La Maison-Blanche est considérée comme l'épicentre du pouvoir exécutif américain... et mondial. Le président américain est-il réellement l'homme le plus puissant au monde ?

Le président est certes puissant, mais pas tout-puissant. Car si le système institutionnel américain a évolué dans son fonctionnement, il reste fondé sur des principes qui datent de 1789. Les Pères fondateurs se méfiaient à la fois du pouvoir et du peuple. C'étaient des pessimistes - et pas des Rousseauistes - qui pensaient que le pouvoir corrompt. Dès le départ, leur intention a été de limiter le pouvoir présidentiel. Mais, étant persuadés que le peuple pouvait aussi se laisser aller à des excès, les Pères fondateurs ont veillé à encadrer l'expression populaire. Depuis, malgré les grands électeurs, le système électoral américain a évolué vers le suffrage universel. Avec des élections législatives tous les deux ans, même si l'ensemble du Congrès n'est pas systématiquement renouvelé. La division du pouvoir est à la fois verticale et horizontale. Verticale dans le sens où il y a beaucoup de pouvoirs locaux divisés en exécutif, législatif et judiciaire. Mais beaucoup de choses dépendent des gouverneurs, des parlements locaux. Au sommet, les trois branches du pouvoir ont la capacité de se bloquer l'une l'autre : le droit de veto, la nécessité d'avoir deux tiers au Congrès, les lois soumises à la Cour suprême s'il y a conflit... C'est un système qui crée blocage sur blocage, fait pour obliger au compromis, au juste milieu. Le principe des institutions, c'est que personne ne gagne ni ne perd totalement. Quand ça bloque, c'est que ça marche... jusqu'à un certain point. Parce que depuis la révolution républicaine de 1994, qui a permis aux républicains de contrôler les deux Chambres, et ensuite avec l'arrivée du Tea Party, on voit émerger des élus avec le slogan No compromise. Et ça, c'est totalement anticonstitutionnel.
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Le président est certes puissant, mais pas tout-puissant. Car si le système institutionnel américain a évolué dans son fonctionnement, il reste fondé sur des principes qui datent de 1789. Les Pères fondateurs se méfiaient à la fois du pouvoir et du peuple. C'étaient des pessimistes - et pas des Rousseauistes - qui pensaient que le pouvoir corrompt. Dès le départ, leur intention a été de limiter le pouvoir présidentiel. Mais, étant persuadés que le peuple pouvait aussi se laisser aller à des excès, les Pères fondateurs ont veillé à encadrer l'expression populaire. Depuis, malgré les grands électeurs, le système électoral américain a évolué vers le suffrage universel. Avec des élections législatives tous les deux ans, même si l'ensemble du Congrès n'est pas systématiquement renouvelé. La division du pouvoir est à la fois verticale et horizontale. Verticale dans le sens où il y a beaucoup de pouvoirs locaux divisés en exécutif, législatif et judiciaire. Mais beaucoup de choses dépendent des gouverneurs, des parlements locaux. Au sommet, les trois branches du pouvoir ont la capacité de se bloquer l'une l'autre : le droit de veto, la nécessité d'avoir deux tiers au Congrès, les lois soumises à la Cour suprême s'il y a conflit... C'est un système qui crée blocage sur blocage, fait pour obliger au compromis, au juste milieu. Le principe des institutions, c'est que personne ne gagne ni ne perd totalement. Quand ça bloque, c'est que ça marche... jusqu'à un certain point. Parce que depuis la révolution républicaine de 1994, qui a permis aux républicains de contrôler les deux Chambres, et ensuite avec l'arrivée du Tea Party, on voit émerger des élus avec le slogan No compromise. Et ça, c'est totalement anticonstitutionnel.Dès la Première Guerre mondiale, l'évolution politique institutionnelle a été marquée par un pouvoir grandissant du président. Presque sans interruption. Juridiquement, c'est