"Ce qui se passe en Syrie est une grande leçon pour l'Europe... Si nous voulons être un acteur géopolitique, nous devons agir et avoir les moyens nécessaires pour ce faire. Sinon nous continuerons à avoir des sessions parlementaires et continuer à dire: il faut, il faut, il faut".

En reconnaissant l'inefficacité de cette politique déclaratoire, le chef de la diplomatie européenne n'en a pas moins rappelé les principes : pas de normalisation avec Bachar el-Assad, pas de reconstruction avant la mise en route d'un processus politique, poursuite des sanctions mais pas contre le peuple syrien.

L'U.E. est le premier pourvoyeur d'aide humanitaire mais ses sanctions affectent en réalité et en particulier cet hiver durement la population qui se situe en très grande majorité dans les zones gouvernementales. Le cours de la livre syrienne a en effet chuté dramatiquement rendant le coût de la vie prohibitif pour la plupart des civils. Outre leur coût humain, ces sanctions sont inefficaces car elles n'ont en aucune manière rapproché l'opposition d'une transition inclusive. En fait tant Bachar el-Assad que la majorité des opposants refusent un partage du pouvoir. En outre les sanctions occidentales favorisent la déstabilisation et la montée du terrorisme tout en décourageant le retour des réfugiés.

Cette transition avec l'opposition est d'autant moins réaliste que Bachar el-Assad a gagné la guerre grâce à l'appui de ses alliés russe et iranien et est moins disposé que jamais à concéder que huit ans d'un conflit terrible n'ont pu provoquer. L'armée turque et ses supplétifs islamistes syriens dans la province d'Idlib qui est sous la coupe de l'avatar local d'al-Qaïda ne changeront pas la donne. Le coût humain de l'offensive en cours ne peut occulter qu'aucun Etat ne peut tolérer le maintien d'un jihadistan sur son territoire. A Idlib, il n'y a pas de bonne solution. Il s'agit comme le commente un des meilleurs connaisseurs du conflit syrien, Nikolaos Van Dam, d'un dilemme pour l'UE prise entre la préservation de ses principes humanitaires et le souci de sa sécurité et de son unité.

Faut-il aussi rappeler les erreurs des Européens, en Syrie en particulier des Français et des Britanniques et de leurs alliés américains ? La politique néo-conservatrice de changement de régime pratiquée à la fois sous le coup de l'émotion, de l'illusion d'un changement démocratique et de la volonté d'affaiblir l'Iran a été fatale pour la Syrie et fait reculer en outre l'influence de l'Occident dans la région. Son exigence dés l'été 2011 d'un départ du président syrien et sa coopération avec les monarchies pétrolières et la Turquie sunnites qui n'ont pas hésité à armer et financer les milices les plus extrémistes, ont aggravé et prolongé la crise. Heureusement qu'une intervention militaire occidentale directe n'a pas eu lieu. Elle aurait eu des conséquences encore infiniment plus graves que l'invasion anglo-américaine de l'Irak. Par contre et que cela nous plaise ou non, l'action de l'aviation russe à partir de 2015 a freiné l'avancée des groupes islamistes et garanti la survie de l'Etat syrien empêchant par là-même des vagues migratoires encore plus fortes et une montée du terrorisme tant dans la région qu'en Europe.

Ce qui a fait défaut à l'Union européenne en Syrie ce ne sont pas tant les moyens d'une intervention militaire comme pourrait le regretter Josep Borrell que d'abord une stratégie cohérente et indépendante basée sur les impératifs de sa sécurité, de la stabilité régionale et une appréciation réaliste des enjeux de la crise et des acteurs locaux. A aucun moment les Occidentaux n'ont disposé d'une alternative convaincante au pouvoir actuel. Le respect des droits de l'Homme et la morale humanitaire qui font honneur à l'Europe ont été desservis par l'aveuglement néo-conservateur et le suivisme. Pour mettre fin à son impuissance, compter dans le règlement final de la crise qui ne saurait tarder et aider véritablement les Syriens à s'en sortir, l'UE doit en premier lieu faire preuve de réalisme. Ceci signifie restaurer des relations avec Damas en rouvrant les ambassades fermées en 2012 et en allégeant les sanctions. Comme le pense Fabrice Balanche, autre excellent connaisseur du conflit, ce ne sera possible qu'avec le feu vert des Etats-Unis. Finalement insister sur l'impunité, autre aspect de la politique de l'U.E., serait intervenir à contretemps.

