La crainte du discrédit international n'a pas effleuré Donald Trump quand il a annoncé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, lui délivrant de facto un blanc-seing pour une offensive militaire contre les désormais ex-alliés des Etats-Unis, ces Kurdes de Syrie qui furent le fer de lance de la reconquête de la partie syrienne du sinistre califat de Daech. Le président n'avait en tête que le respect d'une promesse politique, sortir les soldats américains de " ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales ". Peu importent les conséquences et le mépris ainsi affiché à la face du monde par la première p...

La crainte du discrédit international n'a pas effleuré Donald Trump quand il a annoncé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, lui délivrant de facto un blanc-seing pour une offensive militaire contre les désormais ex-alliés des Etats-Unis, ces Kurdes de Syrie qui furent le fer de lance de la reconquête de la partie syrienne du sinistre califat de Daech. Le président n'avait en tête que le respect d'une promesse politique, sortir les soldats américains de " ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales ". Peu importent les conséquences et le mépris ainsi affiché à la face du monde par la première puissance mondiale. Les thuriféraires du milliardaire pourront arguer que celui-ci n'a pas tardé à reculer, à agiter le bâton après la carotte et à imposer des sanctions économiques à la Turquie pour tenter de contenir ses intentions belliqueuses. Le mal est incontestablement fait. Il a plusieurs répercussions. Morale : le déshonneur de la trahison d'un allié. Le Parti de l'union démocratique (PYD) et son bras armé, les YPG (Unités de protection du peuple), ne sont pas les parangons de vertu dont certains véhiculent complaisamment l'image en Europe. En témoignent leurs rapports tendus avec les populations arabes et avec les communautés chrétiennes dans leur Rojava " autonome ". Mais il n'en demeure pas moins qu'ils ont joué un rôle majeur dans la défaite de l'Etat islamique en Syrie et qu'à l'aune des standards dans le Moyen-Orient " arabe ", leur respect des droits humains marque un progrès. Répercussion stratégique aussi : la décision de Donald Trump renforce la position de Bachar al-Assad et de la Russie. Les Etats-Unis renonçant, avec l'abandon des Kurdes, au dernier levier d'action qu'ils conservaient en Syrie, ils ont ouvert la voie à une alliance, vouée à la sujétion, des YPG avec le régime de Damas. Cette reconquête de la partie nord de la Syrie qui échappait à leur contrôle autorise Bachar al-Assad et son partenaire Vladimir Poutine à revendiquer un peu plus encore la victoire dans cette guerre de Syrie dont le premier a pourtant été le principal responsable.Conséquence sécuritaire enfin : les affrontements turco-kurdes accroissent le risque très pragmatique de fuite des djihadistes détenus par les YPG et attisent la crainte, à ce stade fantasmée, de la résurgence d'un foyer d'activisme islamiste susceptible de se projeter en Europe, comme au temps des attentats de Paris et de Bruxelles. Cette menace renvoie les Européens à leur inaction et à leur hypocrisie. Ils s'inquiètent tardivement et dans l'urgence de leurs nationaux extrémistes alors qu'ils auraient pu en régler le sort de manière ordonnée depuis la chute de Raqqa, le fief de Daech, à la fin de 2017. Le cynisme de la diplomatie est tel que face au moyen de pression sur les Occidentaux dont disposaient les Turcs (les millions de réfugiés syriens retenus sur leur territoire), celui des Kurdes de Syrie (les centaines de djihadistes étrangers détenus) a été de peu de poids dans les arbitrages sur l'avenir de la région. Le pouvoir de Recep Tayyip Erdogan, porté par la fièvre nationaliste, en sort renforcé. Celui des Kurdes de Syrie s'en trouve affaibli. Deux évolutions qui réduisent corollairement l'influence, que l'on escompte démocratiquement bénéfique, des Européens au Proche-Orient. Merci, monsieur Trump.