Parmi les indicateurs qui jaugent la santé d'une économie au niveau national, le Produit intérieur brut (PIB) fait office de grand classique. Une mesure plus discrète pourrait pourtant devenir la "mesure de l'avenir", selon The Independent. Les Etats commencent à prendre les "Happiness Ranking", des classements mesurant le bonheur dans le pays, au sérieux, au point de prendre en compte les statistiques liées au bien-être dans leur politique.
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Parmi les indicateurs qui jaugent la santé d'une économie au niveau national, le Produit intérieur brut (PIB) fait office de grand classique. Une mesure plus discrète pourrait pourtant devenir la "mesure de l'avenir", selon The Independent. Les Etats commencent à prendre les "Happiness Ranking", des classements mesurant le bonheur dans le pays, au sérieux, au point de prendre en compte les statistiques liées au bien-être dans leur politique. La Nouvelle-Zélande, par exemple, a récemment annoncé que son budget 2019 rendrait compte de l'impact des dépenses nationales sur le bien-être. Grâce aux données, les autorités municipales développent davantage d'approches "intelligentes" pour mesurer le bonheur. Aux Emirats arabes unis, le gouvernement a également lancé une initiative technologique visant à évaluer la performance des gestionnaires de villes en fonction du gain de bonheur par fonds dépensés. De quoi soutenir ce nouveau champ académique que sont les "études sur le bonheur", érigées au rang des sciences crédibles depuis le début du 21e siècle. Le domaine devait initialement regrouper les différents points de vue provenant de la philosophie, de la psychologie, de la sociologie, de la santé, de la culture et des arts afin de déterminer dans quelle mesure les gens étaient satisfaits de leur vie et la manière dont ils évaluaient leur propre bien-être. Les psychologues, plus souvent confrontées aux thématiques des troubles et des dépressions, ont souhaité s'intéresser à cette psychologie positive. L'idée que le bonheur et le bien-être peuvent être quantifiés et cartographiés ne fait désormais plus l'ombre d'un doute. Depuis 2012, l'ONU établit "World Happiness Report". Cette enquête mondiale demande aux gens d'évaluer leur ressenti vis-à-vis de leur vie sur une échelle allant de zéro à dix. Le haut du classement est généralement occupé par les pays nordiques. Même si la notion de bonheur est immatérielle et peut difficilement être chiffrée, cette nouvelle approche gagne en popularité dans certains gouvernements qui veulent penser au-delà de la croissance économique comme mesure de progrès d'une société. Et si le modèle économique actuel s'appuyait, aussi, sur le bien-être ? L'idée semble en tout cas gagner de plus en plus de terrain. Une chose préoccupe cependant les spécialistes : si nous en savons de plus en plus sur le bonheur, les niveaux d'inégalités et le bien-être dans son ensemble ne s'améliorent pas. Le concept aurait-il déjà atteint ses limites ? Les économistes comportementaux ont une grande influence sur l'inscription des études sur le bonheur à l'ordre du jour des politiques à l'échelle mondiale. Mais pour mesurer réellement le bonheur, et avoir une chance de pouvoir améliorer les statistiques, il faut le redéfinir en tant que comportement observable, quelque chose qui ne concerne pas uniquement les aspects mentaux des individus, mais qui est également lié à quelque chose de plus externe, à des circonstances. Mais les économistes qui travaillent sur ces études sur le bonheur sont également intéressés par l'utilisation de données neuroscientifiques et génétiques fiables pour fournir des mesures objectives et comparables. Les définitions comportementales du bonheur comprennent donc de nombreuses limites, ainsi que des points de frictions entre les différents acteurs, comme l'influence de la culture et du contexte sur nos perceptions intérieures et extérieures. Ici encore, il convient de s'intéresser à l'intérieur, au niveau biologique notamment, pour définir réellement le concept de "bonheur". Un concept de bonheur qui peut varier selon le système d'évaluation et de notation utilisé. Les économistes et les psychologues s'interrogent par ailleurs : peut-on réellement considérer, simplement, le bonheur comme "l'opposé de la dépression" ? La réalité est plus complexe, car les personnes vivant avec des problèmes de santé au niveau mental peuvent tout à fait se déclarer heureuses. Et parmi les nations les mieux classées au niveau du bonheur, les pays nordiques notamment, on peut retrouver un taux élevé de suicide, ce qui constitue un certain paradoxe. L'article publié sur The Independent pointe également un autre paradoxe : la création de circonstances propices au bien-être peut en fait être motivée par un sentiment d'insatisfaction ou de mécontentement face au statu quo. Par exemple, les personnes les moins heureuses sont plus enclines à être politiquement actives. Pas étonnant donc que l'augmentation des connaissances scientifiques sur le bonheur n'ait pas encore conduit à des changements sociaux significatifs. Pour devenir une donnée significative, efficace et fiable, les limites doivent servir désormais à façonner l'avenir de ces études sur le bonheur, ainsi que les politiques liées au bien-être. Suivre l'évolution du "bonheur" est une bonne chose, mais avant qu'elle ne puisse déterminer la manière dont nous sommes gouvernés, nous devons d'abord comprendre ce qui arrive à notre bonheur et ce que cela implique lorsqu'il devient une émotion à cartographier, mesurer et gérer.