Le Mexique se propose d'accueillir Maduro et Guaido pour dialoguer

Le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a déclaré vendredi que son pays était prêt à accueillir le président vénézuélien Nicolas Maduro et l'opposant Juan Guaido, autoproclamé président par intérim, pour engager un dialogue sur la crise politique qui secoue le Venezuela.

"Quant à savoir si le Mexique est en mesure de permettre aux parties au conflit au Venezuela de compter sur la médiation du ministère des Affaires étrangères pour parvenir au dialogue et au règlement pacifique des controverses, notre Constitution l'établit : oui, nous pouvons le faire ", a déclaré M. Lopez Obrador lors de sa conférence de presse quotidienne.

Le président a toutefois déclaré que la viabilité de cette proposition dépendait de la volonté de Nicolas Maduro et Juan Guaido. "Si les parties le demandent, nous sommes les mieux placés pour les aider afin qu'il y ait un dialogue et que, sans recours à la force et à la violence, les problèmes soient résolus", a déclaré le président de gauche. "Nous ne sommes pour ou contre personne, nous défendons les principes constitutionnels de la politique extérieure", a-t-il ajouté, plaidant pour la "non intervention" et "l'autodétermination des peuples".

Après avoir reçu jeudi le soutien déterminant des chefs de l'armée, Nicolas Maduro devrait de nouveau dénoncer, vendredi devant la presse, un coup d'Etat en cours orchestré selon lui par les Etats-Unis. "Jamais je ne renoncerai", a-t-il répété jeudi.

Le procureur général, Tarek William Saab, doit lui se prononcer sur l'ordonnance émise par la Cour suprême du Venezuela, pro-régime selon l'opposition, afin d'ouvrir une enquête contre le Parlement, contrôlé par l'opposition, pour avoir "usurpé" les fonctions de Nicolas Maduro.

Pour sa part, Juan Guaido, le jeune président du Parlement qui s'est autoproclamé mercredi chef de l'Etat par intérim, a déclaré qu'il allait annoncer de nouvelles mesures. "Nous continuerons à aller de l'avant pour mettre un terme à l'usurpation du pouvoir (et établir) un gouvernement de transition et des élections libres", a-t-il dit depuis un endroit tenu secret à Caracas.

Juan Guaido, 35 ans, a appelé les Vénézuéliens à poursuivre leurs manifestations contre le régime, qui ont fait 26 morts en quatre jours, selon l'ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social.

Selon la Haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, plus de 350 personnes ont été arrêtées cette semaine lors de ces manifestations, "dont 320 pour la seule journée du 23 janvier". L'ex présidente chilienne a réclamé des "discussions immédiates pour désamorcer une atmosphère de plus en plus inflammable".

- "Corridor d'évacuation" -

Juan Guaido a laissé entrevoir une porte de sortie à Nicolas Maduro, en évoquant une éventuelle amnistie. Interrogé sur la possibilité d'une amnistie bénéficiant au président vénézuélien, il a répondu : "Nous ne pouvons rien exclure, cependant nous devons être très fermes à l'avenir (...) avant tout pour faire face à l'urgence humanitaire".

"Il faudrait aussi revoir cela (l'amnistie), c'est aussi un fonctionnaire, malheureusement dictateur et responsable des victimes d'hier au Venezuela", a-t-il poursuivi.

Le Parlement avait promis le 15 janvier une "amnistie" aux soldats qui ne reconnaîtraient pas le gouvernement Maduro.

Le vice-président brésilien Hamilton Mourao, dont le pays figure parmi ceux ayant reconnu Juan Guaido comme président, a proposé la création d'un "corridor d'évacuation" afin d'exfiltrer Nicolas Maduro.

La tension restait à son comble vendredi. "Il est dangereux d'avoir des gouvernements parallèles", a relevé Michael Shifter, du Dialogue interaméricain.

Juan Guaido a déjà été reconnu par les Etats-Unis puis par plusieurs pays d'Amérique latine et par le Canada.