le Congrès qui déclare la guerre. Mais à partir du moment où le président est aussi le commandant en chef, son pouvoir est devenu plus élastique. Barack Obama lui-même n'a jamais déclaré aucune guerre. Et pourtant, il se fonde sur l'autorisation du recours à la force de 2001 pour " protéger les Etats-Unis du terrorisme ", sans jamais avoir jugé utile de revenir devant le Congrès. Si ce n'est au moment de la ligne rouge en Syrie. Mais tout ce qui se passe en matière de drones, d'opérations spéciales, d'élimination de Ben Laden, de frappes en Syrie et en Irak, tout cela se fait dans le cadre extrêmement flou de la Déclaration de 2001. Toutes les guerres augmentent le pouvoir présidentiel. C'est aussi, je crois, la raison de cette formule " l'homme le plus puissant du monde ", parce que c'est lui qui décide la guerre et la paix.En tout cas, les lobbys font de leur mieux pour qu'il le soit... Wall Street et ses 231,6 millions de dollars injectés dans la campagne à l'investiture américaine, c'est tout sauf ordinaire. Inimaginables chez nous, les dons aux comités d'action politique. La participation financière des entreprises, organismes privés ou syndicats est autorisée sans restrictions depuis qu'un arrêt de la Cour de suprême a ouvert les vannes le 21 janvier 2010. Souvent, les rapports avec ces lobbys sont assez frontaux. Les super Pacs, ces organismes sans lien direct avec les partis, peuvent faire campagne en faveur du candidat de leur choix ou... contre lui. Sans limites d'argent, mais à la vue de tous puisque les financements doivent être déclarés à la Commission électorale fédérale (FEC). Dans les faits, à cause de sa fonction, le président se détache cependant assez bien des lobbys. Là où ils le persécutent, c'est à travers le Congrès. Particulièrement à la Chambre des représentants, dont les élus sont en campagne électorale permanente. Il leur faut de l'argent tout le temps. Et les congressmen sont très dépendants des lobbys pour leur survie.Ce qui était assez sain, à l'époque, parce que - comme pour Bernie Sanders - cela a permis aux petits donateurs de jouer un rôle vraiment important. En réalité, ce financement participatif a provoqué une vraie mobilisation populaire : la chose la plus sympa à faire, en 2008, c'était de donner 5 dollars à la campagne d'Obama. Mais 2016 rime avec une chasse effrénée à l'argent. Parce que la capacité financière des candidats détermine toujours la longueur de la course et élimine, dès le début, les plus démunis. Seul Donald Trump se distingue par une capacité de financement personnelle historique. Ce qui lui permet, aussi, de répéter à l'envi que les politiques sont dépendants de leurs bailleurs de fonds.Obama, c'est un personnage extrêmement compliqué. A la racine de son âme, c'est un travailleur social. Sa passion en politique, c'est la lutte contre la pauvreté. Il est réellement mû par une volonté de résoudre les problèmes de la population. D'ailleurs, on a bien senti que la politique étrangère, c'est une charge qui lui incombe et qui l'intéresse, mais ce n'est pas son territoire d'intervention favori. C'est un homme qui a tout fait pour appartenir à l'élite. Il ne vient pas d'une famille riche et ses origines, son enfance, son adolescence en font l'outsider total. C'est quelqu'un qui ne sait pas, au fond, ce que c'est que d'être un Noir américain... Il va le devenir, petit à petit, par choix personnel. Mais s'il a beau avoir la classe et cette espèce de décontraction permanente, il respecte toutes les règles. On sent qu'il a étudié tous les codes des élites pour mieux les intégrer. Aujourd'hui, non seulement il incarne l'establishment, mais il est moins à gauche que lorsqu'il était plus jeune. Sans doute parce qu'il a été rattrapé par le principe de réalité. C'est d'ailleurs ce que je reproche à la campagne de Bernie Sanders : voilà un candidat qui a posé toutes les