampons imbibés de pus contenant des bactéries de blennorragie". Au début, on songea à ne tenter l'expérience qu'avec des prisonniers, mais, six mois après son début, on élargit l'expérience avec des militaires. Les militaires n'étaient pas prévenus qu'ils participaient à une expérience. Pas plus qu'il n'y a la moindre preuve que les prostituées n'ont été informées des risques.

L'éthique de la chose étant pour le moins trouble, même pour l'époque où les règles éthiques autour des expérimentations humaines étaient encore balbutiantes, on décida rapidement de garder le projet aussi secret que possible. Les médecins guatémaltèques et les responsables du ministère de la Santé américain savaient, mais ne feront rien pour les arrêter.

Ceci dit, les expériences de l'équipe du docteur Cutler avec les prostituées n'auront pour conséquence que la contamination des femmes. Du coup celui-ci revient à l'inoculation artificielle. Mais même comme ça, il n'était pas possible de produire systématiquement une infection ce qui ne permettait pas réellement de mener une étude valable. Qu'importe, n'étant pas arrêtées par sa hiérarchie, les expériences de Cutler ne firent que se radicaliser et monter crescendo dans l'horreur au point d'entraîner la mort dans certains cas. Lorsqu'en février 1948, le ministre de la santé américain est remplacé et que le traitement à la pénicilline gagne en efficacité, Cutler met fin à ses expériences et rentre chez lui. Il va connaître une carrière brillante. Il meurt en 2003.

Un précédent juridique ?

L'histoire est découverte par une historienne, Susan Reverby, qui sort l'histoire en 2003. Celle-ci va provoquer les excuses publiques d'Hillary Clinton, alors secrétaire d'État. Le président du Guatemala de l'époque annonce une enquête et Obama un rapport sur ces horribles expériences menées par ses compatriotes. Malgré les enquêtes et réactions publiques, les victimes attendent toujours d'être indemnisées, mais surtout reconnues.

Tout le monde s'accorde pour dire que les expériences au Guatemala étaient complètement contraires à l'éthique, même pour l'époque. Les plaintes déposées ces derniers temps au Guatemala pourraient avoir d'autres répercussions que seulement historique. Il pourrait signifier, si elles aboutissent, à un précédent juridique et obliger les États-Unis à compenser d'autres victimes de recherches contraires à l'éthique. Ce qui pourrait leur coûter une fortune.

Car les cas d'études douteuses ne se sont pas arrêtés aux années 1970. Une étude de 2009 révèle qu'en 2007, plus d'un tiers des essais financés par les 20 plus grandes compagnies pharmaceutiques basées aux États-Unis étaient conduits hors du territoire américain. Cela n'aurait fait qu'augmenter depuis. Inquiétant lorsqu'on sait que certaines de ces études ont lieu dans des pays pas vraiment intransigeants sur l'éthique ou du moins pas très regardant sur la supervision de ces études.

Annas, directeur du Centre de droit de la santé, de l'éthique et des droits humains de la Boston University School of Public Health , précise dans Slate "Nous nous montrons toujours choqués par les scandales de la recherche et nous les voyons comme des anomalies historiques qui ne peuvent pas se répéter. Mais jusqu'à présent, nous nous sommes toujours trompés."

L'entièreté de ce récit passionnant est à lire sur Slate.fr.

