L'ONG américaine World Justice Project (WJP) réalise chaque année un rapport sur l'Indice de l'État de droit, chargé de mesurer le respect des lois, selon le principe de primauté du droit, quel que soit le niveau de pouvoir dans lequel on se trouve. Sur base de données primaires provenant de 120 000 ménages et de 3 800 enquêtes d'experts dans 126 pays, l'indice d'État de droit dépend de huit facteurs :
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L'ONG américaine World Justice Project (WJP) réalise chaque année un rapport sur l'Indice de l'État de droit, chargé de mesurer le respect des lois, selon le principe de primauté du droit, quel que soit le niveau de pouvoir dans lequel on se trouve. Sur base de données primaires provenant de 120 000 ménages et de 3 800 enquêtes d'experts dans 126 pays, l'indice d'État de droit dépend de huit facteurs :Cet indice, qui se veut aujourd'hui l'ensemble de données le plus complet en la matière, vient d'être mis à jour. Et les résultats sont loin d'être rassurants... Selon l'organisme, un régime autocratique serait en train de se répandre dans le monde.Parmi les 126 pays étudiés dans le rapport, 64% des pays ont été concernés par ce mouvement vers un régime autocratique au cours de l'année dernière. Mais en 4 ans, c'est la Pologne qui a marqué le tournant le plus significatif vers l'autoritarisme, suivi de la Bosnie-Herzégovine et de la Serbie. Pourtant, la Pologne ne possède pas un si mauvais score en matière d'État de droit, puisque le pays se place en 27e position sur 126. La Belgique, quant à elle, se positionne à la 14e place.Pour la directrice exécutive du WJP, Elizabeth Andersen, cette tendance mondiale à l'autoritarisme doit être considérée avec préoccupation : "Cette chute de l'État de droit en général et de la vérification des pouvoirs gouvernementaux en particulier est extrêmement préoccupante", estime-t-elle. "Il y a une différence cruciale entre "Rule by law" (gouverner par la loi) et "Rule of law" (État de droit). Dans trop de pays, les lois et les institutions juridiques sont manipulées de manière à saper l'autorité de la loi plutôt que de la défendre, alors même que les gouvernements encerclent leurs actions dans une rhétorique de l' "État de droit"".Les auteurs ont remarqué que "les contraintes pesant sur les pouvoirs publics" - à savoir la capacité qu'ont les systèmes judiciaires indépendants, la liberté de la presse et les législatures à exercer un contrôle sur les institutions gouvernementales - ont considérablement diminué dans certains pays (comme la Chine, l'Égypte, la Hongrie, les Philippines, le Sénégal ou même la Turquie). Parmi les reculs les plus importants de l'année dernière, on retrouve notamment la justice pénale, suivie de la transparence du gouvernement et enfin les droits fondamentaux."Ironiquement, l'un des aspects les plus frappants de la dégradation de l'état de droit est qu'elle est appliquée par le biais de lois et d'institutions juridiques. La loi elle-même est détournée et utilisée pour affaiblir les contrôles sur le pouvoir. Même s'ils accumulent de nouveaux pouvoirs, les dirigeants autoritaires justifient cyniquement leurs actions en défendant la primauté du droit. Espérons que l'indice aidera à mettre en lumière ce qui se passe réellement dans l'État de droit dans le monde", estime Elizabeth Andersen.