"Que l'arrogant président Macron cesse ses insultes", a lancé samedi le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini. "Nous n'avons de leçons à recevoir de personne", lui a répondu sèchement dimanche Emmanuel Macron.

Leur antagonisme a crispé l'atmosphère du mini-sommet européen sur la question migratoire dimanche à Bruxelles, où l'Italie s'est insurgée contre la proposition française de créer en Italie des centres fermés pour les migrants qui débarquent.

Pour les dirigeants populistes italiens et leurs partisans le président français est devenu un bouc émissaire, symbole d'une Europe qui se lave les mains des difficultés de l'Italie.

- "Ennemi N°1" -

Pour preuve, les réactions indignées d'internautes italiens après un tweet samedi d'Emmanuel Macron sur sa proposition de centres fermés dans la Péninsule.

"Que les migrants, il les prenne", rétorquent en substance ces internautes, farouchement opposés à l'accueil des migrants, une opinion largement répandue dans le pays selon plusieurs sondages.

Macron "est complètement en dehors de la réalité. L'époque où l'Italie prenait tout en charge est finie", a tonné samedi Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème).

"Des +hotspots+ (ndlr: "centres de tri") dans les pays de premier débarquement voudraient dire: +Italie, tu t'en occupes+. Pas question. Nous ne reculerons pas d'un millimètre", a protesté M. Di Maio. Pour lui, le président français risque de faire de la France "l'ennemi numéro un" de sa soeur latine.

Emmanuel Macron avait pourtant d'abord tendu la main au gouvernement populiste italien, né de l'alliance d'un parti d'extrême droite, la Ligue, et du M5S. Mais la saga de l'Aquarius le 10 juin a provoqué une rupture.

Au lendemain du refus de Rome de laisser accoster ce bateau et ses 630 migrants, Emmanuel Macron a dénoncé le "cynisme" et "l'irresponsabilité" de l'Italie, sans pour autant proposer de l'accueillir.

Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur et dirigeant de la Ligue, a exigé des excuses et évoqué l'annulation de la visite à l'Elysée du nouveau chef du gouvernement Giuseppe Conte. Finalement, Paris et Rome ont choisi l'apaisement et la visite de M. Conte le 15 juin est restée cordiale.

Mais la proposition française vendredi sur la création des centres fermés en Italie et en Espagne a rallumé la querelle.

Le président français a jeté de l'huile sur le feu en déclarant aussi qu'il n'y avait "pas de crise migratoire en Italie mais une crise politique" puisque le flux migratoire y a "diminué de 80%" depuis un an. "Ceux qui disent le contraire "ne disent pas la vérité", a-t-il lancé.

Pas question pour autant que la France accepte de laisser passer à Vintimille, à la frontière, des migrants illégaux venus d'Italie, a-t-il averti.

- "Intraitable" -

Emmanuel Macron reproche à l'Italie qui refoule les bateaux des ONG de bafouer le droit international mais aussi les "valeurs de l'Europe", en particulier les droits de l'homme. "Je serai intraitable sur ce point", a-t-il encore promis dimanche à Bruxelles.

Et quand il s'est emporté la semaine dernière contre la "lèpre qui monte" en Europe, les dirigeants italiens y ont vu une attaque frontale. "Nous sommes peut-être des populistes lépreux, mais moi les leçons je les prends de qui ouvre ses ports. Accueillez les milliers de migrants et après on en reparlera", a répliqué M. Salvini.

Rome et Paris s'écharpent enfin sur les chiffres. Paris fait valoir que depuis le début de l'année la France a reçu davantage de demandes d'asile que l'Italie. Mais le ministre italien de l'Intérieur a aussitôt sorti ses statistiques: "650.000 débarquements en 4 ans, 430.000 demandes, 170.000 présumés réfugiés"...

"Si pour l'arrogant président Macron cela n'est pas un problème, nous l'invitons à cesser ses insultes et à prouver sa générosité en ouvrant les nombreux ports français et en cessant de refouler hommes, femmes et enfants à Vintimille", a argué M. Salvini.

Le débat s'est propagé en France même, où le député LR (droite) des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a jugé que "M. Macron se permet de donner des leçons à l'Italie alors qu'elle assure la protection de notre frontière à Vintimille" .

L'Italie réclame à l'UE davantage de solidarité

L'Italie a présenté dimanche une liste de propositions pour répondre aux flux de migrants, dans laquelle elle préconise des "centres de protection internationaux" dans les pays de transit et prône davantage de financements pour aider les Etats d'Afrique qui combattent l'émigration illégale.

Ce document, présenté par le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte aux dirigeants européens réunis à Bruxelles pour un mini-sommet sur les migrations, réclame une plus grande solidarité entre Européens et un partage du fardeau des pays en première ligne face à l'afflux de migrants.

"Nous ne pouvons pas tous les transporter en Italie et en Espagne. Il faut des centre de protection dans plus de pays européens pour sauvegarder les droits de ceux qui arrivent et éviter des problèmes d'ordre publics et de surpopulation", souligne ce texte vu par l'AFP.

