En détention provisoire depuis près de deux ans, Oriol Junqueras (50 ans) était le vice-président du gouvernement catalan au moment du référendum controversé du 1er octobre 2017. Jugé pour rébellion et sédition par le Tribunal Suprême à Madrid lors d'un procès historique qui aura duré 4 mois, ce professeur d'histoire attend de connaitre le verdict qui doit lui être communiqué d'ici le 15 octobre. Le procureur a réclamé contre lui 25 ans de prison, soit la peine la plus lourde. Malgré son incarcération, Oriol Junqueras n'a pas renoncé à la politique. Elu député à Madrid puis eurodéputé à Strasbourg, (des fonctions qu'il ne peut pas exercer) le leader de la gauche républicaine (ERC) continue d'avoir une influence considérable sur la politique catalane. Avec son parti, il a amorcé un virage vers la modération. Conscient que l'indépendantisme a payé très cher sa tentative de sécession, il mise sur le dialogue avec l'état. Ces prises de position publiques diffèrent de celle de Carles Puigdemont avec qui les relations sont devenues glaciales. Emprisonné à Lledoners, à une heure de route de Barcelone, Oriol Junqueras a répondu à cette interview depuis sa cellule par courrier.
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En détention provisoire depuis près de deux ans, Oriol Junqueras (50 ans) était le vice-président du gouvernement catalan au moment du référendum controversé du 1er octobre 2017. Jugé pour rébellion et sédition par le Tribunal Suprême à Madrid lors d'un procès historique qui aura duré 4 mois, ce professeur d'histoire attend de connaitre le verdict qui doit lui être communiqué d'ici le 15 octobre. Le procureur a réclamé contre lui 25 ans de prison, soit la peine la plus lourde. Malgré son incarcération, Oriol Junqueras n'a pas renoncé à la politique. Elu député à Madrid puis eurodéputé à Strasbourg, (des fonctions qu'il ne peut pas exercer) le leader de la gauche républicaine (ERC) continue d'avoir une influence considérable sur la politique catalane. Avec son parti, il a amorcé un virage vers la modération. Conscient que l'indépendantisme a payé très cher sa tentative de sécession, il mise sur le dialogue avec l'état. Ces prises de position publiques diffèrent de celle de Carles Puigdemont avec qui les relations sont devenues glaciales. Emprisonné à Lledoners, à une heure de route de Barcelone, Oriol Junqueras a répondu à cette interview depuis sa cellule par courrier. Pourquoi appelez-vous à la mobilisation aujourd'hui, alors qu'il n'y a pas cette année la promesse d'une République ou d'un référendum, à la différence des précédents 11 septembre?Les citoyens sortiront dans la rue, comme ils l'ont toujours fait pour défendre les droits et les libertés de la Catalogne, avec une attitude festive et revendicative. Avec l'envie d'expliquer au monde que nous voulons une République, mais que nous sommes également respectueux de ceux qui pensent différemment. La Diada est une fête pour tous, pour ceux qui veulent l'indépendance comme pour ceux qui ne la veulent pas. Vous savez, nous participions à cette manifestation quand nous étions très peu, vous imaginez bien qu'aujourd'hui, c'est un bonheur pour nous de voir les rues remplies !Cela fait presque deux ans que vous êtes en prison. Comment allez-vous ?Je suis tranquille, serein et déterminé. Néanmoins, j'ai le sentiment qu'il est impossible de me défendre, car on me juge pour mes idées. Pour moi, rien de ce que nous avons fait n'est un crime. Voter lors d'un référendum ce n'est pas un délit. Heureusement, je suis entouré de gens merveilleux et je sais que nous avons un peuple derrière nous. Quelle doit être la réponse à apporter au verdict?Nous sommes convaincus que la justice nous innocentera. Comment pourrait-on comprendre que voter et installer des urnes est un délit ? Dans quel pays démocratique des leaders sont-ils jugés pour l'organisation d'un référendum ? Pourquoi n'avez-vous pas quitté la Catalogne en 2017, comme l'ont fait d'autres dirigeants?Je suis resté en Catalogne, par sens des responsabilités vis-à-vis des citoyens. C'est pour cela que je me suis ensuite présenté devant le tribunal : par responsabilité et cohérence.Avez-vous