Quelques mois après la libération de l'irakienne Mossoul (juillet 2017) et de la syrienne Raqqa (octobre 2017), les deux " capitales " du califat de Daech, la connaissance de ce qu'a été le proto-Etat islamiste pendant les quelque quatre ans d'occupation par les djihadistes reste parcellaire. Deux ouvrages de parution récente aident cependant à s'en faire une idée plus précise. Dans L'Etat islamique de Mossoul (La Découverte, 284 p.), la journaliste du Monde Hélène Sallon donne les clés de la rapidité de la chute de la deuxième ville d'Irak en juin 2014. Le souvenir de l'invasion américaine de 2003, l'humiliation de la politique prochiite menée par l'ancien Premier ministre Nouri ...

Quelques mois après la libération de l'irakienne Mossoul (juillet 2017) et de la syrienne Raqqa (octobre 2017), les deux " capitales " du califat de Daech, la connaissance de ce qu'a été le proto-Etat islamiste pendant les quelque quatre ans d'occupation par les djihadistes reste parcellaire. Deux ouvrages de parution récente aident cependant à s'en faire une idée plus précise. Dans L'Etat islamique de Mossoul (La Découverte, 284 p.), la journaliste du Monde Hélène Sallon donne les clés de la rapidité de la chute de la deuxième ville d'Irak en juin 2014. Le souvenir de l'invasion américaine de 2003, l'humiliation de la politique prochiite menée par l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et l'attraction exercée dans le contexte des printemps arabes par Daech ont favorisé la victoire éclair du groupe sunnite. L'auteure y ajoute " le conflit social et les enjeux de pouvoir entre les citadins d'une part, les hommes de tribus et les "villageois" qui ont migré à Mossoul depuis les années 1980, d'autre part ". Ceux-ci vont constituer le vivier des sympathisants de l'Etat islamique. Aux premiers jours du califat, en tout cas. Les hommes de l'Etat islamique sont bien accueillis par la majorité sunnite de l'ancienne Ninive. Ils rétablissent dans un premier temps l'ordre et la fonctionnalité des services publics. Mais rapidement, l'édiction d'une " constitution de la ville " impose à la population " interdits, taxes et exécutions ". La conjoncture s'aggrave encore mi-2015 quand le gouvernement de Bagdad suspend les salaires qu'il a continué à verser aux fonctionnaires.La paupérisation, les difficultés accrues d'approvisionnement et le poids d'" une administration tentaculaire, centralisée, pointilleuse [...] pour régenter tous les aspects de la vie " finissent de sceller une rupture entre les dirigeants de Daech et la population. D'autant que " le souci d'équité affiché par l'Etat islamique souffre [...] aux yeux des habitants, d'un sérieux écueil au vu du traitement particulier réservé aux combattants et à leur famille. Ces derniers reçoivent une myriade de services gratuits, qui vont du logement aux soins médicaux ". Ces privilèges conjugués aux violences exercées souvent publiquement pour punir toute infraction aux " bonnes moeurs islamistes " (l'adultère, l'homosexualité... mais aussi l'habillement non conforme ou le fait de fumer) accroissent la peur et le rejet des cadres de l'Etat islamique. Cet état d'esprit évolutif de la population est confirmé par les témoignages d'anciens agents du groupe islamiste dans les villes syriennes de Raqqa et de Deir ez-Zor publiés dans Daesh, paroles de déserteurs (Gallimard, 180 p.) recueillis par les reporters et réalisateurs Thomas Dandois et François-Xavier Trégan. " Je passais la moitié de mon temps à rassurer les gens, juste pour leur faire comprendre que je n'allais pas leur faire de mal. Les gens étaient terrorisés ", reconnaît Abou Ali. Avec une apparente sincérité, les déserteurs, pour la plupart accueillis en Turquie après avoir bénéficié de l'aide d'une cellule d'exfiltration de la rébellion de l'Armée syrienne libre, dénoncent le " système Daech " fondé sur la corruption généralisée, la violence et la peur. Les deux ouvrages documentent en particulier la cruauté à l'encontre des chrétiens, des femmes et des enfants. Au point qu'un des témoins en vient à s'interroger : " Où est l'islam quand on égorge un enfant, quand on égorge une femme ? "