"Ce qui se passe en Syrie est une grande leçon pour l'Europe... Si nous voulons être un acteur géopolitique, nous devons agir et avoir les moyens nécessaires pour ce faire. Sinon nous continuerons à avoir des sessions parlementaires et continuer à dire: il faut, il faut, il faut". En reconnaissant l'inefficacité de cette politique déclaratoire, le chef de la diplomatie européenne n'en a pas moins rappelé les principes : pas de normalisation avec Bachar el-Assad, pas de reconstruction avant la mise en route d'un processus politique, poursuite des sanctions mais pas contre le peuple syrien. L'U.E. est le premier pourvoyeur d'aide humanitaire mais ses sanctions affectent en réalité et en particulier cet hiver durement la population qui se situe en très grande majorité dans les zones gouvernementales. Le cours de la livre syrienne a en effet chuté dramatiquement rendant le coût de la vie prohibitif pour la plupart des civils. Outre leur coût humain, ces sanctions sont inefficaces car elles n'ont en aucune manière rapproché l'opposition d'une transition inclusive. En fait tant Bachar el-Assad que la majorité des opposants refusent un partage du pouvoir. En outre les sanctions occidentales favorisent la déstabilisation et la montée du terrorisme tout en décourageant le retour des réfugiés. Cette transition avec l'opposition est d'autant moins réaliste que Bachar el-Assad a gagné la guerre grâce à l'appui de ses alliés russe et iranien et est moins disposé que jamais à concéder que huit ans d'un conflit terrible n'ont pu provoquer. L'armée turque et ses supplétifs islamistes syriens dans la province d'Idlib qui est sous la coupe de l'avatar local d'al-Qaïda ne changeront pas la donne. Le coût humain de l'offensive en cours ne peut occulter qu'aucun Etat ne peut tolérer le maintien d'un jihadistan sur son territoire. A Idlib, il n'y a pas de bonne solution. Il s'agit comme le commente un des meilleurs connaisseurs du conflit syrien, Nikolaos Van Dam, d'un dilemme pour l'UE prise entre la préservation de ses principes humanitaires et le souci de sa sécurité et de son unité.Faut-il aussi rappeler les erreurs des Européens, en Syrie en particulier des Français et des Britanniques et de leurs alliés américains ? La politique néo-conservatrice de changement de régime pratiquée à la fois sous le coup de l'émotion, de l'illusion d'un changement démocratique et de la volonté d'affaiblir l'Iran a été fatale pour la Syrie et fait reculer en outre l'influence de l'Occident dans la région. Son exigence dés l'été 2011 d'un départ du président syrien et sa coopération avec les monarchies pétrolières et la Turquie sunnites qui n'ont pas hésité à armer et financer les milices les plus extrémistes, ont aggravé et prolongé la crise. Heureusement qu'une intervention militaire occidentale directe n'a pas eu lieu. Elle aurait eu des conséquences encore infiniment plus graves que l'invasion anglo-américaine de l'Irak. Par contre et que cela nous plaise ou non, l'action de l'aviation russe à partir de 2015 a freiné l'avancée des groupes islamistes et garanti la survie de l'Etat syrien empêchant par là-même des vagues migratoires encore plus fortes et une montée du terrorisme tant dans la région qu'en Europe.Ce qui a fait défaut à l'Union européenne en Syrie ce ne sont pas tant les moyens d'une intervention militaire comme pourrait le regretter Josep Borrell que d'abord une stratégie cohérente et indépendante basée sur les impératifs de sa sécurité, de la stabilité régionale et une appréciation réaliste des enjeux de la crise et des acteurs locaux. A aucun moment les Occidentaux n'ont disposé d'une alternative convaincante au pouvoir actuel. Le respect des droits de l'Homme et la morale humanitaire qui font honneur à l'Europe ont été desservis par l'aveuglement néo-conservateur et le suivisme. Pour mettre fin à son impuissance, compter dans le règlement final de la crise qui ne saurait tarder et aider véritablement les Syriens à s'en sortir, l'UE doit en premier lieu faire preuve de réalisme. Ceci signifie restaurer des relations avec Damas en rouvrant les ambassades fermées en 2012 et en allégeant les sanctions. Comme le pense Fabrice Balanche, autre excellent connaisseur du conflit, ce ne sera possible qu'avec le feu vert des Etats-Unis. Finalement insister sur l'impunité, autre aspect de la politique de l'U.E., serait intervenir à contretemps.