bonnes questions, mais n'a pu apporter que des réponses irréalisables dans un système avec des gouverneurs, un Congrès, une Cour suprême... Autant de leviers de pouvoir faits pour bloquer certaines ardeurs et rechercher, sans cesse, le compromis.Le camp présidentiel n'est pas plus facile à gérer que le camp opposé... Tout est dans le rapport de force entre qui a besoin de qui. Aux Etats-Unis, les vrais poids lourds de la politique, ce sont les sénateurs : ils sont élus pour six ans, à la suite de quoi ils sont souvent réélus, leur carrière n'appartient qu'à eux, ils jouent leur propre héritage au sein de leur Etat... Raison pour laquelle ils se montrent très indépendants face au président. Il faut donc aller les chercher un par un. Au contraire, les représentants du Congrès sont plus fragiles. Etant donné qu'ils sont réélus tous les deux ans, ils sont tout le temps en campagne. Ce qui les rend fragiles. Ils suivent le président s'ils pensent que cela va les aider à se faire réélire et ils ont tendance à le lâcher dans l'autre cas. A chaque loi importante, notamment pour les votes budgétaires, le président doit se donner le mal d'aller les chercher un par un.Au coeur des années 90, Dick Morris, un des conseillers de Bill Clinton, a inventé ce qu'on appelle la triangulation. Le principe est simple : ça consiste à prendre de la hauteur en se plaçant à l'intersection des partis, de la droite et de la gauche en somme. Quitte à occuper le terrain de l'adversaire, pour sortir d'une impasse politique... A la fin de son premier mandat, Bill Clinton était en butte à une majorité républicaine, prisonnier de la division partisane. Morris lui a conseillé de prendre le meilleur du programme de chaque parti, de dégager un compromis, une sorte de troisième voie quelque part au-dessus des positions des démocrates et du camp adverse. Grâce à cela, Clinton s'est imposé comme le comeback kid de la politique américaine. Depuis, cette figure de style politique est devenue un lieu commun. Confronté à la réalité des institutions, un président doit sans cesse pousser au compromis.Il va grandissant. C'est la démographie qui le veut, mais aussi l'évolution légale et constitutionnelle du pays, puisqu'à l'origine les minorités étaient toutes exclues du processus politique. Le projet de Thomas Jefferson : " Tous les hommes sont créés égaux ", c'était : " Tous les hommes blancs propriétaires... " Même Abraham Lincoln, qui considérait que l'esclavage était condamnable sur un plan moral, voulait contraindre les Noirs à s'exiler... et à coloniser le Liberia ou le Chiriqui, une province du Panama. Loin de l'image que l'on construira de lui plus tard, il est allé jusqu'à accuser les Noirs d'être les instigateurs de la guerre de Sécession ! L'histoire américaine est celle d'une inclusion lente et douloureuse. Ce n'est qu'à la faveur du combat des droits civiques et de la contestation, en 1965, que les Noirs américains décrochent le Voting Rights Act. Les femmes, elles, n'ont pu aller voter qu'à partir de 1920. Les Amérindiens ne sont déclarés citoyens américains qu'à partir de 1924, mais beaucoup sont en fait privés de droit de vote jusqu'en 1948. Toujours, l'inclusion légale a tardé par rapport à la pratique. Même pour les Latinos. Exclues du système, plus pauvres que les Blancs, les minorités, pendant longtemps, votent peu, car elles n'attendent rien des élections.Les musulmans ne sont pas nombreux aux Etats-Unis. Ils ne représentent que 0,8 % de la population. Avec une particularité : l'émigration venue du Moyen-Orient, d'Inde ou du Pakistan est souvent issue de la classe moyenne supérieure. Sur un plan intellectuel, culturel, économique et politique, ces gens s'intègrent plus vite. Ils votent, mais ne sont pas très nombreux. Les gays jouent un rôle, mais ne votent plus essentiellement démocrate. D'aucuns sont très attirés par le côté libertarien, libre