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Le M23 et Kinshasa entrent dans une délicate phase de négociations

La rébellion congolaise du M23, après s’être retirée de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), entre désormais dans des négociations qui s’annoncent difficiles avec Kinshasa, car leur ordre du jour porte déjà à controverse.

Mercredi matin, aucune délégation – ni des autorités congolaises, ni du M23 – n’avait encore pris la route de la capitale ougandaise, Kampala, où les discussions sont censées débuter de façon imminente. « Notre première délégation va quitter (la RDC) demain » jeudi, a indiqué mercredi le chef politique du M23, Jean-Marie Runiga, par téléphone à l’AFP. A condition, notamment, de lever les problèmes de transports, a-t-il précisé: Bunagana, le poste-frontière avec l’Ouganda situé à une centaine de kilomètres de Goma, est fermé, comme l’est aussi encore l’aéroport du chef-lieu de la province minière du Nord-Kivu. « Nous espérons que (les discussions) commenceront dans les prochains jours », a indiqué un responsable ougandais, James Mugume, chef de l’administration du ministère des Affaires étrangères, confirmant « des consultations en cours sur le financement et la logistique » des négociations à venir. M. Runiga a lui-même prévu de rejoindre Kampala « avant la fin de la semaine » et espère que le président de RDC, Joseph Kabila, participera aux négociations. « Le mieux serait que lui-même soit là et qu’il s’engage », a-t-il souligné. Mais l’exercice est difficile pour le chef de l’Etat, Joseph Kabila, affaibli, et dont l’image, estiment les observateurs, serait encore plus écornée par un face à face avec les rebelles. A ce stade, selon des sources au sein de la présidence congolaise, un déplacement de M. Kabila n’est pas prévu.

Une délégation composée de 11 élus, six députés et cinq sénateurs de la majorité présidentielle, est à l’aéroport de Kinshasa prête à partir. Le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, et un vice-président de l’Assemblée nationale devraient les conduire. « Ce qui n’est pas clair, c’est l’agenda de ces négociations, car le M23 semble avoir un agenda très extensible », relève Thierry Vircoulon, de l’International Crisis Group (ICG). Le M23 est essentiellement composé d’ex-rebelles tutsis congolais qui avaient été intégrés à l’armée gouvernementale, les FARDC, après un accord de paix signé le 23 mars 2009 avec Kinshasa. Ils se sont mutinés en avril et combattent depuis les FARDC dans le Nord-Kivu, estimant que ces accords, portant notamment sur leur intégration politique et militaire, n’ont jamais été pleinement respectés. Mais les rebelles n’entendent plus aujourd’hui se satisfaire d’une simple renégociation des accords de 2009. « Kinshasa dit +on parle seulement des accords du 23 mars+ », a noté mercredi M. Runiga. Mais « de notre côté, nous avons prévu de pouvoir parler (…) d’autres questions politiques et juridiques, ayant trait à la défense et à la sécurité, à l’économie et aux finances, au social et au développement ». « Comment on peut se quitter sans avoir parlé des questions qui touchent à l’avenir de notre pays? « , a-t-il lancé. Le 20 novembre, le M23 a réalisé un coup de force en prenant Goma. Le mouvement a accepté de s’en retirer aux termes d’une médiation des pays des Grands Lacs orchestrée par l’Ouganda, qui prévoit, en échange, ces négociations avec Kinshasa. Signe de la tension qui règne encore sur le terrain, la rébellion, qui était censée se retirer sur ses positions initiales à au moins 20 km de Goma, est encore postée aux portes de la capitale régionale.

Sur le terrain et dans les coulisses des négociations, les choses sont rendues d’autant plus compliquées que l’ONU et Kinshasa accusent le Rwanda et l’Ouganda, médiateur en chef, de soutenir la rébellion. Kigali et Kampala s’en défendent, mais un groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU vient de réitérer ces accusations, affirmant que les deux capitales avaient aidé les rebelles à prendre Goma. Quelle que soit l’issue des négociations, il restera à appliquer un éventuel nouvel accord. « Ce qui a pêché la dernière fois était l’absence de mécanisme d’application, avec une mise en oeuvre finalement très biaisée de part et d’autre,  » rappelle M. Vircoulon.
Or, dans cette région en proie depuis des années aux exactions de multiples milices et rébellions, il y a urgence humanitaire. L’ONU estime à 130.000 le nombre de déplacés dans Goma et autour. Mercredi, le pape Benoît XVI a lancé un appel au « dialogue » et à la « réconciliation » en RDC, soulignant le sort tragique de milliers d’habitants « contraints d’abandonner leurs maisons » ou « privés des biens de première nécessité » après des « mois d’affrontements armés et de violences ». « Je demande à la communauté internationale de subvenir aux besoins de la population », a-t-il dit.

Avec Belga


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