Au moment où les dépouilles de certaines victimes commencent à être restituées aux familles, une liste encore incomplète des victimes a révélé que les fidèles tués étaient âgés de trois à 77 ans, et qu'au moins quatre étaient des femmes.

L'auteur de la tuerie est un extrémiste australien, Brenton Tarrant, qui, à l'occasion de son inculpation pour meurtre samedi a fait de la main un signe de reconnaissance des suprémacistes blancs.

L'ex-instructeur de fitness de 28 ans, "fasciste" autoproclamé, a expliqué ce massacre et les deux années de sa préparation dans un long "manifeste" islamophobe de 74 pages truffé de commentaires conspirationnistes et de références à des figures de l'extrême-droite.

La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a révélé dimanche que son cabinet avait reçu ce texte neuf minutes avant le début du carnage dans la plus grande ville de l'Île du Sud.

- "Priez pour ma fille" -

"Il n'incluait aucun lieu ni aucun détail spécifique", a-t-elle ajouté, en précisant que le document avait été transmis aux services de sécurité moins de deux minutes après sa réception.

Depuis vendredi, les enquêteurs néo-zélandais sont mobilisés sur de nombreuses scènes de crime. Parmi elles, les deux mosquées al-Nour et Linwood où s'est déroulé le carnage, mais aussi un logement de Dunedin, une ville du sud-est du pays où résidait le tireur.

L'impatience monte cependant chez les familles des victimes, qui souhaitent récupérer les corps et organiser les funérailles. Mme Ardern s'est efforcée dimanche d'apaiser leur frustration.

"Je suis en mesure de confirmer que les corps des personnes décédées vont commencer à être restitués à leurs familles ce soir", a-t-elle dit. D'après elle, toutes les dépouilles auront été rendues mercredi.

Les autorités ont indiqué que 34 blessés demeuraient hospitalisés.

Parmi eux, la petite Alin Alsati, quatre ans, qui est entre la vie et la mort. La fillette se trouvait avec son père dans la mosquée al-Nour pour la prière du vendredi quand elle a été touchée par au moins trois balles. Son père, qui a également été blessé, avait récemment émigré en Nouvelle-Zélande en provenance de la Jordanie.

"S'il vous plaît, priez pour moi et ma fille", a-t-il dit dans une vidéo publiée sur Facebook sur son lit d'hôpital peu avant d'aller se faire opérer.

- "Héros" -

Cette tragédie a provoqué une onde de choc en Nouvelle-Zélande, un pays de cinq millions d'habitants dont 1% se disent musulmans, connu pour sa douceur de vivre, sa tradition d'accueil et sa faible criminalité.

Si les Néo-Zélandais continuent, horrifiés, de prendre connaissance des détails terribles du carnage, émergent également des récits d'actes héroïques.

Le site d'information Stuff.co.nz publiait les propos d'Abdul Aziz, originaire d'Afghanistan, qualifié de "héros" pour avoir risqué sa vie afin faire fuir le tireur.

Agé de 48 ans, ce fidèle raconte être sorti de la mosquée située à Linwood en laissant ses garçons à l'intérieur, après avoir entendu des tirs.

Un témoin a confirmé qu'il avait poursuivi le tueur qui se dirigeait vers sa voiture pour se saisir d'une nouvelle arme.

Abdul Aziz est parvenu à se faufiler entre les voitures garées et à se saisir d'une arme vide laissée derrière lui par le tireur.

Abdul Aziz a expliqué l'avoir lancée "comme une flèche" sur la voiture du tueur, brisant une ses vitres. "C'est la raison pour laquelle il a pris peur", a dit Abdul Aziz en indiquant que le tireur australien avait ensuite pris la fuite en voiture.

Un acte qui aura peut-être permis d'éviter un bilan encore plus lourd, car le tueur fut arrêté peu de temps après par deux policiers.

- "Bon de se retrouver" -

Daoud Nabi, un Afghan de 71 ans, aurait pour sa part couru au-devant du tueur et serait ainsi mort en protéger d'autres fidèles dans la mosquée al-Nour. "Il a sauté dans la ligne de feu pour sauver quelqu'un d'autre et c'est ainsi qu'il est mort", a déclaré à l'AFP son fils Omar.

Dans tout le pays, un élan de solidarité interconfessionnelle a été observé, avec des millions de dollars de dons, des achats de nourriture halal pour les victimes.

"Nous nous tenons au côté de nos frères et soeurs musulmans", peut-on lire sur une grande banderole prés d'un des sites où s'entassent des fleurs, dans un mémorial improvisé.

Des fidèles de l'Eglise anglicane de Christchurch ont prié dimanche dans ce qui est surnommé leur "cathédrale en carton", bâtie après le terrible séisme de 2011.