entreprise des mouvements républicains. Les Noirs ont toujours voté démocrate, depuis le glissement qui a commencé avec Franklin Roosevelt et ensuite Kennedy. La grande inconnue, ce sont les Latinos et leur participation. Ils forment 17 % de la population et environ 10% de l'électorat. On les a longtemps appelés les " sleeping giants " parce qu'ils ne votaient pas beaucoup. Traditionnellement, le vote latino est plutôt démocrate car ce parti est jugé plus inclusif, mais ils se montrent aussi conservateurs sur le plan moral et religieux. Ça a particulièrement été le cas sous George Bush, qui a recueilli 40% des votes latinos, d'autant qu'il était très ouvert en matière d'immigration. Cette question de l'immigration passe avant tout quand on est latino. Même s'ils sont Américains, ils se sentent souvent montrés du doigt comme étant responsables de la débâcle économique. Et ils ont souvent aussi un proche qui est soit illégal, soit qu'ils aimeraient faire venir aux Etats-Unis. On ne peut pas se faire élire en se mettant à dos tous les Latinos. Le pari de Trump, c'est qu'il y a un fort pourcentage d'hommes blancs qui ne votaient plus... jusqu'à son arrivée. C'est une partie de l'électorat que la présidence d'Obama a rendu complètement fou. Ce qui se profile, c'est le match des Latinos contre les hommes blancs abstentionnistes.John Fitzgerald a été mis sur orbite par Joe le Patriarche, sympathisant nazi de mèche avec la mafia. On a dit, sans jamais l'avoir prouvé, que la mafia de Chicago avait apporté les voix nécessaires à une élection extrêmement serrée. Son amitié avec Sinatra, sa maîtresse... Toutes les questions se sont posées après coup, parce que la période n'était pas propice à l'investigation journalistique. Aujourd'hui, ça me paraît d'autant plus difficile qu'il y a eu le Watergate.Oui, et cela allait bien au-delà du Watergate. Avec le temps, de plus en plus de documents ont été déclas-sifiés. Nixon, c'était le système mafieux au coeur du pouvoir. Un monde de voyous qui discréditait, éliminait les adversaires dans des opérations criminelles. Nixon était intelligent et presque fou, complètement paranoïaque, très antisémite. Il avait une revanche à prendre, celle du gamin pauvre et laid, du candidat à la Maison-Blanche écarté du pouvoir par la riche et belle famille Kennedy. Mais je doute que l'on puisse un jour rattacher la famille Bush, les Clinton ou Obama au crime organisé.Trump n'est pas un homme politique. Je serais très surprise que la Trump Organization, à travers ses casinos à Atlantic City, ne soit jamais impliquée dans une affaire douteuse. Mais jusqu'à présent, il n'y a aucun élément probant. Or, il y a une armée de limiers dans le camp démocrate qui fouille sa vie, et qui met en cause son comportement avec les femmes, ses faillites financières avec une exploitation éhontée du système de protection des entreprises...La National Riffle Association (NRA), puissant lobby des armes, c'est le complexe militaro-industriel dans tout son cauchemar. Elle est toute-puissante : elle finance ceux qui partagent ses vues et mène des campagnes agressives contre tout politicien qui chercherait à réglementer ce marché. Sa tactique consiste aussi à motiver, dans chaque Etat, un petit pourcentage de fanatiques qui ne votent que là-dessus. Et aucun candidat ne veut prendre le risque, car un citoyen sur deux continue à défendre le droit à détenir une arme. D'ailleurs, Obama apparaît impuissant dans ces circonstances. Il n'a rien pu imposer de décisif pendant ses deux mandats sur le contrôle des armes à feu.Donald Trump a fait entrer la campagne dans une autre dimension. Ce qu'il nous fait, c'est de la télépolitique-réalité. Cette espèce de jeu immonde où l'on élimine le maillon faible, où l'insulte devient le principal mode d'expression. En particulier sur les réseaux sociaux, où il emploie les mêmes méthodes