C'est évidemment un problème social qui touche à " l'essence même de la légitimité de la société à laquelle nous appartenons " (Jules Ferry). Mais c'est aussi un problème économique. Les analyses de l'OCDE montrent que les inégalités ont non seulement des conséquences sociales, plus ou moins acceptables selon les appartenances politiques (mieux tolérées à droite, davantage rejetées à gauche), mais elles ont aussi un impact négatif sur la croissance économique. Ainsi, une augmentation des inégalités de 0,3 du coefficient Gini (1) - ce qui a été observé en moyenne ces vingt-cinq dernières années dans les pays de ...

C'est évidemment un problème social qui touche à " l'essence même de la légitimité de la société à laquelle nous appartenons " (Jules Ferry). Mais c'est aussi un problème économique. Les analyses de l'OCDE montrent que les inégalités ont non seulement des conséquences sociales, plus ou moins acceptables selon les appartenances politiques (mieux tolérées à droite, davantage rejetées à gauche), mais elles ont aussi un impact négatif sur la croissance économique. Ainsi, une augmentation des inégalités de 0,3 du coefficient Gini (1) - ce qui a été observé en moyenne ces vingt-cinq dernières années dans les pays de l'OCDE - ferait perdre 0,35 point de croissance par an sur vingt-cinq ans, soit une perte cumulée de PIB de 8,5 %. D'où la conclusion tirée par les économistes de l'OCDE (qui ne peuvent sûrement pas être taxés de gauchisme) : " Des politiques uniquement axées sur la croissance, reposant sur l'idée que cette dernière bénéficiera automatiquement à tous les segments de population, pourraient en réalité compromettre la croissance à long terme dans la mesure où les inégalités s'accroîtront. " La cause principale de l'augmentation des inégalités est la baisse globale de la part des revenus du travail dans la valeur ajoutée des entreprises qui a eu lieu dans la plupart des pays industrialisés. Selon une étude récente MIT-Harvard, cela est dû au fait que des " sociétés superstars ", cumulant grandes parts de marché et profits élevés, ont pris une importance croissante dans l'économie. La petite minorité qui détient ou dirige ces " superstars " (actionnaires et management) devient donc de plus en plus riche. C'est à cette petite minorité que le président Macron a fait un beau cadeau en supprimant l'impôt sur la fortune mobilière. Le pouvoir de marché de ces " superstars " est tel qu'elles peuvent influencer les prix. Cela explique pourquoi on assiste à des fusions entre firmes dominantes, même lorsqu'on ne s'attend plus à des économies d'échelle dans la production. Il s'agit plus de conforter la rente que d'augmenter la productivité. Alors, quels remèdes ? Utiliser de manière plus déterminée le droit de la concurrence pour lutter contre les abus de position dominante (ce que fait la commissaire européenne Margrethe Vestager) ; réformer la fiscalité pour la rendre plus redistributive en prenant mieux en compte les revenus du capital et en s'attaquant à l'" optimisation fiscale " offshore ; renforcer l'accès de tous aux services publics d'éducation, de formation et de soins de qualité. Ces remèdes sont connus. Mais qui va les appliquer ? Les superriches ne le feront pas spontanément. Les responsables politiques qui sont proches d'eux, parce qu'ils financent leurs campagnes électorales ou parce qu'ils flattent leur côté bling-bling, non plus. Il reste à espérer que nos démocraties fonctionnent encore suffisamment bien pour permettre à des politiques indépendants des puissances d'argent d'appliquer ces remèdes anti-inégalités.