Depuis novembre 2020, le pouvoir éthiopien mène, avec le soutien de l'armée de l'Erythrée voisine, une répression féroce à l'encontre de la principale force politique et de la population de la province du Tigré. Qui s'en soucie? De même, qui s'est préoccupé entre 2013 et 2020 des victimes de la guerre civile au Soudan du Sud? "Si vous êtes mort, vous avez in...

Depuis novembre 2020, le pouvoir éthiopien mène, avec le soutien de l'armée de l'Erythrée voisine, une répression féroce à l'encontre de la principale force politique et de la population de la province du Tigré. Qui s'en soucie? De même, qui s'est préoccupé entre 2013 et 2020 des victimes de la guerre civile au Soudan du Sud? "Si vous êtes mort, vous avez intérêt à être blanc. Pourquoi? Parce que si vous êtes noir, vous risquez d'avoir disparu avant qu'on ne vous remarque et surtout avant qu'on ne vous compte", énonce l'historien Gérard Prunier dans Cadavres noirs (1). L'auteur fait remonter l'indifférence à la mort du Noir à la traite négrière, "ordinaire banalité du tragique africain". Cependant "la tragédie de l'Afrique contemporaine ne se situe pas dans un immense lamento pour un passé brutal, poursuit-il, mais plutôt dans le silence assourdissant concernant la réalité quotidienne du monde noir". Il en trouve une illustration contemporaine dans l'indifférence de la communauté internationale face à l'escroquerie "démocratique" de l'élection présidentielle de 2018 en République démocratique du Congo. Mais cet essai renvoie inévitablement aussi au sort des milliers de migrants noyés en Méditerranée sur le chemin de l'exil. Pourquoi les Africains meurent-ils sous les projecteurs éteints de l'hypercapitalisme indifférent? "Si on ne voit pas trop bien ces cadavres noirs, c'est donc qu'on ne les voyait pas beaucoup non plus lorsqu'ils étaient vivants. Combien de temps pourra-t-on continuer à faire semblant de ne pas voir, de ne pas comprendre, de ne pas tenir compte d'un tiers de l'humanité, sauf quand il joue bien au football", s'inquiète dès lors l'africaniste dans ce pamphlet aussi percutant que salutaire.