Rome appelle aussi à "dépasser" le principe du Règlement de Dublin, qui confie aux pays de première entrée dans l'UE la responsabilité des demandes d'asile, et dont la réforme est au point mort depuis plus de deux ans, en raison notamment de l'opposition frontale des pays de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque), opposés à toute mesure d'accueil obligatoire.

L'Italie considère en outre que la responsabilité conjointe des États membres en matière de sauvetage en mer ne saurait incomber aux seuls pays de première entrée. "L'obligation de sauvetage ne peut pas devenir une obligation de traiter les demandes (d'asile) pour le compte de tout le monde", estime le document italien.

Enfin, l'Italie demande dans son texte des "sanctions financières" contre les pays n'accueillant pas de réfugiés, comme l'a également souhaité samedi le président français Emmanuel Macron. Une proposition qui vise les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie).

"Que l'arrogant président Macron cesse ses insultes", a lancé samedi le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini. "Nous n'avons de leçons à recevoir de personne", lui a répondu sèchement dimanche Emmanuel Macron.Leur antagonisme a crispé l'atmosphère du mini-sommet européen sur la question migratoire dimanche à Bruxelles, où l'Italie s'est insurgée contre la proposition française de créer en Italie des centres fermés pour les migrants qui débarquent.Pour les dirigeants populistes italiens et leurs partisans le président français est devenu un bouc émissaire, symbole d'une Europe qui se lave les mains des difficultés de l'Italie.- "Ennemi N°1" -Pour preuve, les réactions indignées d'internautes italiens après un tweet samedi d'Emmanuel Macron sur sa proposition de centres fermés dans la Péninsule."Que les migrants, il les prenne", rétorquent en substance ces internautes, farouchement opposés à l'accueil des migrants, une opinion largement répandue dans le pays selon plusieurs sondages.Macron "est complètement en dehors de la réalité. L'époque où l'Italie prenait tout en charge est finie", a tonné samedi Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème)."Des +hotspots+ (ndlr: "centres de tri") dans les pays de premier débarquement voudraient dire: +Italie, tu t'en occupes+. Pas question. Nous ne reculerons pas d'un millimètre", a protesté M. Di Maio. Pour lui, le président français risque de faire de la France "l'ennemi numéro un" de sa soeur latine.Emmanuel Macron avait pourtant d'abord tendu la main au gouvernement populiste italien, né de l'alliance d'un parti d'extrême droite, la Ligue, et du M5S. Mais la saga de l'Aquarius le 10 juin a provoqué une rupture.Au lendemain du refus de Rome de laisser accoster ce bateau et ses 630 migrants, Emmanuel Macron a dénoncé le "cynisme" et "l'irresponsabilité" de l'Italie, sans pour autant proposer de l'accueillir. Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur et dirigeant de la Ligue, a exigé des excuses et évoqué l'annulation de la visite à l'Elysée du nouveau chef du gouvernement Giuseppe Conte. Finalement, Paris et Rome ont choisi l'apaisement et la visite de M. Conte le 15 juin est restée cordiale.Mais la proposition française vendredi sur la création des centres fermés en Italie et en Espagne a rallumé la querelle. Le président français a jeté de l'huile sur le feu en déclarant aussi qu'il n'y avait "pas de crise migratoire en Italie mais une crise politique" puisque le flux migratoire y a "diminué de 80%" depuis un an. "Ceux qui disent le contraire "ne disent pas la vérité", a-t-il lancé. Pas question pour autant que la France accepte de laisser passer à Vintimille, à la frontière, des migrants illégaux venus d'Italie, a-t-il averti.- "Intraitable" -Emmanuel Macron reproche à l'Italie qui refoule les bateaux des ONG de bafouer le droit international mais aussi les "valeurs de l'Europe", en particulier les droits de l'homme. "Je serai intraitable sur ce point", a-t-il encore promis dimanche à Bruxelles. Et quand il s'est emporté la semaine dernière contre la "lèpre qui monte" en Europe, les dirigeants italiens y ont vu une attaque frontale. "Nous sommes peut-être des populistes lépreux, mais moi les leçons je les prends de qui ouvre ses ports. Accueillez les milliers de migrants et après on en reparlera", a répliqué M. Salvini.Rome et Paris s'écharpent enfin sur les chiffres. Paris fait valoir que depuis le début de l'année la France a reçu davantage de demandes d'asile que l'Italie. Mais le ministre italien de l'Intérieur a aussitôt sorti ses statistiques: "650.000 débarquements en 4 ans, 430.000 demandes, 170.000 présumés réfugiés"..."Si pour l'arrogant président Macron cela n'est pas un problème, nous l'invitons à cesser ses insultes et à prouver sa générosité en ouvrant les nombreux ports français et en cessant de refouler hommes, femmes et enfants à Vintimille", a argué M. Salvini.Le débat s'est propagé en France même, où le député LR (droite) des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a jugé que "M. Macron se permet de donner des leçons à l'Italie alors qu'elle assure la protection de notre frontière à Vintimille" .