Le gouvernement nationaliste indien du Premier ministre Narendra Modi avait déjà révoqué, en août dernier, le statut d'autonomie du Cachemire, une région disputée par le Pakistan et majoritairement musulmane. Depuis décembre, il a engagé une épreuve de force plus ciblée encore contre les fidèles de cette confession (quelque 14 % de la population) en édictant une loi facilitant l'accès à la nationalité des immigrés non musulmans du Bangladesh et du Pakistan, les deux Etats issus de la partition par étapes de l'Empire des Indes, et d'Afghanistan.
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Le gouvernement nationaliste indien du Premier ministre Narendra Modi avait déjà révoqué, en août dernier, le statut d'autonomie du Cachemire, une région disputée par le Pakistan et majoritairement musulmane. Depuis décembre, il a engagé une épreuve de force plus ciblée encore contre les fidèles de cette confession (quelque 14 % de la population) en édictant une loi facilitant l'accès à la nationalité des immigrés non musulmans du Bangladesh et du Pakistan, les deux Etats issus de la partition par étapes de l'Empire des Indes, et d'Afghanistan. La mesure a suscité la colère de l'opposition au niveau fédéral, des dirigeants des Etats fédérés principalement concernés et de quelques célébrités de la littérature indienne et de Bollywood. Narendra Modi et son ministre de l'Intérieur Amit Shah sont soupçonnés de vouloir traduire dans les faits une politique de l'hindouité qu'ils ont eu le temps de mûrir ensemble lorsqu'ils appartenaient tous deux au groupe hindouiste d'extrême droite du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). D'autant qu'un recensement prévu dans le cadre de l'actualisation du Registre national de population doit commencer en avril prochain et pourrait également servir leurs intentions. La persistance et l'ampleur de la contestation pourraient cependant les réfréner. Des élections législatives locales ont lieu le 8 février prochain à New Delhi et pourraient constituer un test de l'adhésion publique aux projets du Parti du peuple indien (BJP) au pouvoir. Hors d'Inde, la politique discriminatoire de Narendra Modi n'a pas suscité de grandes vagues de protestations. Ce n'est plus une surprise. Le pouvoir chinois mène, depuis le début des années 2010, une répression sophistiquée et de grande ampleur contre les Ouïghours, population musulmane résidant principalement dans la province du Xinjiang (nord-ouest du pays), sans s'attirer pour autant les foudres de la communauté internationale. Un million de citoyens auraient été détenus dans des centres de rééducation, benoîtement renommés " centres de formation professionnelle " par Pékin. Et il a fallu un tweet dénonciateur d'un joueur de football, l'Allemand d'origine turque Mesut Ozil, pour attirer l'attention sur leur sort et... clore rapidement le débat. Son club anglais d'Arsenal a mesuré son soutien à la démarche, intérêts financiers en Chine obligent, à l'image de la norme, pour raisons similaires, des réactions des dirigeants occidentaux envers Pékin et New Delhi. Une même indifférence générale avait prévalu lorsque furent révélées, à partir de 2016, les exactions commises par le régime birman contre la minorité musulmane des Rohingyas. Le Myanmar n'était pourtant pas un géant économique. Là aussi, il fallut une initiative privée, personnalisée par l'acteur Omar Sy, pour réveiller quelque peu les consciences et rendre le quotidien des réfugiés au Bangladesh moins insoutenable. " Les musulmans restent silencieux. On n'entend pas leurs voix ", a déploré Mesut Ozil à propos des Ouïghours chinois. On peut réitérer le reproche dans les dossiers birman et indien. L'Asie abrite pourtant le monde arabe, la puissance perse, et les deux pays de la planète qui comptent le plus de musulmans, l'Indonésie et le Pakistan. La solidarité ne serait-elle plus musulmane ?