que les ados pour le harcèlement scolaire. Tous ses opposants républicains se sont fait massacrer, au point de ne plus oser sortir de chez eux. Le milliardaire américain a compris qu'il était plus rentable politiquement de promouvoir une personnalité, même immonde, plutôt qu'un programme politique. Et cela risque de faire école, parce que c'est efficace.Jusqu'à présent, aucun président des Etats-Unis n'a été élu sans bénéficier d'une cote de popularité supérieure à 50%. Cette année, ce sera une exception... Clinton n'est pas réputée pour ses talents d'oratrice. Elle n'est pas très exaltante et souffre de l'étiquette que lui ont accolée les républicains depuis trente ans : celle d'une " dame de fer ", trop ambitieuse pour être sincère. Pour beaucoup d'Américains, il y a une certaine gêne à voir une femme vouloir le pouvoir avec autant d'acharnement, mais personne ne conteste son expérience du pouvoir et sa solidité politique. Car contrairement à Trump, elle s'est préparée au rôle suprême. Elle a été aux côtés de son mari, comme première dame en Arkansas, puis première dame des Etats-Unis, avant de devenir sénatrice de New York puis ministre des Affaires étrangères. En revanche, si elle s'est toujours engagée pour la santé, l'éducation, la contraception, les crèches et l'égalité salariale, Hillary Clinton a perdu le soutien des jeunes femmes. Son féminisme paraît peu authentique car calculé. Donald Trump, quant à lui, excelle dans le rôle de la figure insurrectionnelle, la provocation et l'insulte des élites. Mais politiquement, il propose du vide. Il a certes été à la tête de son empire, mais ignore tout des réalités gouvernementales. Et s'il fait tout pour s'entourer de gens plus compétents que lui, beaucoup d'électeurs réfléchiront certainement à ses lacunes au moment de faire leur choix. On a affaire à un catcheur contre une politicienne qui n'est jamais aussi bonne que quand elle est attaquée. Au final, ça risque d'être dévastateur pour l'image du pays.Dans un pays ravagé par la crise financière, où près de 100 millions d'Américains dépendent de l'aide alimentaire, la campagne de Bernie Sanders a eu un effet galvanisant pour un grand nombre de personnes. Mais le sénateur du Vermont a appuyé trop longtemps sur les défauts de sa rivale : sa proximité avec Wall Street et les compagnies pétrolières, sa personnalité mécanique ou ses erreurs en politique étrangère... A force, c'est devenu très destructeur pour le Parti démocrate. Certains de ses partisans ont juré qu'ils ne voteraient jamais Clinton. D'autres le feront par défaut, parce qu'ils ont peur d'une victoire de Trump. Mais quelque 10% de supporters de Bernie Sanders se disent prêts à voter républicain. En fin de compte, je crois que ces élections seront marquées par un large taux d'abstention. Mais les hommes blancs d'âge mûr qui ne soutiennent pas un parti en particulier préféreront voter Trump que de voir une femme présidente.C'est une erreur très étrange pour quelqu'un qui est fondamentalement habile. Elle n'a rien fait d'illégal mais, politiquement, c'est extrêmement maladroit. Car ces liens la mettent en porte à faux avec la frange progressiste du Parti démocrate. Clinton s'est toujours montrée ultralibérale sur les questions économiques, et centriste sur les questions sociétales. Si elle a gauchisé son discours sous l'influence de Bernie Sanders - en ambitionnant, par exemple, de porter le salaire minimum à 15 dollars de l'heure -, elle n'a pas cédé sur ses exigences de réformer le système des primaires aux Etats-Unis, et plus largement celui du financement de la vie politique... Hillary Clinton aura du mal à convaincre l'électorat blanc peu éduqué, frappé par la crise et la globalisation et attiré par la rhétorique de Donald Trump.Quel est celui d'Hillary Clinton ? Vous le connaissez ? Moi pas. On est loin, très loin de l'attachant Yes, we can