Derrière les dernières positions musclées des États-Unis, on retrouvait systématiquement un duo: Pompeo et John Bolton. Car si Trump est convaincu que la menace d'une puissance militaire est le chemin le plus court vers le succès diplomatique, il est aussi un président qui déteste les guerres. Les sujets de discorde entre les deux hommes auront pris trop d'ampleur et Bolton, l'un des deux hommes qui murmuraient des envies va-t-en-guerre au président, vient d'être remercié. Exit donc le faucon ultra qui depuis des décennies, prône une version musclée du America first, l'interventionnisme et qui aimait mettre le feu aux poudres.
...

Derrière les dernières positions musclées des États-Unis, on retrouvait systématiquement un duo: Pompeo et John Bolton. Car si Trump est convaincu que la menace d'une puissance militaire est le chemin le plus court vers le succès diplomatique, il est aussi un président qui déteste les guerres. Les sujets de discorde entre les deux hommes auront pris trop d'ampleur et Bolton, l'un des deux hommes qui murmuraient des envies va-t-en-guerre au président, vient d'être remercié. Exit donc le faucon ultra qui depuis des décennies, prône une version musclée du America first, l'interventionnisme et qui aimait mettre le feu aux poudres. Celui qui a fait ses armes avec les néoconservateurs de l'équipe de George W. Bush au début des années 2000, notamment comme ambassadeur à l'ONU, n'a jamais regretté d'avoir été un des artisans de l'invasion de l'Irak en 2003. Et certains, jusque dans le camp républicain, continuaient de se méfier de ce faucon recruté en mars 2018 à la Maison-Blanche après avoir martelé ses opinions belliqueuses pendant des années sur Fox News, la chaîne préférée du président. Trump et Bolton partageaient plusieurs convictions: un unilatéralisme radical, une défense viscérale de la souveraineté nationale et une critique qui confine à la haine pour les organisations multilatérales comme l'ONU ou la Cour pénale internationale. Ce n'est pas un hasard que la communauté diplomatico-médiatique de Washington a volontiers vu la main du bouillant conseiller aux fines lunettes et à l'épaisse moustache blanche derrière toutes les manigances imputées à l'administration Trump. Au point que certains iront jusqu'à dire "qu'il pouvait tenter de fabriquer une crise de toutes pièces", dit à l'AFP Barbara Slavin, du cercle de réflexion Atlantic Council. Par exemple avec l'Iran. "Le président des États-Unis dit toujours qu'il ne veut pas de nouvelle guerre", "mais John Bolton plaide depuis toujours pour frapper l'Iran", résume-t-elle, en s'interrogeant: "s'agit-il vraiment de la politique étrangère de Trump ou joue-t-il perso?"Une éviction spectaculaire, mais pressentie depuis des mois. Il se murmurait depuis mai, que l'homme avait peut-être perdu l'oreille du président. Le départ de M. Bolton, partisan d'une ligne dure face à l'Iran, intervient dans une période particulièrement délicate dans les relations entre Washington et Téhéran. M. Trump a envoyé sur ce dossier des signaux contradictoires, n'écartant pas la possibilité de rencontrer son homologue iranien Hassan Rohani en marge de l'Assemblée générale de l'ONU dans deux semaines. Le limogeage spectaculaire de cet homme à la réputation de va-t-en-guerre ne marquera pas nécessairement un tournant dans la politique du 45e président des Etats-Unis, qui s'enorgueillit de n'écouter que lui-même. Mais il modifiera incontestablement la dynamique au sein de la "West Wing". "J'ai informé John Bolton hier soir que nous n'avions plus besoin de ses services à la Maison Blanche", a tweeté M. Trump. "J'étais en désaccord avec nombre de ses suggestions, comme d'autres au sein de cette administration". "J'ai demandé à John sa démission, elle m'a été remise ce matin", a ajouté le président, assurant qu'il nommerait son successeur la semaine prochaine.D'un tweet