Mais Nicolas Maduro a mis en avant le soutien de l'armée, réaffirmée par la voix de son ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino. Il a remercié jeudi les militaires face à ce qu'il a appelé un "coup d'Etat en marche" dirigé par "l'empire des Etats-Unis"

"Il ne fait aucun doute que c'est Donald Trump lui-même qui veut imposer de facto un gouvernement", a lancé le dirigeant socialiste, également soutenu par Moscou et Pékin.

L'Union européenne, qui considère comme illégitime le deuxième mandat de Maduro, prépare une "déclaration commune" appelant à la convocation rapide d'élections, faute de quoi plusieurs capitales plaident pour franchir le pas d'une reconnaissance de l'opposant Juan Guaido comme "président par intérim", selon des sources diplomatiques à Bruxelles.

"S'il n'existe pas de volonté de la part du régime vénézuélien de convoquer des élections (...) nous envisagerons" au sein de l'UE "l'adoption d'autres mesures dont la reconnaissance comme président par intérim" de Juan Guaido, a ainsi affirmé le chef de la diplomatie espagnole Josep Borrell.

L'Allemagne s'est également déclarée prête, "dans le cadre des consultations européennes", à reconnaître Juan Guaido comme président si des élections libres ne peuvent pas être organisées "d'ici peu".

Jeudi, les Etats-Unis ont demandé une réunion d'urgence samedi du Conseil de sécurité sur la situation dans le pays, malgré l'opposition déclarée de la Russie à une réunion sur un sujet "interne" au Venezuela.

- Sanctions pétrolières? -

L'aggravation de la crise intervient en pleine débâcle économique dans ce pays pétrolier, jadis prospère et désormais frappé par d'importantes pénuries de nourriture et de médicaments, et soumis à une hyperinflation qui devrait atteindre 10.000.000% en 2019.

Les États-Unis achètent au Venezuela un tiers de sa production pétrolière, qui a chuté à 1,4 million de barils/jour et représente 96% des entrées de devises. Selon Nicolas Maduro, ses ennemis souhaitent s'accaparer les réserves de brut du pays, les plus grandes au monde.

"Trump va probablement étudier la possibilité de geler des actifs (vénézuéliens). A l'avenir, pourraient s'y ajouter des sanctions pétrolières", estime le cabinet Eurasia Group.

Maduro et Guaido : qui sont leurs soutiens ?

En se proclamant président par intérim du Venezuela, le chef de l'opposition parlementaire, Juan Guaido, a défié le chef de l'État socialiste Nicolas Maduro : quels sont les principaux soutien de chacun ?

Maduro

- LES MILITAIRES

Ils sont considérés comme le soutien clé du gouvernement auquel ils ont réaffirmé jeudi leur loyauté. Sur 32 ministres, 9 sont des militaires. Ils détiennent notamment la Défense, l'Intérieur, l'Agriculture, l'Alimentation. Ils contrôlent la compagnie pétrolière nationale PDVSA, source de 96% des revenus du pays, et les services de renseignement.

- LES CRÉANCIERS ET ALLIES INTERNATIONAUX

La Chine, principal créancier du Venezuela, avec quelque 20 milliards de dettes, s'est opposée jeudi à une "ingérence extérieure" après le soutien des États-Unis et d'autres pays à Juan Guaido.

La Russie est le deuxième créancier de Caracas et l'appuie également militairement : en décembre, deux bombardiers stratégiques et une centaine de militaires ont été envoyés au Venezuela pour des manoeuvres conjointes. Le président Vladimir Poutine a appelé Maduro au téléphone pour lui exprimer son "soutien".

La Turquie, Cuba, la Bolivie, le Mexique, l'Uruguay ont indiqué continuer de reconnaître comme président légitime Nicolas Maduro, qui peut aussi compter sur le soutien de l'Iran et de la Corée du Nord.

- LA JUSTICE

La Cour suprême, plus haute juridiction, est acquise au pouvoir. Ses membres ont été désignés par l'ex-majorité parlementaire chaviste, fin 2015, quelques jours avant que l'opposition devienne majoritaire au Parlement.