d'Obama... Celui de Trump, en revanche, n'est pas simplement une trouvaille publicitaire. America first (l'Amérique d'abord) annonce un repositionnement de la puissance américaine, déjà qualifiée de protectionniste, vers un isolationnisme rampant. Que Donald Trump utilise ce slogan n'a rien d'anodin, parce qu'aux Etats-Unis, ces mots sont surtout associés au comité America First, créé au début des années 1940 pour empêcher les Etats-Unis d'entrer en guerre contre l'Allemagne nazie. C'est un mouvement qui s'est développé dans une Amérique en crise, travaillée par les discours enflammés de Charles Coughlin, un prêtre catholique antisémite et partisan de Franco. Ses sympathisants les plus célèbres étaient l'aviateur Charles Lindbergh et l'industriel Henry Ford, qui vouaient une certaine fascination à Hitler. Il y a là des relents fondamentalement xénophobes et c'est ce que les électeurs de Trump entendent derrière ce slogan. Dans Make America great again, il y a Make America white again.Sur le plan du commerce, c'est très compliqué. Une majorité de la population ressent qu'on l'a trompée sur les avantages de la mondialisation et du libre-échange. Elle se sent appauvrie et de plus en plus marginalisée. Si elle n'apporte pas de solution pour ces exclus de la globalisation, Hillary Clinton aura du mal à défendre sa vision de l'économie. Trump, pour sa part, a une vision totalement antirépublicaine. Il est devenu l'apôtre du protectionnisme commercial et ne cesse de décrier le libre-échange, alors qu'il était au coeur du programme républicain depuis des dizaines années. Opposé au traité commercial transpacifique conclu par l'administration Obama, il menace d'imposer une taxe de 35 % sur les produits en provenance du Mexique et de 45 % sur ceux venant de Chine. C'est complètement inepte, mais il est face à un électorat qui ne lui demande pas d'être cohérent.Pour Donald Trump, l'Amérique doit être à son image : une puissance autocentrée. Elle n'est plus redevable d'aucune mission spéciale pour le monde. Ni en matière de responsabilité stratégique. Ni en matière d'environnement. Il a notamment suggéré au Japon et à la Corée du Sud de se doter de l'arme nucléaire pour se défendre contre la Corée du Nord et pour désengager l'Amérique. Trump conteste aussi le coût de l'Otan pour l'Amérique. Il demanderait un effort supplémentaire de la part des pays européens. Clinton, quant à elle, est classée parmi les " faucons " en politique étrangère : elle a applaudi à l'invasion de l'Irak en 2003 et a dirigé le département d'Etat lors de l'intervention de l'Otan en Libye en 2011. Elle est plus interventionniste qu'Obama, mais aussi extrêmement rationnelle. Elle a conscience des limites du pouvoir américain. Son seul obstacle, c'est son inimitié avec Vladimir Poutine. Trump ne cache ni son goût pour les armes ni son admiration pour Poutine et les hommes forts. Mais il reste dans le slogan. Sa vision de la politique internationale est irréaliste.La sexualité est très présente dans la campagne de Trump. C'est le gorille dominant qui se frappe la poitrine dans la cage. Cette rangée de femmes superbes autour de lui, mais qui ont toutes l'air de bimbos, ça fait partie d'une sexualisation de la campagne. C'est la revanche de l'homme blanc et le retour au patriarcat. Et c'est bien la première fois en deux cent cinquante ans qu'un candidat se vante de ses prouesses sexuelles... Même s'il ne cesse de raviver les frasques de Bill Clinton. Mais pour une femme candidate, il est impossible de jouer sur le côté sexy, car elle serait directement taxée de salope. Hillary reste donc dans le registre grand-mère : dynamique, convaincante, responsable. Ses adversaires ont voulu en faire une femme frigide ou une lesbienne, mais cela n'a aucun impact sur sa détermination. C'est un animal à sang froid, qui a le sens du bien commun.Propos recueillis par Dorian Peck.