des relations avec Carles Puigdemont, installé à Waterloo depuis deux ans ?Comme vous pouvez l'imaginer, la communication entre nous est très difficile : il est en Belgique, je suis en prison. Mais nous sommes en contact. L'exil est en lui-même une prison et nous le savons, car nous le souffrons avec l'une de nos leaders, Marta Rovira, actuellement en Suisse. Votre parti, ERC, semble aujourd'hui plus réaliste, plus modéré. Cela vous vaut des critiques de la part d'une partie de l'indépendantisme qui vous accuse de trahison. Que leur répondez-vous ?ERC a plus de 88 ans d'histoire et ce n'est pas la première fois que son leader est en prison pour défendre des idées. Depuis toujours, nous soutenons les luttes sociales, le combat pour l'égalité des chances et pour la libération nationale. Nous avons toujours défendu les principes républicains qui caractérisent l'essence de ce que nous sommes depuis 88 ans. Quel autre parti peut en dire autant ? Nous n'avons aucune leçon à ne recevoir de personne.Votre parti estime que pour le moment, il n'y a pas un soutien populaire suffisant pour mettre en oeuvre l'indépendance. Pourquoi ne pas l'avoir dit avant et ne pas avoir renoncé à défier l'état en 2017 ?Nous nous étions engagés à faire un référendum. Nous avions un mandat venu des urnes pour cela. Nous voulions respecter la volonté des citoyens. Maintenant, il faut élargir l'indépendantisme et s'ouvrir à tous ceux qui sont favorables à l'autodétermination. Et cela se fait en gouvernant bien, en apportant des solutions aux problèmes des gens, en leur donnant un espoir, en construisant un futur, sans exclure personne. L'indépendance est l'unique voix pour construire cette république libre et juste que nous désirons. Nous serons capables d'y arriver seulement si nous sommes capables de donner des réponses aux problèmes de la société. 80% des Catalans sont favorables à un référendum, c'est à cette majorité de 80% que nous nous adressons. ERC facilitera l'investiture du socialiste Pedro Sanchez à Madrid?Ce que fait Pedro Sanchez pour obtenir quelques voix de plus est irresponsable. L'arrogance et la supériorité ne sont jamais bonnes conseillères. D'ailleurs ça pourrait lui couter cher. A lui et à l'ensemble de la société. Et il en sera, avec son parti, le principal responsable. En tout cas, ERC ne facilitera jamais un accord entre les droites dans l'état espagnol et sera toujours ouvert au dialogue. Plusieurs élus en Europe ont dénoncé votre détention provisoire et celle des 8 autres dirigeants catalans : Jan Peumans et de nombreux élus flamands, des eurodéputés, des députés français. Comment réagissez-vous à ces marques de soutien ?C'est la preuve que la répression contre les indépendantistes n'est pas une affaire interne de l'état espagnol, mais bien une affaire européenne et internationale. Au-delà de ces élus, les Nations Unies, plusieurs parlements en Europe, Amnisty International et des ONG ont dénoncé notre situation. Tous ont appelé au respect des droits de l'homme et réclament un dialogue et une solution démocratique à cette crise. Nous savons que cela se résoudra au niveau européen et c'est donc à l'Europe que nous nous adressons. Je dois rappeler que j'ai été eurodéputé dans le passé et qu'aux dernières élections, j'ai de nouveau été élu au Parlement européen. Or mes droits ont été bafoués puisqu'on m'a empêché de prendre possession de mon siège.Etes-vous déçu par l'Union européenne, qui s'est toujours rangée du côté de l'Etat espagnol ?Malheureusement, l'Europe se trouve face à une dérive autoritaire, avec l'ascension de partis d'extrême droite sur tout le continent. C'est pour cela que nous devons travailler plus que jamais en faveur de la démocratie en Europe. Nous avons toujours défendu les valeurs de l'Europe et nous continuerons à le faire. Pour l'Europe, défendre la démocratie et la liberté de la Catalogne, c'est défendre le futur démocratique de l'Europe. Nous voulons construire l'Europe des citoyens, et faire de l'Europe un bastion des droits et des libertés. La Catalogne sera-t-elle un jour indépendante ?La Catalogne sera indépendante le jour où ses citoyens le voudront. Henry de Laguérire