La photo est simple, un gros plan sur un bloc-notes rempli de lettres écrites toutes en majuscules, de manière presque enfantine, au gros feutre noir. Le détail qui a son importance, c'est que ce bloc-notes estampillé Air Force One n'est autre que celui de Donald Trump en personne. Le cliché pris par le photographe Mark Wilson de l'agence Getty pourrait bien devenir le plus emblématique de la procédure de destitution du président américain. Le reporter a raconté au site Wired comment il a obtenu cette image rapidement devenue virale.

Mark Wilson travaille pour Getty depuis 20 ans. Il a déjà couvert les présidences de Bill Clinton, George W. Bush, ou encore, Barack Obama. Ce mardi, Wilson était sur la pelouse sud de la Maison-Blanche, où Trump a fait une brève allocution avant de monter dans son hélicoptère, le Marine One, après l'audition de Gordon Sondland - l'ambassadeur auprès de l'Union européenne (UE) - devant le Congrès ce mercredi 20 novembre.

Il raconte à Wired : "Aujourd'hui, c'était un peu différent parce qu'un certain nombre de journalistes qui auraient normalement assisté à cette conférence de presse couvraient les audiences de destitution au Capitole". Il ajoute : "Cependant, une zone où des journalistes et des photographes sont stationnés, derrière le président, était encore très encombrée et nous nous bousculions pour l'espace."

Wilson avait apporté un objectif Canon 1DX 100-400mm et un objectif 1DX 24-35mm ; l'objectif le plus long au cas où Trump aurait décidé de ne pas parler du tout aux médias et se serait dirigé directement vers son hélicoptère. Heureusement, il s'est arrêté. Les questions des journalistes ont fusé. Comme à son habitude, Trump a donné son point de vue sur l'économie. Le point presse a ensuite pris un autre tournant, lorsque le président a commencé à lire ses notes et à agiter les bras, exposant très clairement le texte écrit à la main.

Un désintérêt désinvolte

"J'ai rapidement remarqué que le bloc-notes contenait de grosses notes manuscrites au feutre noir et j'ai ajusté mon appareil pour capturer ce qui se trouvait sur la page ", détaille Wilson. Il y était retranscrit à la main: "JE NE VEUX RIEN. JE NE VEUX RIEN DU TOUT. JE NE VEUX PAS DE QUID PRO QUO. Dites à ZELLINSKY[sic] de faire la bonne chose. C'EST LE DERNIER MOT DU PRESIDENT DES ETATS-UNIS."

Le président des Etats-Unis voulait ainsi donner sa version précise de l'échange téléphonique qu'il a eu avec Gordon Sondland le 9 septembre dernier, à propos de l'Ukraine. En réponse au diplomate qui lui demandait ce jour-là ce qu'il "voulait de la part de l'Ukraine", Donald Trump aurait donc déclaré : "Je ne veux rien. Je ne veux pas de donnant-donnant. Dites à Zelensky de faire ce qu'il faut. Ce sont les derniers mots du président des Etats-Unis." Des propos rapportés à peu près dans les mêmes termes par Gordon Sondland lui-même lors de son audition mercredi.

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Les notes en disent bien moins sur ce qu'a dit Trump ou sur le témoignage de Sondland - qui a déclaré explicitement devant le Congrès que l'Ukraine avait fait l'objet d'une contrepartie - que sur la façon dont le Président américain se voit en ce moment. "Le dernier mot du président américain" ressemble plus à un dicton du Grand et Puissant Oz qu'à celui d'un dirigeant démocratiquement élu. La faute d'orthographe du nom du président ukrainien Volodymyr Zelensky trahit, pour sa part, un désintérêt désinvolte pour les faits les plus fondamentaux de la question, analyse le site américain Wired. Et pour la petite anecdote, les lettres capitales confirment la théorie selon laquelle Trump refuse de porter les lunettes dont il a cruellement besoin.

Le public n'aurait pas eu connaissance de tout cela sans la photo de Wilson. "J'essaie toujours de prendre une photo que personne d'autre n'a prise ", dit-il. "En tant que consommateurs des médias, nous avons tendance à voir les mêmes images de conférences de presse jour après jour, et parfois des situations surgissent qui me permettent d'utiliser mon expertise pour prendre une photo qui est vraiment unique et différente".

Wilson ne s'est pourtant pas tout de suite rendu compte qu'il avait capturé un moment emblématique de la présidence américaine. "Honnêtement, je prenais juste une page de notes en photo", avoue-t-il. Getty Images a rapidement tweeté le cliché, suivi par des nombreux autres médias. Le téléphone de Wilson n'a alors pas arrêté de vibrer des notifications de ses amis et collègues lui faisant savoir que sa photo était devenue virale.