Si comme entrepreneur je comprends le stress et le désarroi des employés et des sous-traitants lésés, notons tout de même qu'au niveau macro, l'effondrement d'une entreprise comme celle-là va créer une proportion d'emploi, peut-être pas équivalente, mais conséquente, chez d'autres acteurs du secteur touristique mondial. Il ne s'agit certainement pas d'une perte nette.

Cette question sociale mise à part, je vois dans cette faillite la fin d'un monde. Un monde où notre rapport au tourisme, au voyage et à l'inconnu doit changer. Que ce tremblement de terre économique nous fasse réfléchir, nous touristes, opérateurs touristiques et acteurs politiques!

1) Le rôle du politique : préserver nos centres-villes

Le Tourisme, au-delà d'être un loisir, est une activité économique essentielle pour beaucoup de secteurs. À Bruxelles, après quelques années difficiles suite au "Lock down", le nombre de visiteurs a repris de plus belle. Il y a ainsi 3,91 millions de voyageurs qui sont passés à Bruxelles (travail et loisirs compris). 4,44 millions de personnes ont visité nos musées et plus de 4000 événements culturels sont organisés chaque année dans notre capitale.

Cependant, les mouvements anti-touristes dans des villes comme Amsterdam, Barcelone et Venise ont montré les dangers d'un tourisme de masse : des centres-ville désertés des habitants, des magasins touristiques partout et des prix inabordables pour la population. Ne croyez pas que cela se limite à ces trois grandes villes, certains effets sont visibles à Bruxelles. Les pouvoirs publics doivent garantir des commerces diversifiés et de qualité en centre-ville. Ce centre-ville doit appartenir harmonieusement aux habitants en priorité. Sur cette base, les infrastructures touristiques et l'attractivité économique de la ville peuvent se développer. Attention à ne pas inverser les priorités.

2) Les tour-opérateurs : repenser l'offre à la lumière des impacts sociaux et environnementaux

Mais les pouvoirs publics ne sont pas les seuls garants d'un tourisme de qualité. L'offre crée parfois la demande et les propositions all inclusive des tour-opérateurs font des dégâts importants sur l'environnement et les villes. Il y a l'avion bien sûr, mais aussi les voyages de croisière. Le transport maritime serait responsable de 60.000 décès prématurés par an. A Marseille en 2017, les bateaux de croisière ont émi quatre fois plus de dioxyde de soufre que les voitures circulant en ville. La Méditerranée étouffe sous le nombre de bateaux de croisières toujours plus grand. Ces mastodontes consomment énormément d'énergie et demandent des infrastructures portuaires énormes là où ce n'est pas nécessairement pertinent. Sans parler des énormes ressorts qui déstabilisent parfois villages et bijoux de la nature au nom d'une activité économique à laquelle il est logiquement difficile de résister. Les acteurs touristiques doivent prendre en compte ces enjeux, au risque de disparaître.

3) Le voyageur: redécouvrir sa région et retrouver du sens

Si les solutions structurelles sont essentielles, c'est aussi l'occasion pour nous tous de remettre en question notre rapport au voyage. Nous aimons tous profiter des paysages et cultures inconnues et si possible au soleil, mais quelle rencontre est possible du haut d'un navire de croisière ou dans un hôtel de plage all in ? Découvrir de nouveaux lieux, aller à la rencontre de l'autre, s'étonner... tout cela est possible chez nous aussi ! Hermann Hesse disait "Voyager devrait toujours représenter une expérience unique; or, vivre quelque chose d'intéressant n'est possible que dans des lieux avec lesquels nous entretenons une relation particulière".

Le tourisme de masse, les grands hôtels, les paquebots, les city-trips de 24H ont montré leurs limites. L'impact environnemental est énorme, la destruction des centres-ville est tangible et le sens pour le voyageur est incertain. Internet et l'économie collaborative permettent aujourd'hui de personnaliser son voyage. N'arrêtons surtout pas de voyager. Les bénéfices sont indéniables. Mais réfléchissons au comment.