L'échec des négociations de coalition a entrainé une crise politique inédite en Allemagne. "Une très mauvaise nouvelle pour l'Europe", jugent de nombreux observateurs. Cela prive effectivement l'Union européenne de l'une de ses nations dirigeantes et pourrait bien ralentir l'avancée des projets et autres réformes.
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L'échec des négociations de coalition a entrainé une crise politique inédite en Allemagne. "Une très mauvaise nouvelle pour l'Europe", jugent de nombreux observateurs. Cela prive effectivement l'Union européenne de l'une de ses nations dirigeantes et pourrait bien ralentir l'avancée des projets et autres réformes. La chancelière allemande Angela Merkel est à ce jour considérée comme l'un des piliers de l'UE. Et sa confortable place s'est retrouvée quelque peu ébranlée par l'échec des négociations en Allemagne, ainsi que par la possibilité de nouvelles élections législatives. "Merkel sort de ces élections affaiblie, laissant un vide à la tête de l'Europe au moment même où l'UE commençait à recouvrer des perspectives positives", note Olaf Böhnke, analyste pour Rasmussen Global. C'est aussi un problème pour la dynamique du binôme franco-allemand, et donc pour le président français Emmanuel Macron, qui se retrouve un peu esseulé en attendant la résolution de la crise allemande. "Macron a besoin de Merkel, il ne peut pas s'orchestrer comme l'homme fort de l'Europe à la place de la chancelière", juge Dominik Grillmayer, expert à l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg. L'Elysée a d'ailleurs fait part de son souhait "pour l'Allemagne et pour l'Europe" que son "principal partenaire soit stable et fort, pour avancer ensemble". L'Union européenne fait en effet face à une série de crises, changements et autres réformes. De la crise catalane aux futures élections italiennes, en passant par "l'incertitude" des partenaires d'Europe de l'Est et les négociations sur le Brexit, ce ne sont pas les défis qui manquent. L'Europe a également besoin de l'impulsion de son duo de tête pour faire avancer les sujets intra-européens que sont la construction de la Défense, l'Union économique et monétaire, et la crise migratoire. Et la crise en Allemagne risque bien de freiner tous ces débats, qui sont actuellement en pleine discussion, et qui ne peuvent se dérouler sans elle. "L'Allemagne est un pays qui a beaucoup d'influence dans l'UE. S'ils n'ont pas de gouvernement, (...) cela va être dur de prendre des décisions difficiles", résume le chef de la diplomatie néerlandaise, Halbe Zijlstra.Parmi les défis les plus importants pour l'Union européenne, on retrouve les négociations pour trouver un accord sur la sortie du Royaume-Uni. Une question épineuse et de longues négociations qui devront, quoiqu'il arrive, suivre leur cours. "La rupture inattendue des négociations pour la formation d'une coalition à Berlin aurait difficilement pu arriver à un moment plus délicat pour les négociations sur le Brexit", confirme The Telegraph. Inquiétude également du côté de l'Independent, où l'on pense que "l'affaiblissement de Merkel permettra à Macron, Barnier, Juncker et leurs alliés de faire valoir leurs exigences et de pousser pour un hard Brexit".Pour Thomas Matussek, ancien ambassadeur allemand au Royaume-Uni, la tourmente politique que traverse Angela Merkel serait plutôt une "mauvaise nouvelle" pour les Britanniques. Obligée de s'inquiéter de ses affaires intérieures, l'Allemagne pourrait rendre plus difficile la conclusion d'un accord avec l'UE en vue de mettre fin à l'impasse actuelle dans laquelle se trouvent les pourparlers. Et si les Britanniques en profitaient pour tenter de gagner du terrain ? "Peut-être que les Anglais voudront exploiter politiquement cette faiblesse. Mais les Allemands sont parmi les premiers irrités par l'idée du Brexit et les plus fermes", explique Sébastien Maillard, directeur de l'Institut Jacques Delors. Des députés britanniques favorables au "hard Brexit" exhortent d'ailleurs la Première ministre Theresa May à exploiter la faiblesse de son homologue allemande à l'avantage du Royaume-Uni. La stratégie : accélérer les négociations sur la future relation commerciale entre les deux parties, pour tenter d'en retirer avantage. Pour Matussek, la crise allemande ne devrait pourtant faire "aucune différence opérationnelle" par rapport à la position que l'UE adoptera le mois prochain lors du sommet européen. Mais à moyen et long terme, l'impulsion allemande pourrait faire défaut à l'Europe.