"Nous exhortons fortement l'Iran à cesser et à revenir sur ses activités qui sont contraires aux engagements pris dans le cadre" de cet accord, a déclaré Maja Kocijancic, la porte-parole de la diplomatie européenne, ajoutant que l'UE était "très préoccupée" par les annonces iraniennes faites pendant le week-end. "Cela inclut la production d'uranium enrichi au-delà" de la limite de 3,67% imposée par l'accord international sur le nucléaire iranien, a précisé la porte-parole au cours du point de presse quotidien de la Commission européenne à Bruxelles.

L'Iran a annoncé lundi matin avoir dépassé les 4,5% pour l'enrichissement de son uranium. L'AIEA a confirmé que l'Iran enrichit à un niveau prohibé par l'accord. L'UE est "en contact" avec d'autres participants à l'accord sur le nucléaire iranien, a souligné Mme Kocijancic, sans plus de précisions. Elle a simplement rappelé que des dispositions existaient dans l'accord, notamment un mécanisme de règlement des conflits. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a prévenu que l'enrichissement d'uranium à un niveau prohibé conduirait l'Iran à "plus d'isolement et de sanctions". Les trois pays européens (Royaume-Uni, France, Allemagne) parties prenantes à l'accord ont également condamné cette mesure.

Dans des communiqués séparés, Londres et Berlin ont appelé dimanche Téhéran à revenir sur sa décision et Paris a fait part de sa "grande inquiétude", demandant à l'Iran de mettre fin à toute activité "non conforme" à l'accord sur le nucléaire. Les Européens se disent convaincus que l'Iran veut sauver le JCPOA, l'accord sur le nucléaire. "Ce qu'ils ont fait est réversible", a assuré à l'AFP une source européenne proche des négociations. "Mais s'ils dépassent 5% pour l'enrichissement de l'uranium, alors cela deviendra un problème", a ajouté cette source. Une réunion des cinq autres signataires de l'accord (France, Allemagne, Royaume-Uni, Russie et Chine) est prévue au niveau ministériel avec leur homologue iranien à une date qui n'a pas encore été fixée.

Le principe a été convenu lors de la réunion organisée au niveau des directeurs politiques à Vienne le 28 juin, a souligné cette source. Mais elle ne devrait pas se tenir avant la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE le 15 juillet à Bruxelles. Pour l'instant, les dispositions prévues dans les articles 36 et 37 de l'accord en cas de litige n'ont pas encore été enclenchées. "Il n'y pas d'automatisme des sanctions. L'idée est de régler le litige avant d'enclencher des sanctions", a ajouté cette source. Les Européens espèrent convaincre les Iraniens de leur volonté de les aider avec l'utilisation de l'Instex, le mécanisme créé pour contourner les sanctions américaines en évitant d'utiliser le dollar. Il est opérationnel, et il a déjà été utilisé, a-t-on confié à Bruxelles.

L'information est toutefois démentie à Paris, où l'Instex a son siège. "Les opérations devraient commencer très bientôt", a-t-on expliqué. Sept pays --Belgique, Pays-Bas, Suède, Slovénie, Espagne, Autriche et Finlande-- ont rejoint l'Instex créé par la France, L'Allemagne et le Royaume Uni. Les premiers achats porteront sur des biens humanitaires, notamment des médicaments qui commencent à manquer en Iran, a indiqué le responsable européen. Le règlement se fera sous forme de troc, avec des achats européens, sans paiement. Mais cela ne suffit pas aux yeux des Iraniens qui veulent pouvoir vendre leur pétrole. Les exportations de l'Iran sont tombées de 1,5 million de barils par jour à 700.000 barils par jour, ce qui est insuffisant pour maintenir une économie viable, explique-t-on à Bruxelles. Les Européens achetaient peu de pétrole à l'Iran et considèrent que Téhéran doit s'adresser à son plus gros acheteur, la Chine.