Depuis 2016, elle a annulé toutes les décisions du Parlement pour "outrage". Elle a renouvelé son appui à Maduro jeudi. Le procureur général, Tarek William Saab, soutient également le gouvernement.

- L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

Elle a été convoquée par Nicolas Maduro après quatre mois de manifestations de l'opposition qui ont fait quelque 125 morts en 2017. Elle est composée de fidèles au régime. Dans la pratique, elle assume le rôle du Parlement. L'opposition a refusé d'y participer, estimant que sa convocation était "illégale".

- LE POUVOIR ÉLECTORAL

Le Conseil national électoral (CNE) est présidé par Tibisay Lucena, ouvertement chaviste. Sous son mandat, plusieurs partis politiques d'opposition ont été interdits. Maduro a reçu son soutien jeudi.

Le CNE et la justice ont bloqué un référendum pour révoquer Maduro en 2016.

Dénonçant les manquements à l'impartialité de la part du CNE, les principaux partis d'opposition n'ont pas participé aux dernières élections. Le scrutin présidentiel du 20 mai 2018, à l'issue duquel Nicolas Maduro a été réélu, est considéré comme frauduleux par les opposants.

Guaido

-LES ÉTATS-UNIS

Les États-Unis et plusieurs pays d'Amérique latine, ainsi que l'Union européenne (UE) n'ont pas reconnu les résultats de l'élection présidentielle.

Immédiatement après s'être autoproclamé président par intérim, Juan Guaido a reçu l'appui de Donald Trump, suivis par une dizaine de pays américains, dont le Brésil et la Colombie.

L'UE a demandé l'organisation "d'élections libres et crédibles". L'Espagne et l'Allemagne se sont dit prêts à reconnaître Juan Guaido si le gouvernement ne convoquait pas rapidement des élections. Le Royaume-Uni a dit le soutenir.

Le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), l'Uruguayen Luis Almagro a reconnu à titre personnel l'opposant.

- LE PARLEMENT

Le Parlement, où l'opposition est majoritaire, a été élu en 2015, quand la Table de l'unité démocratique (MUD), principale coalition d'opposition, a infligé au chavisme la plus grande défaite électorale de son histoire.

Elu président du Parlement le 5 janvier, Juan Guaido a lancé des appels pour "un gouvernement de transition" et de nouvelles élections. Il a proposé une amnistie aux militaires qui rompraient avec Maduro.

Le Parlement a qualifié Maduro d'"usurpateur". Les députés ont toutefois les mains liées par les décisions de la Cour suprême.

- LA JUSTICE EN EXIL

Une Cour suprême parallèle, nommée par la majorité parlementaire et l'opposition en exil, a salué mercredi la volonté de Juan Guaido d'assumer le poste de président par intérim.

La procureure générale Luisa Ortega, chaviste devenue opposante, qui a fuit le pays en 2017 après avoir été limogée par l'Assemblée constituante, a exprimé son "soutien" et reconnu le "nouveau président" Guaido. "Comptez sur le ministère Public légitime pour rétablir la démocratie", a-t-elle déclaré.

