Au Moyen-Orient, le christianisme est en train d'être éradiqué - et l'Occident s'en fiche. Alors que la population africaine explose, l'Europe, en déclin démographique, se transforme en gériatrie à ciel ouvert - et le monde politique reste muet. En Asie, grâce aux capitaux occidentaux, la Chine devient le nouvel hégémon mondial - et personne n'agit. Le parlementarisme n'est plus soutenu que par un quart des citoyens européens - et tout le monde l'ignore. En Belgique, plus de 90 % des citoyens estiment que nous fonçons " droit dans le mur " - et on fait comme si c'était normal. Les océan...

Au Moyen-Orient, le christianisme est en train d'être éradiqué - et l'Occident s'en fiche. Alors que la population africaine explose, l'Europe, en déclin démographique, se transforme en gériatrie à ciel ouvert - et le monde politique reste muet. En Asie, grâce aux capitaux occidentaux, la Chine devient le nouvel hégémon mondial - et personne n'agit. Le parlementarisme n'est plus soutenu que par un quart des citoyens européens - et tout le monde l'ignore. En Belgique, plus de 90 % des citoyens estiment que nous fonçons " droit dans le mur " - et on fait comme si c'était normal. Les océans se noient dans les déchets - et aucune mesure sérieuse n'est prise. Notre système éducatif, jadis à la pointe du progrès, est en pleine décomposition - et le pédagogisme moderne fait tout pour enfoncer le clou. Dans tous les parlements européens, la montée des extrémistes traduit un mécontentement civil fondamental - et les gouvernements ne pensent qu'à prolonger l'agonie par l'inaction. Bref, tout va très bien, madame la marquise, et il est difficile de ne pas comparer la crise des temps présents aux dernières années d'avant la Première Guerre mondiale, comme les décrit si magistralement Robert Musil dans son roman L'Homme sans qualités, tableau de la société austro-hongroise de l'an 1913 qui, comme la nôtre, " ne subsistait plus que par la force de l'habitude ". Le protagoniste se trouve au coeur d'une commission surréaliste chargée de préparer la célébration, en 1918, du 70e anniversaire de l'ascension au trône de l'empereur François-Joseph en tentant de formuler la " grande idée " du règne. Mais malgré la bonne volonté de tous les participants, l'initiative s'enlise rapidement : l'écart entre réalité et idéal, entre modernité et tradition est trop important, la peur d'offenser des minorités trop grande, l'inertie institutionnelle trop invétérée, la volonté des participants de sacrifier une partie de leurs propres intérêts trop faible... Dès lors, l'éclatement de la guerre paraît comme l'orage rédempteur balayant les nombreuses contradictions internes d'une société ayant perdu à la fois le sens des réalités et la volonté de survivre, et crée enfin les conditions propres à l'émergence de la société " moderne " - cette société dont nous assistons aux derniers soubresauts. Car ne nous voilons pas la face : l'inertie institutionnalisée, le " bricolage " administratif, le " je-m'enfoutisme " général, le total manque de confiance dans le futur - tout cela n'est rien d'autre que le symptôme classique d'une situation de " fin de règne " où tout le monde attend enfin la mort d'un souverain moribond, sans pour autant avoir l'indélicatesse de proclamer trop tôt son successeur. Mais voilà le dilemme : à force d'attendre trop, on risque de voir non seulement toute une cour, mais parfois aussi toute une société balayée...