Mais les mouvements les plus radicaux veulent absolument voir en eux les représentants attitrés de l'Amérique ou des nations européennes, voire les propagateurs des valeurs de progrès et d'esprit critique que les djihadistes, notamment, exècrent.
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Mais les mouvements les plus radicaux veulent absolument voir en eux les représentants attitrés de l'Amérique ou des nations européennes, voire les propagateurs des valeurs de progrès et d'esprit critique que les djihadistes, notamment, exècrent. Leur sort est d'autant plus cruel qu'il y a des lustres que les puissances occidentales ne se mobilisent guère pour les défendre, si bien que partout où ils sont minoritaires, les chrétiens souffrent à la fois d'être des agents de l'étranger aux yeux de leurs voisins directs et des témoins embarrassants pour les pays de l'hémisphère Nord, largement déchristianisés. C'est ainsi que, selon l'ONG protestante Portes ouvertes, 4 305 chrétiens ont été tués pour le fait de croire en 2018, soit 40 % de plus qu'en 2017, sachant que ce chiffre est en augmentation régulière pour la sixième année consécutive. Dans ce triste palmarès, la première place revient au Nigeria, avec un total de 3 731 tués (contre 2 000 en 2017), suivi de la Centrafrique, de la Somalie, du Congo, du Mozambique, de l'Ethiopie et du Soudan du Sud. Autant dire que l'Afrique est devenue la première terre de persécution, alors qu'elle fut longtemps présentée comme le continent d'avenir de l'Eglise de Rome autant que le réservoir de fidèles des mouvements évangéliques. Actuellement, un chrétien sur six est persécuté en Afrique, contre un sur trois en Asie (ce qui inclut le Moyen-Orient et ses propres records). En un an, le nombre d'églises fermées, attaquées, endommagées ou incendiées sur la planète a plus que doublé (de 793 à 1 847) - sans parler du nombre de détentions de croyants qui a triplé. L'un n'excluant pas l'autre, c'est sans doute le dynamisme de la mouvance chrétienne africaine qui vaut aux fidèles tant de maltraitances, de viols et de meurtres. C'est le cas en Algérie, où, devant le succès rencontré par la foi chrétienne et la multiplication des conversions aux idéaux protestants, les autorités sévissent et, soucieuses de donner des gages aux islamistes qui ont ravagé ce pays il y a plus de deux décennies, s'emploient à réprimer les jeunes communautés qui se développent par différents moyens. Cet antichristianisme plus ou moins soft a pour but de contrer un courant de fond propre à l'Algérie, que l'on constate en particulier en Kabylie. A l'opposé, le cas du Nigeria, où musulmans et chrétiens cohabitaient tant bien que mal, démontre qu'un pouvoir central gravement démuni face aux factions djihadistes qui contrôlent une partie du territoire est un danger pour ses propres citoyens - dont il ne peut en aucun cas garantir la sécurité. Les chrétiens nigérians deviennent en effet la cible du redoutable groupe Boko Haram (ce qui signifie " l'Occident est péché ") mais aussi des bergers peuls. Ces derniers, majoritairement musulmans, ont certes connu une période de coexistence pacifique ; mais, d'une part, ils sont désormais travaillés par l'idéologie wahhabite exportée vers l'Afrique par l'Arabie saoudite, d'autre part, ils se trouvent alimentés en armes par les conflits du Mali et de la Libye, qui répandent parmi les populations des moyens de tuer en masse. Qui aurait dit qu'un jour le christianisme, après deux millénaires d'existence, retrouverait les chemins du martyre et de la résistance qui accompagnèrent ses débuts ?