On pourrait croire que c'est une blague, mais non. Mike et Karen Pence ne rigolent pas avec l'étiquette ultra stricte des chrétiens évangélistes. Celle-ci veut qu'on évite toute possibilité de tentation et même toutes situations qui pourraient laisser croire que l'on pourrait être tenté. Sourire discret, chevelure blanche soigneusement coiffée, ce n'est donc pas un hasard que Mike Pence se décrive comme un "chrétien, un conservateur et un républicain... dans cet ordre".
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On pourrait croire que c'est une blague, mais non. Mike et Karen Pence ne rigolent pas avec l'étiquette ultra stricte des chrétiens évangélistes. Celle-ci veut qu'on évite toute possibilité de tentation et même toutes situations qui pourraient laisser croire que l'on pourrait être tenté. Sourire discret, chevelure blanche soigneusement coiffée, ce n'est donc pas un hasard que Mike Pence se décrive comme un "chrétien, un conservateur et un républicain... dans cet ordre".La "règle de Billy Graham"Cette conception de relation homme-femme est ce qu'on appelle la "règle de Billy Graham", soit une règle inspirée par "un pasteur qui avait décidé de ne pas voyager, rencontrer ou manger seul avec une autre femme que la sienne" dit Slate. Si cette règle peut sembler pour le moins archaïque et peu compatible avec la vie moderne et les arcanes de la politique, Pence n'en a cure et ne s'en cache guère. C'est lui-même qui a fait ces confidences dans une interview datant de 2002. Des confidences confirmées par la presse locale de l'Indiana en 2016 précise Slate en citant un passage : "Pendant ses douze ans au Congrès, il exigeait que les assistants qui travaillaient tard à ses côtés soient des hommes, il ne dînait jamais seul avec une femme autre que la sienne, et n'allait pas à une soirée où de l'alcool est servi si Karen n'était pas là." Rétrograde et sexiste Pour de nombreux journalistes, cette vision des relations homme-femme pose tout de même question vu que de nombreuses femmes travaillent en politique et que les éviter pourrait confiner à de l'équilibrisme. Pour l'auteure chrétienne Jory Micah citée par Slate, "la règle de Billy Graham est sexiste. Point barre. Les hommes et les femmes travaillent ensemble dans tous les secteurs. Si les hommes chrétiens ne peuvent pas gérer, c'est qu'ils ont des problèmes". Ou encore Paul Waldman du Washington Post qui trouve qu'un tel comportement n'a rien d'anecdotique et qu'il met en lumière l'ultra conservatisme de Pence. Il trouve que l'"on est proche des règles des juifs ultraorthodoxes qui refusent de s'asseoir près d'une femme dans un avion, ou des musulmans fondamentalistes qui veulent que les femmes soient recouvertes de la tête aux pieds pour cacher les irrésistibles attraits sexuels qui rendent les hommes incapables de se contrôler" précise encore Slate. Héraut des valeurs familiales traditionnellesGouverneur depuis 2013 de l'Indiana, État du Nord des États-Unis, Mike Pence s'y était illustré comme un héraut des valeurs familiales traditionnelles, anti-avortement, anti-mariage pour tous, et récemment hostile à l'installation de réfugiés syriens dans son État. "Le choix le plus extrême de cette génération", avait immédiatement dénoncé Hillary Clinton à l'annonce du colistier de Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche, en juillet 2016, affirmant que l'homme "divisait profondément". Depuis, Mike Pence, 57 ans, est resté fidèle à sa courtoisie coutumière, se tenant dans l'ombre de la personnalité tonitruante de Donald Trump et n'hésitant pas à botter en touche pour éviter de défendre les positions les plus controversées du milliardaire.Avocat de formation, ancien animateur de radio, il connaît bien les arcanes de Washington et y est apprécié des républicains après avoir été membre de la Chambre des représentants de 2001 à 2013 et président de la conférence républicaine (numéro 3 du parti) de 2009 à 2011. Le speaker de la Chambre Paul Ryan, qui n'avait apporté son soutien à Donald Trump qu'après des atermoiements publics, a décrit Mike Pence comme un "très bon ami".Atout conservateurGrâce à ces bonnes relations, il sert aussi à panser les profondes plaies du parti, divisé après le choc de la candidature, puis de la victoire de Donald Trump. Mike Pence et Donald Trump n'étaient, au départ, pas particulièrement proches. Le gouverneur avait d'abord soutenu le conservateur Ted Cruz, l'un des plus sérieux opposants du milliardaire dans la campagne des primaires républicaines. Et il a parfois rejeté avec conviction les vues de Donald Trump, dénonçant notamment comme "insultante et inconstitutionnelle" son idée d'interdire l'entrée des musulmans aux États-Unis, pour lutter contre le terrorisme.Mais Mike Pence était apparemment le favori des enfants Trump, très influents dans la campagne de leur père, face aux fortes personnalités plus imprévisibles du gouverneur du New Jersey Chris Christie et de l'ancien speaker de la Chambre des représentants Newt Gingrich.Le milliardaire était allé le rencontrer plusieurs fois juste avant de le choisir comme colistier, ses enfants et son gendre se fendant aussi d'un voyage dans l'Indiana pour le voir. En tant que gouverneur, Mike Pence a signé des lois rendant plus difficile l'avortement dans l'Indiana. Et il avait été très critiqué pour avoir défendu en 2015 une loi sur la "liberté religieuse", vue par ses détracteurs comme une façon de discriminer la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres). Des positions qui ont pu aider Donald Trump auprès des conservateurs traditionnels et notamment les évangéliques, au départ réticents face à la personnalité de l'imprévisible milliardaire. Dernière action en date : il vient de jouer un rôle décisif dans l'abrogation d'une directive de l'ère Obama destinée à sanctuariser les financements publics des cliniques du planning familial. C'est lui qui a départagé un vote 50-50 au sénat, faisant du même coup adopter la mesure de justesse. Le vice-président Mike Pence en a en effet le pouvoir en tant que président du Sénat. Cette mesure "est un nouvel épisode de la guerre menée par les républicains contre les femmes", a tonné le chef de file des sénateurs démocrates, Chuck Schumer. "Elle autorisera les États à traiter les femmes comme des citoyennes de seconde zone".