Parallèlement à cette annonce, le vice-président américain Mike Pence a promis que les Etats-Unis continueront à lutter contre "les vestiges de l'EI" à long terme, malgré le retrait annoncé des 2.000 soldats américains de Syrie.

"Dans un laps de temps très court, qui ne durera pas plus que quelques jours, nous annoncerons officiellement la fin de l'existence de l'EI", a déclaré le commandant de la force arabo-kurde, Jia Furat, lors d'une conférence de presse sur la base d'Al-Omar, près du front.

Selon ce commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), les jihadistes sont désormais assiégés "dans un quartier (dont la surface) est estimée à 700 mètres de long sur 700 mètres de large", soit un demi kilomètre carré dans le village de Baghouz, aux confins de l'est syrien.

Après sa montée en puissance en 2014, l'EI avait établi un "califat" sur un territoire vaste comme la Grande-Bretagne à cheval sur l'Irak et la Syrie. Les jihadistes y avaient établi leur propre administration, exécutant et torturant ceux qui ne respectaient pas leur loi de fer et fomentant des attentats meurtriers y compris à l'étranger.

Les FDS et la coalition internationale antijihadistes menée par les Etats-Unis qui les appuie, ont reconnu samedi que la présence de "nombreux civils" ralentit leur progression.

- "Boucliers humains" -

Vendredi, le président américain Donald Trump avait laissé entendre une victoire imminente. "Nous avons beaucoup d'annonces formidables en lien avec (...) notre succès dans l'éradication du califat et cela sera annoncé dans les 24 heures".

Mais "il y a toujours de nombreux civils à l'intérieur" du réduit de l'EI "et c'est une surprise de taille", a indiqué à l'AFP, Adnane Afrine, porte-parole des FDS.

"Nous ne nous attendions pas à un tel nombre (...) c'est pour cela que (l'opération) a été ralentie", a-t-il ajouté.

"Des centaines de civils continuent de fuir et ceux qui ont pu s'échapper racontent que l'EI les utilise comme boucliers humains", a affirmé à l'AFP un porte-parole de la coalition antijihadistes, le colonel Sean Ryan. Les frappes aériennes ont été "réduites pour aider à la protection de ces civils", a-t-il ajouté.

Depuis le lancement en décembre de l'offensive des FDS pour éradiquer la dernière poche du "califat", près de 40.000 personnes ont fui la zone des combats.

Parmi eux de nombreux membres des familles de jihadistes, dont des Français, des Allemands, des Russes, des Ukrainiens et de nombreux Irakiens, ont constaté des journalistes de l'AFP.

- Etrangers jusqu'au-boutistes -

"Il y a une scission entre les combattants jihadistes locaux et étrangers sur le terrain. Les jihadistes locaux veulent abandonner tandis que les étrangers empêchent toute reddition", a indiqué à l'AFP M. Afrine.

Des "Irakiens, des Turcs et des Européens" dont des Français, ainsi que des Egyptiens et des Libyens, sont encore présents dans le réduit, selon ce porte-parole des FDS.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les FDS continuent de passer au peigne fin les vergers des alentours de Baghouz "à la recherche de combattants de l'EI dissimulés dans des tunnels".

Les FDS doivent "déminer et rester attentifs aux combattants de l'EI qui pourraient se faire exploser ou attaquer leurs positions avec des voitures ou motos bourrées d'explosifs", selon le colonel Ryan.

Environ 440 jihadistes se sont rendus au cours des deux derniers jours, selon l'OSDH, mais ce chiffre n'a pas pu être confirmé auprès des FDS.

"Nous sommes en train de voir comment en finir avec ces tunnels, soit les sceller soit les faire exploser", a expliqué M. Afrine.

Le porte-parole des FDS a par ailleurs affirmé que certains membres de cette force arabo-kurde avaient été pris "en otage" par les jihadistes.

Les personnes sortant du réduit jihadiste sont fouillées et interrogées à la recherche de jihadistes potentiels. Les civils sont ensuite envoyés dans des camps de déplacés dans le nord de la Syrie.

- Traque continue -

Les FDS ont précisé qu'elles tentaient également d'identifier les jihadistes morts.

Le commandant des artilleurs français appuyant les FDS a affirmé dans un article que la victoire aurait pu être obtenue avec moins de destructions si les Occidentaux avaient engagé des troupes au sol.

La bataille contre l'EI n'est qu'un des fronts de la guerre en Syrie qui a éclaté en 2011 après la répression par le régime de manifestations prodémocratie. Ce conflit s'est complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et a fait plus de 360.000 morts.

Mais, mettent en garde des experts, même en cas de défaite dans leur dernier réduit, l'EI qui a des jihadistes présents dans certains points du désert syrien, a des cellules dormantes qu'elle pourrait activer.

"Les Etats-Unis garderont une forte présence dans la région" et "continueront de traquer les vestiges de l'EI, partout et à chaque fois qu'ils sortiront leur sale tête", a assuré samedi Mike Pence à Munich.