sec, M. Bolton, 70 ans, a présenté une version différente des 24 dernières heures, indiquant qu'il avait proposé au président de lui présenter sa démission lundi soir et que ce dernier lui avait répondu: "Parlons-en demain". Cette annonce est tombée moins de deux heures avant un point de presse, qui avait été annoncé par la Maison Blanche et auquel devait participer M. Bolton en compagnie du secrétaire d'Etat Mike Pompeo. Ce dernier a sauté sur l'occasion pour souligner qu'il avait souvent été en désaccord avec M. Bolton, tout en insistant sur le fait qu'il ne fallait pas s'attendre à un brusque coup de barre. "Je pense qu'aucun dirigeant au monde ne devrait partir du principe qu'à cause d'un départ, la politique étrangère du président Trump va profondément changer", a-t-il déclaré.Pour Téhéran, le départ de M. Bolton est la preuve que la campagne de sanctions contre l'Iran est un échec. "La marginalisation de Bolton et son renvoi ne sont pas un accident, mais un signe clair de la défaite de la stratégie de pression maximale de l'Amérique", a tweeté Hesameddin Ashena, conseiller du président Rohani.Pour le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, cette décision de Donald Trump n'est que "le dernier exemple de sa façon de gouverner par le chaos". Le sénateur républicain Rand Paul a lui salué avec force l'annonce du limogeage de M. Bolton. "Le président a d'excellentes intuitions sur la politique étrangère et sur la nécessité de mettre fin à nos guerres sans fin", a-t-il tweeté. "Il devrait être conseillé par ceux qui partagent sa vision". "Depuis le début, deux voix murmuraient à l'oreille de Donald Trump: celle recommandant la diplomatie et mettant en garde contre le conflit, et celle poussant à la belligérance et mettant en garde contre le risque d'apparaître faible", résumait Robert Malley, président de l'International Crisis Group. "Avec le départ de Bolton, la deuxième a incontestablement perdu son principal avocat. Cela pourrait créer de nouvelles opportunités diplomatiques sur l'Iran, l'Afghanistan, la Corée du Nord et le Venezuela. Espérons que le président les saisira".Néanmoins les avis divergent sur le rôle réel du "National Security Advisor" -- poste hautement stratégique dans la mise en oeuvre de la politique étrangère des États-Unis. "John Bolton n'avait pas tant d'influence que ça", nuance un diplomate européen, estimant que Donald Trump est "le seul qui compte" au moment des choix. Selon lui, "Bolton a montré qu'il était prêt à travailler pour un président qui est prêt à négocier avec la moitié de la planète" qu'il voulait lui-même "bombarder". John Bolton semble en fait vouloir pousser à l'extrême la doctrine officielle en matière de sécurité nationale, "la paix par la force", quitte à aller plus loin que Donald Trump. Avec le risque que l'escalade ne dégénère en conflit. Par exemple, pour entre autre l'Iran, le conseil de Bolton est depuis des années : le seul moyen d'empêcher une bombe nucléaire iranienne est de bombarder l'Iran. Dans un article d'opinion paru dans le Wall Street Journal, il a rêvé à haute voix de renverser le régime iranien.. Sauf qu'à la différence de Bolton qui voulait résoudre tous les problèmes par un changement de régime, si nécessaire par la force, Trump n'est pas un fervent défenseur des interventions militaires. Le président isolationniste a en effet promis de se désengager des "conflits interminables" jugés trop coûteux. "John est très bon. John a une vision très dure des choses, mais ça va", a-t-il lâché. "En fait, c'est moi qui modère John, ce qui est assez incroyable n'est-ce pas", a même plaisanté l'homme d'affaires, peu connu pour sa propre modération. Avant de donner la clé de cette étrange cohabitation: "J'ai John, et j'ai d'autres gens qui sont davantage des colombes que lui. Et in fine, je prends les décisions". Une chose qu'il vient encore