"Nous ne pouvons jamais nous laisser refuser l'accès à la Mer baltique. Et nous devons dissuader le recours à l'agressivité", a déclaré le vice-amiral américain Christopher Grady. Je lui ai parlé la semaine dernière quand il est entré en Mer baltique avec une flotte de cinquante navires. Il est effectivement important que les pays occidentaux fassent comprendre clairement qu'ils ne toléreront pas d'agressivité à l'égard des états baltes. À cet égard, l'opération de l'OTAN était un signal fort. Cependant, la diplomatie doit également faire son travail. Ces derniers mois, j'ai parcouru une grande partie de la région. J'ai eu l'impression que les Russes n'avaient pas l'intention de pousser la situation à outrance, ce qui laisse la porte ouverte au dialogue.
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"Nous ne pouvons jamais nous laisser refuser l'accès à la Mer baltique. Et nous devons dissuader le recours à l'agressivité", a déclaré le vice-amiral américain Christopher Grady. Je lui ai parlé la semaine dernière quand il est entré en Mer baltique avec une flotte de cinquante navires. Il est effectivement important que les pays occidentaux fassent comprendre clairement qu'ils ne toléreront pas d'agressivité à l'égard des états baltes. À cet égard, l'opération de l'OTAN était un signal fort. Cependant, la diplomatie doit également faire son travail. Ces derniers mois, j'ai parcouru une grande partie de la région. J'ai eu l'impression que les Russes n'avaient pas l'intention de pousser la situation à outrance, ce qui laisse la porte ouverte au dialogue. BALTOPS, l'exercice international à grande échelle en Mer baltique, n'a pas été créé pour rien. Après l'intervention russe en Géorgie et en Ukraine, la peur d'une ingérence russe dans les états baltes a augmenté. Le fait que les Russes aient placé des fusées modernes à Kaliningrad, qu'ils aient stimulé des attaques sur les pays proches et qu'ils aient renforcé leur soutien aux minorités russes a conforté les états baltes dans leurs craintes. Cependant, le contexte est complexe. Nous critiquons les Russes pour l'annexion de la Crimée ; les Russes dénoncent le soutien occidental en faveur d'indépendance du Kosovo. Nous critiquons le roulement de mécaniques en Europe de l'Est et en Syrie ; ils renvoient à l'Irak et la Libye. Les Baltes attirent l'attention sur l'expansion, dans le passé, de l'Union soviétique et du processus d'indépendance russe ; les Russes évoquent l'agrandissement de l'OTAN et le retrait américain du traité ABM qui muselle les systèmes de défense contre les missiles nucléaires. Qui porte la plus grande responsabilité des tensions dans la région? Après des dizaines d'entretiens, je ne le sais toujours pas vraiment. Tout comme les petits états baltes sont inquiets de l'influence de la Russie, la vulnérable Russie s'inquiète de l'influence de l'Occident. Je n'ai pas vu d'indications non plus que les Russes voulaient laisser dégénérer la situation. À l'exception de la présence d'un petit bateau de patrouille, et une interception prudente d'un bombardier par un Soukhoï, les Russes se sont tenus à carreau. Différents officiers européens ont indiqué que la présence militaire russe dans la région en mer n'a pas plus augmenté depuis le début de 2017. En Lituanie, j'ai entendu que les Russie avaient renoncé aux mesures contre la présence d'un millier de soldats de l'OTAN. L'ambassadeur russe à Vilnius a critiqué ce déploiement, mais en même temps il a plaidé en faveur d'une coopération pratique, il a suggéré d'ouvrir le dialogue avec le parlement lituanien, et a même déposé une gerbe de fleurs au pied d'un monument pour les résistants lituaniens opposés à l'Union soviétique. En Estonie, on m'a confirmé que ces dernières années il n'y avait pas eu de cyberattaques russes notables. Si dans la région frontalière russe j'ai vu pas mal de matériel militaire moderne, je n'ai rien vu qui indiquait une agression imminente. Pendant l'opération, j'ai visité le port militaire de Kaliningrad: la plupart des navires étaient paisiblement amarrés. À Kaliningrad, j'ai également entendu Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, fulminer contre la russophobie, mais il a également appelé à laisser l'enclave se joindre à l'Europe et plaidé pour davantage de coopération économique. Sa réaction à l'entrée du Monténégro à l'OTAN a été modérée. Les politiques semblaient plus concentrés sur la réussite du Championnat du monde de 2018, de meilleures liaisons ferroviaires vers les pays voisins, et les investisseurs européens que sur la guerre. On peut évidemment qualifier cela de tentative délibérée de la part des Russes de briser la détermination de l'Occident. Je soupçonne que la Russie choisit une double approche. Qu'il n'y ait pas de malentendus : les Russes défendront leurs intérêts, ils moderniseront leur armée et prouveront de main ferme qu'il y a des limites à la présence occidentale militaire. En même temps, ils travailleront à des relations économiques et politiques pragmatiques certainement à présent que l'opposition descend dans la rue en Russie. L'Occident doit rendre la monnaie de sa pièce. En garantissant la souveraineté des petits pays de la région par la dissuasion militaire. Et en coopérant là où c'est possible. La Russie et l'Occident n'ont pas d'intérêt à une guerre d'usure. Il faut être réaliste. La dissuasion militaire a déjà pris forme. À présent, nous devons oeuvrer à une diplomatie et une politique claire envers la Russie. Vu leur proximité géographique, les pays européens devraient surtout prendre cette initiative.