"Lors des tremblements de terre, nous avons appris que dans les temps d'épreuves, il était bon de se retrouver les uns les autres. Il est temps de le faire à nouveau", a dit à ses ouailles le doyen Lawrence Kimberley. "Nous nous tenons solidaires de la communauté musulmane."

"Mes enfants ont peur mais il faut faire front, en tant que communauté", confie Azan Ali, 43 ans, d'origine fidjienne, qui était dans la mosquée de Linwood avec son père au moment de l'attaque.

Les victimes venaient des quatre coins du monde musulman, a souligné Jacinda Ardern. Quatre Egyptiens, un Saoudien, un Indonésien, quatre Jordaniens et six Pakistanais figurent parmi les victimes.

- Emotion en Australie -

Emotion également en Australie, par-delà la mer de Tasman. Une image de fougère argentée, symbole de la Nouvelle-Zélande, a été projetée sur l'opéra de Sydney.

Brenton Tarrant restera en détention jusqu'à une prochaine audience fixée au 5 avril.

Un autre homme, arrêté vendredi, sera présenté devant la justice lundi pour des accusations "en lien" avec les attaques, même s'il n'a apparemment pas été directement impliqué dans la tuerie, selon le commissaire Mike Bush.

Le "manifeste" raciste de M. Tarrant, qui se présente comme un blanc de la classe ouvrière aux bas revenus, est intitulé "Le grand remplacement", en référence à une théorie complotiste populaire dans les milieux d'extrême droite selon laquelle les "peuples européens" seraient "remplacés" par des populations non-européennes immigrées.

Le manifeste détaille deux années de radicalisation et de préparatifs. L'auteur affirme que les facteurs déterminants ont été la défaite à la présidentielle française de 2017 de la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et la mort de la petite Ebba Åkerlund à 11 ans dans l'attaque au camion-bélier de 2017 à Stockholm.

Il dit avoir choisi pour cible la Nouvelle-Zélande pour montrer "qu'aucun endroit au monde n'est épargné, les envahisseurs sont partout sur nos terres, aucune place même la plus reculée n'est sûre". Il y rend aussi hommage au président américain Donald Trump.

Brenton Tarrant a diffusé en direct sur les réseaux sociaux les images du carnage, où on le voit passer de victime en victime, tirant sur les blessés à bout portant alors qu'ils tentent de fuir.

La Première ministre néo-zélandaise veut des réponses des réseaux sociaux

La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a indiqué dimanche qu'elle attendait des explications de Facebook et d'autres réseaux sociaux sur la diffusion en direct des images du carnage dans les mosquées de Christchurch, qui a fait 50 morts.

L'extrémiste australien Brenton Tarrant a filmé et diffusé en direct sur Facebook le massacre, dans une vidéo où on le voit passer de victime en victime, tirant sur les blessés à bout portant alors qu'ils tentent de fuir. Le groupe américain est parvenu à supprimer la vidéo de 17 minutes. Mais elle avait auparavant été partagée de nombreuses fois sur YouTube et Twitter, et les réseaux sociaux ont été à la peine pour retirer les images.

Affirmant qu'il demeurait "des questions nécessitant des réponses" des géants de l'internet, Mme Ardern a précisé qu'elle avait été en contact avec la directrice des opérations de Facebook Sheryl Sandberg qui avait "reconnu ce qui s'était passé en Nouvelle-Zélande".

"Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour retirer ou obtenir que soient retirées certaines des images qui ont circulé dans la foulée de cette attaque terroriste", a déclaré Mme Ardern. "Mais au final, c'est à ces plateformes qu'il appartient de faciliter ces retraits3". "Je crois qu'il demeure des questions nécessitant des réponses, a-t-elle ajouté.

Dans un communiqué, Mia Garlick, une responsable de Facebook en Nouvelle-Zélande, s'est engagée dimanche à "travailler 24 heures sur 24 pour retirer les contenus en infraction". "Au cours des 24 premières heures, nous avons retiré dans le monde 1,5 million de vidéos de l'attaque, dont plus de 1,2 million bloquées lors de leur téléchargement", a indiqué Facebook.

Le Premier ministre australien Scott Morrison a également fait part de ses doutes quant à l'efficacité des législations en la matière et des possibilités actuelles. Il a indiqué que les réseaux sociaux avaient "coopéré" depuis l'attaque des mosquées. "Mais je dois malheureusement dire que l'aptitude réelle à aider du côté de ces entreprises technologiques est très limitée".

Il a ajouté que des "assurances avaient été données" quant au fait que les contenus retirés ne pourraient pas réapparaître. "Il est évident que ce n'est pas le cas". "Donc il y a des discussions très concrètes à avoir au sujet des capacités des réseaux sociaux", a-t-il conclu.