de prouver avec la répudiation tonitruante de Bolton. Celle-ci intervient néanmoins suite à un nombre croissant de désaccords. Si Donald Trump est plutôt habitué à ce que ses collaborateurs acquiescent face à ses soudains revirements politiques, John Bolton pouvait quant à lui faire valoir des décennies d'expérience à Washington, et avait peu à perdre en quittant son poste. Voici quelques-uns des principaux sujets de discorde entre les deux hommes:Donald Trump a annoncé samedi, à la surprise générale, qu'il avait invité des dirigeants des talibans dans sa résidence de Camp David, haut lieu de la diplomatie américaine, afin de discuter d'un accord permettant le retrait de milliers de soldats américains d'Afghanistan. Des discussions inimaginables pour John Bolton, même si Donald Trump a simultanément annoncé avoir annulé cette rencontre, invoquant une attaque ayant coûté la vie à un soldat américain. L'ancien conseiller a fermement soutenu le déploiement militaire à la fois en Irak et en Afghanistan sous l'ancien président George W. Bush, et critique depuis toujours toutes concessions faites aux adversaires. Selon le Washington Post, les tensions sur ce dossier se sont aggravées au point que l'émissaire américain pour l'Afghanistan, Zalmay Khalilzad, aurait refusé de partager sa proposition d'accord avec M. Bolton par peur qu'il ne la saborde. Donald Trump a plus tard dit mettre fin "pour de bon" aux négociations avec les talibans.John Bolton est depuis longtemps sur une ligne dure face à Téhéran. En 2015, il avait publié une tribune dans le New York Times sous le titre: "Pour arrêter l'Iran, il faut bombarder l'Iran".Peu après l'entrée en fonction de M. Bolton, Donald Trump s'est retiré de l'accord international sur le nucléaire iranien, négocié par son prédécesseur Barack Obama, et a imposé de nouvelles sanctions au pays.Mais le locataire de la Maison Blanche fait de plus en plus savoir qu'il reste ouvert à la voie diplomatique. Il est par exemple apparu favorable à une proposition de la France visant à accorder une "ligne de crédit" à Téhéran, et s'est dit prêt à rencontrer son homologue iranien Hassan Rohani "sans conditions préalables". John Bolton est également connu pour sa position inflexible à l'égard de la Corée du Nord. Peu avant sa nomination, il avait écrit dans le Wall Street Journal qu'il serait légitime que les Etats-Unis y conduisent des frappes préventives. Sa condamnation du régime nord-coréen remonte à loin, ce qui lui avait valu d'être qualifié en 2003, alors qu'il était en poste au département d'Etat américain, de "déchet humain" par Pyongyang. Lui-même avait qualifié le leader de l'époque, Kim Jong Il, de "dictateur tyrannique". John Bolton a néanmoins accompagné Donald Trump lors de deux sommets avec le dirigeant nord-coréen actuel, Kim Jong Un, à Singapour puis à Hanoï, où il a pressé le président américain de ne pas conclure d'accord sans engagements forts de Pyongyang. Lors d'une troisième rencontre surprise entre les deux dirigeants dans la Zone démilitarisée entre les deux Corées en juin, John Bolton se trouvait à distance, en Mongolie. John Bolton a encouragé l'un des mouvements diplomatiques les plus importants de Donald Trump, visant à chasser du pouvoir le président vénézuélien Nicolas Maduro, dans un pays en situation de crise économique grave.Mais le conseiller américain se retrouve finalement éloigné du pouvoir avant le dirigeant vénézuélien, qui a toujours le soutien de l'armée de son pays plus d'une demi-année après que les Etats-Unis, aux côtés de nombreux autres pays, l'ont déclaré illégitime. Donald Trump s'exprime de moins en moins sur le Venezuela, et selon de nombreuses informations de presse, il aurait blâmé John Bolton en privé pour avoir surestimé la facilité avec laquelle le leader de l'opposition vénézuélienne, Juan Guaido, était en mesure de s'imposer au pouvoir.