La Première britannique Theresa May a annoncé ce mardi des élections anticipées en Grande-Bretagne pour le 8 juin prochain et non en 2020 comme prévu. Une façon d'asseoir sa légitimité en tant que leader du pays en pleine procédure de divorce avec l'Europe. Theresa May compte tirer profit de l'extrême faiblesse des travaillistes dans les sondages pour asseoir son autorité et conforter sa majorité. Le but étant de mener son "brexit dur" à bien, avec notamment de bons accords commerciaux. Actuellement, le parti conservateur ne dispose que d'une courte majorité de 17 députés au parlement de Westminster et le gouvernement n'est pas à l'abri d'une rébellion dans son propre camp susceptible de freiner son action.

Ce "brexit dur" aura aussi des conséquences en Belgique et en Europe, même si l'impact est encore difficile à estimer. Pour Paul De Grauwe, de la London School of Economics, "il y a encore de nombreuses incertitudes sur le Brexit. Personne ne sait réellement quel sera le scénario."

En cas de "brexit dur" unilatéral et si aucun accord commercial intéressant n'en ressort, la Belgique pourrait bel et bien y perdre des plumes. Cela pourrait coûter à notre pays plus de 2,2 milliards d'euros de taxes et de redevances, selon les estimations du High Level Group (HLG), en charge des négociations.

Sur le long terme, ces élections anticipées pourraient cependant avoir un effet positif sur notre pays. "May est prête à faire des concessions en vue d'un Brexit moins dur avec de bons accords commerciaux européens", avance l'expert en commerce européen Ferdi De Ville (UGent). "Mais elle a une majorité trop juste et se heurte aux partisans d'un Brexit dur sans concessions au sein de son propre parti. May espère avoir une plus grande majorité afin d'obtenir plus de marge de manoeuvre pour un Brexit adouci. Cela boostera aussi la confiance en Europe et en Belgique", ajoute l'expert.

Theresa May, dont la popularité est au zénith, a estimé que c'était le bon moment pour renforcer sa légitimité et avoir les coudées franches. Les sondages prédisent tous un boulevard aux Tories face aux travaillistes et leur leader radical Jeremy Corbyn en cas d'élections anticipées. Deux enquêtes d'opinion publiées au cours du week-end par les instituts YouGov et ComRes donnent 21 points d'avance aux conservateurs.

Et si Theresa May se trompait dans les intentions de votes des électeurs britanniques ?

Serait-ce alors un pari risqué ces élections anticipées ? "Il ne faut pas sous-estimer que la Grande-Bretagne expérience déjà un peu les conséquences d'être en dehors de l'Europe", avertit Paul Buysse, président du HLG, qui insiste pour parler en son propre nom au journal De Morgen.

"La jeune génération n'a pas voté en faveur du Brexit et s'est réveillée en plein cauchemar. Il n'y a pas d'obligation de vote au Royaume-Uni et je pense qu'ils feront cette fois entendre massivement leur voix. Cela pèsera sur le résultat final et les conséquences qui en découleront."

Le leader du parti libéral-démocrate, Tim Farron, a quant à lui appelé les pro-UE à saisir "cette chance pour changer la direction de notre pays" et "éviter le désastre d'un Brexit dur", qui verrait une sortie du pays du marché unique, comme le préconise Theresa May.

Il reste donc encore de nombreuses incertitudes. "L'incertitude n'est jamais bénéfique au marché", constate De Ville. Cependant, même si les conservateurs perdent des sièges, il ne voit pas de raisons de paniquer. "Si May n'y arrive pas, ce seront les libéraux démocrates qui rafleront quelques sièges, mais ce parti n'est pas en faveur d'un brexit dur, donc, on en vient finalement au même scénario, avec la même issue."