Dans les années 1940, des médecins américains ont inoculé des maladies comme la syphilis et la blennorragie (chaude-pisse) à des militaires, mais aussi à des prisonniers et des malades mentaux guatémaltèques. Juste histoire de voir de quelle façon la maladie allait dégrader leur corps. Les autorités étaient alors à la recherche de traitement pour ces maladies sexuellement transmissibles qui touchaient particulièrement les troupes militaires. Selon Slate, qui cite un courrier du gouvernement américain, ces maladies auraient coûté 7 millions de jours de travail par an (soit l'équivalent de dix porte-avions est-il encore précisé). Les traitements, pas toujours efficaces par ailleurs, coûtaient 34 millions de dollars par an. De quoi donner carte blanche aux recherches.Des prisonniers comme cobayeLe seul moyen d'enrayer ces maladies vénériennes était de trouver un remède préventif. Et pour le développer, il fallait exposer des personnes saines à ces maladies. On savait déjà que la pénicilline était efficace contre les maladies vénériennes. Mais l'on se demandait si on pouvait l'injecter de façon préventive pour éviter la contamination.La prostitution étant légale au Guatemala et les prostituées devant se faire contrôler deux fois par semaine cela permettaient un environnement d'étude adéquat et facilement contrôlable selon les chercheurs. Ils ont contaminé délibérément des prostitués avec "des tampons imbibés de pus contenant des bactéries de blennorragie". Au début, on songea à ne tenter l'expérience qu'avec des prisonniers, mais, six mois après son début, on élargit l'expérience avec des militaires. Les militaires n'étaient pas prévenus qu'ils participaient à une expérience. Pas plus qu'il n'y a la moindre preuve que les prostituées n'ont été informées des risques. L'éthique de la chose étant pour le moins trouble, même pour l'époque où les règles éthiques autour des expérimentations humaines étaient encore balbutiantes, on décida rapidement de garder le projet aussi secret que possible. Les médecins guatémaltèques et les responsables du ministère de la Santé américain savaient, mais ne feront rien pour les arrêter.Ceci dit, les expériences de l'équipe du docteur Cutler avec les prostituées n'auront pour conséquence que la contamination des femmes. Du coup celui-ci revient à l'inoculation artificielle. Mais même comme ça, il n'était pas possible de produire systématiquement une infection ce qui ne permettait pas réellement de mener une étude valable. Qu'importe, n'étant pas arrêtées par sa hiérarchie, les expériences de Cutler ne firent que se radicaliser et monter crescendo dans l'horreur au point d'entraîner la mort dans certains cas. Lorsqu'en février 1948, le ministre de la santé américain est remplacé et que le traitement à la pénicilline gagne en efficacité, Cutler met fin à ses expériences et rentre chez lui. Il va connaître une carrière brillante. Il meurt en 2003. Un précédent juridique ? L'histoire est découverte par une historienne, Susan Reverby, qui sort l'histoire en 2003. Celle-ci va provoquer les excuses publiques d'Hillary Clinton, alors secrétaire d'État. Le président du Guatemala de l'époque annonce une enquête et Obama un rapport sur ces horribles expériences menées par ses compatriotes. Malgré les enquêtes et réactions publiques, les victimes attendent toujours d'être indemnisées, mais surtout reconnues. Tout le monde s'accorde pour dire que les expériences au Guatemala étaient complètement contraires à l'éthique, même pour l'époque. Les plaintes déposées ces derniers temps au Guatemala pourraient avoir d'autres répercussions que seulement historique. Il pourrait signifier, si elles aboutissent, à un précédent juridique et obliger les États-Unis à compenser d'autres victimes de recherches contraires à l'éthique. Ce qui pourrait leur coûter une fortune. Car les cas d'études douteuses ne se sont pas arrêtés aux années 1970. Une étude de 2009 révèle qu'en 2007, plus d'un tiers des essais financés par les 20 plus grandes compagnies pharmaceutiques basées aux États-Unis étaient conduits hors du territoire américain. Cela n'aurait fait qu'augmenter depuis. Inquiétant lorsqu'on sait que certaines de ces études ont lieu dans des pays pas vraiment intransigeants sur l'éthique ou du moins pas très regardant sur la supervision de ces études. Annas, directeur du Centre de droit de la santé, de l'éthique et des droits humains de la Boston University School of Public Health , précise dans Slate "Nous nous montrons toujours choqués par les scandales de la recherche et nous les voyons comme des anomalies historiques qui ne peuvent pas se répéter. Mais jusqu'à présent, nous nous sommes toujours trompés."L'entièreté de ce récit passionnant est à lire sur Slate.fr.