Après avoir reçu jeudi le soutien déterminant des chefs de l'armée, Nicolas Maduro devrait de nouveau dénoncer, vendredi devant la presse, un coup d'Etat en cours orchestré selon lui par les Etats-Unis. "Jamais je ne renoncerai", a-t-il répété jeudi.Le procureur général, Tarek William Saab, doit lui se prononcer sur l'ordonnance émise par la Cour suprême du Venezuela, pro-régime selon l'opposition, afin d'ouvrir une enquête contre le Parlement, contrôlé par l'opposition, pour avoir "usurpé" les fonctions de Nicolas Maduro.Pour sa part, Juan Guaido, le jeune président du Parlement qui s'est autoproclamé mercredi chef de l'Etat par intérim, a déclaré qu'il allait annoncer de nouvelles mesures. "Nous continuerons à aller de l'avant pour mettre un terme à l'usurpation du pouvoir (et établir) un gouvernement de transition et des élections libres", a-t-il dit depuis un endroit tenu secret à Caracas.Juan Guaido, 35 ans, a appelé les Vénézuéliens à poursuivre leurs manifestations contre le régime, qui ont fait 26 morts en quatre jours, selon l'ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social.Selon la Haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, plus de 350 personnes ont été arrêtées cette semaine lors de ces manifestations, "dont 320 pour la seule journée du 23 janvier". L'ex présidente chilienne a réclamé des "discussions immédiates pour désamorcer une atmosphère de plus en plus inflammable".- "Corridor d'évacuation" -Juan Guaido a laissé entrevoir une porte de sortie à Nicolas Maduro, en évoquant une éventuelle amnistie. Interrogé sur la possibilité d'une amnistie bénéficiant au président vénézuélien, il a répondu : "Nous ne pouvons rien exclure, cependant nous devons être très fermes à l'avenir (...) avant tout pour faire face à l'urgence humanitaire"."Il faudrait aussi revoir cela (l'amnistie), c'est aussi un fonctionnaire, malheureusement dictateur et responsable des victimes d'hier au Venezuela", a-t-il poursuivi.Le Parlement avait promis le 15 janvier une "amnistie" aux soldats qui ne reconnaîtraient pas le gouvernement Maduro. Le vice-président brésilien Hamilton Mourao, dont le pays figure parmi ceux ayant reconnu Juan Guaido comme président, a proposé la création d'un "corridor d'évacuation" afin d'exfiltrer Nicolas Maduro. La tension restait à son comble vendredi. "Il est dangereux d'avoir des gouvernements parallèles", a relevé Michael Shifter, du Dialogue interaméricain.Juan Guaido a déjà été reconnu par les Etats-Unis puis par plusieurs pays d'Amérique latine et par le Canada.Mais Nicolas Maduro a mis en avant le soutien de l'armée, réaffirmée par la voix de son ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino. Il a remercié jeudi les militaires face à ce qu'il a appelé un "coup d'Etat en marche" dirigé par "l'empire des Etats-Unis""Il ne fait aucun doute que c'est Donald Trump lui-même qui veut imposer de facto un gouvernement", a lancé le dirigeant socialiste, également soutenu par Moscou et Pékin.L'Union européenne, qui considère comme illégitime le deuxième mandat de Maduro, prépare une "déclaration commune" appelant à la convocation rapide d'élections, faute de quoi plusieurs capitales plaident pour franchir le pas d'une reconnaissance de l'opposant Juan Guaido comme "président par intérim", selon des sources diplomatiques à Bruxelles."S'il n'existe pas de volonté de la part du régime vénézuélien de convoquer des élections (...) nous envisagerons" au sein de l'UE "l'adoption d'autres mesures dont la reconnaissance comme président par intérim" de Juan Guaido, a ainsi affirmé le chef de la diplomatie espagnole Josep Borrell.L'Allemagne s'est également déclarée prête, "dans le cadre des consultations européennes", à reconnaître Juan Guaido comme président si des élections libres ne peuvent pas être organisées "d'ici peu".Jeudi, les Etats-Unis ont demandé une réunion d'urgence samedi du Conseil de sécurité sur la situation dans le pays, malgré l'opposition déclarée de la Russie à une réunion sur un sujet "interne" au Venezuela.- Sanctions pétrolières? -L'aggravation de la crise intervient en pleine débâcle économique dans ce pays pétrolier, jadis prospère et désormais frappé par d'importantes pénuries de nourriture et de médicaments, et soumis à une hyperinflation qui devrait atteindre 10.000.000% en 2019.Les États-Unis achètent au Venezuela un tiers de sa production pétrolière, qui a chuté à 1,4 million de barils/jour et représente 96% des entrées de devises. Selon Nicolas Maduro, ses ennemis souhaitent s'accaparer les réserves de brut du pays, les plus grandes au monde."Trump va probablement étudier la possibilité de geler des actifs (vénézuéliens). A l'avenir, pourraient s'y ajouter des sanctions pétrolières", estime le cabinet Eurasia Group.