Avec un tweet et une mention à la plateforme d'écoute en ligne Spotify, Jared Holt a créé un effet boule de neige qui a entraîné la suppression des comptes d'Alex Jones, l'un des conspirationnistes les plus populaires des Etats-Unis. Cet homme qui affirme, entre autres, que la fusillade de l'école primaire Sandy Hook, dans le Connecticut (27 morts), le 14 décembre 2012, est un coup monté, est désormais banni de nombreuses plateformes et réseaux sociaux, Apple, Facebook, YouTube, Spotify, Pinterest, LinkedIn, Youporn et - temporairement - Twitter. Spécialiste de l'extrême droite pour le think tank Right Wing Watch, Jared Holt a accepté de répondre à nos questions.
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Avec un tweet et une mention à la plateforme d'écoute en ligne Spotify, Jared Holt a créé un effet boule de neige qui a entraîné la suppression des comptes d'Alex Jones, l'un des conspirationnistes les plus populaires des Etats-Unis. Cet homme qui affirme, entre autres, que la fusillade de l'école primaire Sandy Hook, dans le Connecticut (27 morts), le 14 décembre 2012, est un coup monté, est désormais banni de nombreuses plateformes et réseaux sociaux, Apple, Facebook, YouTube, Spotify, Pinterest, LinkedIn, Youporn et - temporairement - Twitter. Spécialiste de l'extrême droite pour le think tank Right Wing Watch, Jared Holt a accepté de répondre à nos questions. Pourquoi avez-vous publié ce message sur Twitter à propos d'Alex Jones et d'Infowars ? Je connais Alex Jones depuis longtemps car c'est l'une des voix les plus populaires de l'extrême droite américaine. Ce jour-là, j'étais connecté sur Spotify lorsque je me suis rendu compte que plusieurs de ses podcasts y étaient hébergés. J'ai mon propre podcast et je sais qu'il y a des conditions à respecter pour qu'un contenu soit accepté. J'ai donc trouvé surprenant que Spotify ait, malgré tout, choisi d'accueillir de tels programmes. Comment expliquez-vous la viralité de ce tweet ? Mon message a été amplifié par un groupe d'activistes en ligne, dénommé les Sleeping Giants, qui fait pression sur les entreprises afin qu'elles luttent contre le racisme, le sexisme... Je m'attendais à ce que les internautes soient surpris, s'interrogent, réagissent, mais pas avec une telle force. Je crois que les gens sont frustrés par le fait que beaucoup de ces plateformes et réseaux sociaux n'aient pas tenu leur promesse de supprimer le contenu des " mauvais " acteurs du Web. Alex Jones représente un bel exemple de ce que la plupart des gens ne veulent plus voir. Pourquoi ces plateformes et ces réseaux sociaux ont-ils accepté de supprimer ce genre de programmes aujourd'hui et pas avant ? Depuis qu'Internet existe, le principe qui prédominait sur le Web était celui de la liberté d'expression. Et je pense que, collectivement, nous avons d'abord vu les nombreux avantages de cette liberté avant d'en voir les mauvais côtés. De même, pour prendre leurs décisions, ces entreprises sont davantage dictées par leur rentabilité que par les préoccupations éthiques. Sauf que dans cette affaire, les internautes ont montré tant de colère que cela pouvait mettre en danger leur business. Pourquoi ces théories du complot et ces fake news trouvent-elles autant d'écho aux Etats-Unis ? C'est difficile à expliquer. Elles font partie intégrante de la culture américaine et, cela, depuis des décennies. Alex Jones est connu dans notre pays depuis longtemps. Cette appétence des Américains pour ces théories est exponentielle. C'est certainement dû aussi au fait qu'un de leurs avocats est désormais à la tête du pays, Donald Trump. D'ailleurs, le président américain a été invité dans l'émission d'Alex Jones pendant sa campagne... C'est le seul président américain qui a participé à cette émission. Et Donald Trump lui a déjà dit qu'il faisait du bon travail. Ce soutien a joué un rôle dans l'explosion des théories du complot et des idées propagées par l'alt-right (NDLR : abréviation de alternative right, qui désigne une partie de l'extrême droite américaine). Donald Trump utilise la même rhétorique que ce mouvement. Dans ces cercles, les gens croient que Trump leur envoie des clins d'oeil et des signes de soutien voilés. Comment jugez-vous cette ultradroite aujourd'hui ? Est-elle plus faible ou plus forte qu'il y a un an ? Je pense que l'alt-right est plus faible aujourd'hui. Mais les retombées de ce mouvement continuent d'empoisonner la politique américaine. Par exemple, une grande partie de la rhétorique du Parti républicain en matière d'immigration reflète les débats de ces cercles nationalistes blancs. Infowars emploie 21 personnes, aurait 200 000 visiteurs par jour. Le complotisme est aussi un business juteux... Infowars engendre des millions de dollars. Une partie de ces revenus provient d'ailleurs de la vente du magasin en ligne Infowars Life, sur lequel Alex Jones vend des gilets pare-balles, des filtres à eau ou encore des pilules " super mâles ". C'est en général très cher. Mais Alex Jones explique qu'en achetant ces produits, les internautes lui apportent un soutien. C'est aussi la raison pour laquelle le complotiste continue d'affirmer que la fin du monde approche et que l'utilisation de ces objets est le seul moyen de se sauver. Pensez-vous qu'Alex Jones croit aux théories qu'il avance ? Il y croit jusqu'à un certain point. Mais je pense aussi que sa popularité l'encourage à continuer et à balancer des théories de plus en plus extrêmes. Cette " censure " de la Silicon Valley qu'il dénonce ne va-t-elle pas lui attirer plus de supporters encore ? Je suis certain qu'Alex Jones va utiliser d'autres moyens, des plateformes alternatives pour continuer à diffuser son message. Le fait que ces technologies affichent publiquement leur refus de diffuser les podcasts d'Alex Jones va peut-être l'aider à gagner en popularité à court terme, mais ce sera temporaire. L'exemple de Milo Yiannopoulos ( NDLR : influent polémiste, ancien du site extrémiste Breitbart, qui a été banni de Twitter et a notamment incité à tuer des journalistes) montre qu'à long terme, il va perdre en visibilité. Avez-vous reçu des menaces depuis l'éclatement de cette affaire ? Sur mon Twitter, mon e-mail, mon Facebook... Beaucoup de gens m'ont envoyé des messages horribles. Mais je n'ai pas vraiment peur. J'ai confiance en mes capacités à gérer cela et à rester en sécurité.Par Jacques Besnard.